Un cardinal admet la destruction de dossiers d’agressions sexuelles

«Des dossiers qui auraient pu documenter ces actes terribles et indiquer le nom des responsables ont été détruits ou n’ont pas même été constitués», a déploré le cardinal allemand Reinhard Marx pendant le sommet au Vatican.
Photo: Alessandra Tarantino Associated Press «Des dossiers qui auraient pu documenter ces actes terribles et indiquer le nom des responsables ont été détruits ou n’ont pas même été constitués», a déploré le cardinal allemand Reinhard Marx pendant le sommet au Vatican.

Un cardinal allemand, proche du pape, a admis samedi que l’Église avait parfois détruit des dossiers sur des ecclésiastiques soupçonnés d’avoir agressé sexuellement des mineurs et a appelé à la transparence pour répondre aux scandales.

« Des dossiers qui auraient pu documenter ces actes terribles et indiquer le nom des responsables ont été détruits ou n’ont pas même été constitués », a déploré le cardinal allemand Reinhard Marx, dans un discours aux 190 participants d’un sommet au Vatican, qui aborde sans fard depuis jeudi des pratiques au sein de l’Église catholique qui ont pu mener à perpétrer ou à taire des agressions sexuelles sur des mineurs.

Le président de la conférence épiscopale allemande, connu pour ses prises de position libérales, fait partie d’un conseil restreint de cardinaux conseillant le pape sur ses réformes.

« Les abus sexuels à l’égard d’enfants et de jeunes sont, dans une mesure non négligeable, dus à l’abus de pouvoir dans le cadre de l’administration », qui a « discrédité » la mission de l’Église, a argué le cardinal allemand.

« Au lieu des coupables, ce sont les victimes qui ont été réprimandées et on leur a imposé le silence », a-t-il martelé.

Le cardinal Marx avait présenté à l’automne les excuses de l’Église catholique allemande en présentant un rapport rédigé par des universitaires révélant des agressions sexuelles sur plus de 3600 mineurs pendant des décennies.

Ce rapport, commandé par l’épiscopat allemand, fait état de dossiers « manipulés » même s’il n’apporte pas de preuves, a précisé le prélat allemand lors d’une conférence de presse. « Je suppose que l’Allemagne n’est peut-être pas le seul endroit où cela a été fait », a-t-il commenté, sans répondre à une journaliste qui lui demandait si de telles destructions de dossiers pouvaient aussi avoir eu lieu au Vatican.

L’aveu du cardinal n’a pas échappé samedi à une centaine de victimes qui défilaient à Rome. « C’est illégal » de détruire des dossiers, a commenté à l’AFP l’Américain Peter Isely, un membre fondateur de l’organisation internationale ECA (End Clergy Abuse), qui avait rencontré la veille le cardinal. « C’est quelque chose qui pourrait intéresser la Cour de justice internationale », a-t-il noté.

Revoir le secret pontifical

Samedi, Mgr Marx a par ailleurs estimé que « le secret pontifical » mis en avant par l’Église pour ne pas communiquer avec l’extérieur n’avait aucune justification convaincante à ses yeux face à des cas d’agressions sexuelles.

Il a plaidé pour une plus grande transparence sur les procès à huis clos de l’Église, une revendication majeure des victimes d’agressions sexuelles.

L’idée a été évoquée par deux autres membres de la Curie (gouvernement du Vatican), dont Linda Ghisoni, experte en droit canon et sous-secrétaire d’un « ministère ». « Il sera nécessaire de réviser la législation actuelle sur le secret pontifical », avait-elle annoncé vendredi soir devant les participants.

Le secret pontifical, mis en place pour « protéger la dignité des personnes » et « le bien de l’Église », ne doit pas être perçu comme un outil « utilisé pour cacher les problèmes », a estimé cette responsable.

L’archevêque maltais Charles Scicluna, secrétaire adjoint de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (section qui enquête sur les cas présumés d’agressions sexuelles du clergé), a confirmé samedi à la presse que l’idée d’un relâchement du secret pontifical, « lourde institution », avait bien progressé.

Le Saint-Siège doit informer les victimes sur l’état d’avancement et le résultat du procès canonique de leur agresseur présumé. « Ils sont entendus comme témoins et c’est tout », a regretté cet expert de la question.

Le cardinal Marx souhaite pour sa part la fin de l’opacité sur les statistiques documentant le nombre d’agressions sexuelles perpétrées par le clergé. Il estime que cette opacité conduit à « une méfiance » envers l’Église ainsi qu’à « des théories du complot ».

Les présidents de 114 conférences épiscopales étaient réunis jusqu’à dimanche au Vatican, avec de hauts prélats de la Curie, des chefs des Églises catholiques orientales et des supérieurs de congrégations religieuses. Le pape François avait ouvert les travaux jeudi en demandant des mesures « concrètes ».