Des Libanais réclament la légalisation du mariage civil

Les manifestants ont brandi des pancartes arborant divers slogans.
Photo: Anwar Amro Agence France-Presse Les manifestants ont brandi des pancartes arborant divers slogans.

Des dizaines de personnes ont manifesté samedi à Beyrouth pour appeler l’État à reconnaître les mariages civils célébrés sur son territoire, sur fond d’une nouvelle polémique autour de la légalisation des unions non religieuses au Liban.

Les manifestants ont brandi des pancartes arborant divers slogans : « Le mariage civil, pas la guerre civile », en allusion au conflit qui a secoué le pays de 1975 à 1990, ou encore « Je veux me marier civilement au Liban, car j’ai la phobie de l’avion ».

De nombreux couples libanais se rendent généralement dans les pays voisins, notamment à Chypre, pour conclure une union civile.

Au Liban, seuls les mariages religieux, chrétiens et musulmans, sont autorisés et enregistrés auprès des tribunaux de chacune des 18 communautés religieuses reconnues dans le pays.

Les mariages civils ne peuvent y être contractés, mais une fois conclus à l’étranger, ils sont enregistrés dans les fichiers d’état civil.

La nouvelle ministre de l’Intérieur, Raya al-Hassan, a toutefois ouvert une brèche en se prononçant récemment pour le mariage civil.

« Personnellement, je suis pour qu’il y ait un cadre régulant le mariage civil », a affirmé la semaine dernière Mme Hassan lors d’une interview sur la chaîne Euronews.

« Je vais essayer d’ouvrir la porte pour un dialogue sérieux et profond », avait-elle promis, y compris « avec toutes les instances religieuses […] pour que le mariage civil soit reconnu ».

Réactions

Les réactions ne se sont pas fait attendre, notamment dans les milieux religieux.

« Nous refusons le mariage civil parce qu’il va à l’encontre de la charia » (loi islamique), a rétorqué Dar el-Fatwa, la plus haute instance musulmane sunnite du pays. Le conseil supérieur chiite lui a emboîté le pas, mettant également son veto.

Le projet a toutefois été favorablement accueilli par le chef de l’Église maronite (principale communauté chrétienne au Liban), qui s’est dit en faveur d’un « mariage civil obligatoire ».

Sur les réseaux sociaux, le débat s’est enflammé entre pro et anti-union civile.

En 2013, le ministère libanais de l’Intérieur avait défrayé la chronique en enregistrant un premier mariage civil célébré au Liban, renforçant l’espoir d’une éventuelle légalisation.

En 1998, le gouvernement libanais avait approuvé un projet de loi instaurant le mariage civil dans le pays. Celui-ci avait toutefois tourné court en raison de son rejet catégorique par les autorités religieuses, qui pèsent traditionnellement sur l’échiquier politique local.