La taxe sur le recyclage met en péril les médias écrits

Les médias imprimés participent au financement de la collecte sélective des municipalités, mais la facture ne cesse de grimper.
Photo: Yan Doublet Archives Le Devoir Les médias imprimés participent au financement de la collecte sélective des municipalités, mais la facture ne cesse de grimper.

Les médias imprimés pressent le gouvernement de François Legault de les soustraire du système de financement des coûts du recyclage, qu’ils jugent injuste et qui met selon eux leur survie en péril. La facture imposée aux journaux a augmenté de 950 % en 9 ans, alors que ceux-ci ont réduit des deux tiers la quantité de papier utilisé.

Déjà plongés dans une crise en raison de la baisse de leurs revenus publicitaires, les journaux estiment que la situation est devenue intenable. Le dépôt prochain du budget du gouvernement du Québec corrigera la situation, espèrent-ils.

Depuis 2010, les médias imprimés doivent participer au financement de la collecte sélective des municipalités, mais la facture qui leur est imposée ne cesse de grimper. Entre 2010 et 2019, le coût par tonne de papier traité est passé de 23 $ à 242 $, soit une hausse de 950 %, ce qui a fait bondir de 9 millions de dollars (+350 %) la part que les journaux doivent assumer, a rappelé RecycleMédias dans un mémoire présenté au gouvernement en janvier dans le cadre des consultations prébudgétaires.

Moins de joueurs, même facture

RecycleMédias est un organisme sans but lucratif créé en 2000 pour représenter les journaux imprimés. Il compte 149 membres, parmi lesquels comptent Le Devoir, Québecor Média, Groupe Capitale Médias, The Gazette, Québec Community Newspaper Association, Hebdos Québec et d’autres regroupements de journaux communautaires ou indépendants.

En plus de la perte de revenus de publicité, les médias imprimés voient leur nombre diminuer d’année en année, notamment dans les régions. De son côté, La Presse a cessé de contribuer au système de compensation lorsqu’elle a abandonné son édition papier. Ainsi, la facture grimpe sans cesse et les médias imprimés sont de moins en moins nombreux à se partager la facture. « Moins il y a de joueurs, plus le poids sur chaque joueur restant est élevé », note le directeur du Devoir et administrateur au conseil d’administration de RecycleMédias, Brian Myles.

Même si le tonnage de papier produit s’est réduit de 92 000 tonnes depuis 2010, soit une baisse de 68 %, cela n’a eu aucune incidence sur la facture à payer puisque le système de compensation n’en tient pas compte. « À l’évidence, le système actuel est devenu une hérésie. Plus encore, et s’éloignant dangereusement de la philosophie d’utilisateur-payeur d’où il puisait son origine, il est devenu un accélérateur de fin de vie pour plusieurs médias qui peinaient déjà à joindre les deux bouts », indique RecycleMédias dans son mémoire.

Jusqu’en 2013, la participation des médias au financement de la collecte sélective municipale consistait à offrir des espaces publicitaires à Recyc-Québec et aux municipalités pour leur permettre de présenter des campagnes d’éducation. Le système de compensation monétaire introduit avec l’adoption du projet de loi 8, en 2011, s’est rapidement avéré lourd à assumer pour les journaux.

Si les coûts de la collecte sélective ont explosé, c’est en raison de la mauvaise gestion des centres de recyclage qui peinent à trouver des débouchés pour cette matière, avance Brian Myles. « On est taxés de manière inéquitable et lourde pour un système qui ne corrige jamais son inefficacité », dit-il.

Dans son budget 2017-2018, le gouvernement de Philippe Couillard avait consenti un soutien de 12 millions sur cinq ans à RecycleMédias pour la collecte sélective. Cette aide réduit « légèrement » le fardeau financier des médias, mais « elle ne corrige pas l’aberration du système actuel et ses effets pervers », estime RecycleMédias.

Protection culturelle

Le regroupement de journaux espère que le budget du gouvernement caquiste, dont le dépôt est attendu à la fin mars, réglera la situation. RecycleMédias demande que les médias imprimés soient soustraits du système de compensation actuel et qu’on puise plutôt dans le Fonds vert pour soutenir les municipalités.

L’organisme est disposé à continuer d’offrir une compensation publicitaire, mais celle-ci devrait être calculée en fonction du tonnage de papier produit et non être fixe (3,8 millions) comme c’est le cas actuellement.

Finalement, le gouvernement devrait accorder une protection culturelle aux médias écrits, comme il l’a fait pour le livre, car il s’agit de « carrefours incontournables lors des débats publics, essentiels à la vitalité démocratique de leurs milieux de vie », fait valoir RecycleMédias.

S’il ignore encore ce que réserve le prochain budget aux médias écrits, Brian Myles croit que le gouvernement caquiste comprend bien le danger qui les guette. « On a senti qu’il avait une préoccupation réelle et un sentiment d’urgence. La situation a été prise au sérieux », indique-t-il.