Le pape François compare les abus sexuels sur mineurs à des «sacrifices» païens

Le souverain pontife argentin a beaucoup insisté sur les dérives de certains membres du clergé «devenant un instrument de Satan».
Photo: Giuseppe Lami / Pool / Agence France-Presse Le souverain pontife argentin a beaucoup insisté sur les dérives de certains membres du clergé «devenant un instrument de Satan».

Le pape a comparé dimanche les abus sexuels sur mineurs par le clergé à des « sacrifices humains » des rites païens qui ne doivent plus jamais être « couverts », mais son discours peu spécifique clôturant un sommet inédit de l’Église a suscité des réactions très irritées des victimes.

« Aucun abus ne doit jamais être couvert, comme ce fut le cas par le passé, et sous-évalué », a déclaré François, après quatre jours d’un sommet inédit de la hiérarchie de l’Église.

« Cela me rappelle la pratique religieuse cruelle, répandue par le passé dans certaines cultures, qui consistait à offrir des êtres humains — spécialement des enfants — en sacrifice dans les rites païens », a comparé le pape, adepte des formules choc.

Le souverain pontife argentin a beaucoup insisté sur les dérives du clergé « devenant un instrument de Satan », ajoutant : « dans les abus, nous voyons la main du mal ».

Or pour lui, il est temps d’écouter « l’écho du cri silencieux des petits » qui se sont retrouvés devant « des bourreaux » aux « cœurs anesthésiés par l’hypocrisie et le pouvoir ».

« Il s’agit de crimes abominables qui doivent disparaître de la face de la terre », a-t-il encore décrit en en lançant « un appel pressant pour la lutte à tous niveaux contre les abus sur mineurs ».

Reste que le pape, qui a déjà multiplié les paroles fortes de condamnation et de mea culpa depuis des mois, n’est pas rentré dans le vif pratique du sujet. Il a promis de « donner des directives uniformes pour l’Église » mais sans se soumettre à « la pression médiatique », évoquant avant tout des normes déjà en vigueur au niveau international et au niveau ecclésiastique.

« La faute du diable »

« On est pas surpris, mais on est déçus », a commenté le Suisse Jean-Marie Fürbringer, présent comme beaucoup d’autres victimes sur la place Saint-Pierre. « Honnêtement c’est un blabla pastoral, la faute du diable. Ils noient le poisson, ça permet de ne pas aborder directement les problèmes de l’Église », a-t-il assené.

Pour l’Italien Francesco Zanardi, « le Vatican n’est plus crédible » et « l’Église continue à se sentir comme une victime » car « les victimes réclament des mesures ».

« Le pape fait diversion »

« C’est très décevant », a aussi taclé le Britannique Peter Saunders, anciennement membre d’une commission anti-pédophilie du Vatican. « Le discours parle du diable, du mal. Il n’y a rien sur la tolérance zéro, l’exclusion définitive de violeurs d’enfants et des agresseurs sexuels employés par l’Église ! », s’est-il insurgé.

Et de souligner, « le pape fait habilement diversion en regardant ailleurs, nous savons tous que c’est un problème global ».

De fait, François a consacré un très long développement aux statistiques disponibles sur les abus sexuels perpétrés dans le monde dans toutes les sphères de la société, notamment dans les familles, les écoles et les milieux sportifs. « Nous sommes, donc, devant un problème universel et transversal qui, malheureusement, existe presque partout », a insisté François.

L’archevêque maltais Charles Scicluna, un organisateur du sommet et grand expert des abus sexuels, a jugé « légitimes » les attentes des victimes et a dit « comprendre leur frustration ».

Mais les organisateurs n’ont cessé de répéter que des plans d’action, voire des changements législatifs, seront mis en chantier dès la fin du sommet. Un « vade-mecum » spécifiant les démarches à entreprendre si un cas d’agression sexuelle émerge sortira toutefois d’ici deux mois à l’intention des pays manquant d’experts.

Le pape souhaite aussi la création d’équipes mobiles d’experts compétents pour aider certaines conférences épiscopales et diocèses « sans moyens et sans personnel formé », ont indiqué dimanche les organisateurs devant la presse.

Le Vatican a aussi promis de dévoiler prochainement une législation pour enfin encadrer la lutte contre d’éventuels cas d’abus sexuels au sein de la Curie et de la Cité du Vatican, qui se trouvent curieusement dans un vide juridique en la matière.

Trois membres de la Curie ont aussi évoqué durant la réunion la possible levée du « secret pontifical » pour des cas avérés d’abus sexuels du clergé. Ils veulent de la transparence sur les procédures judiciaires de l’Église, qui entendent les victimes comme témoins puis ne les informent jamais de l’état d’avancement du dossier.

Aux présidents de 114 conférences épiscopales, chefs des Églises catholiques orientales et supérieurs de congrégations religieuses, le pape avait réclamé « du concret » dès le lancement des débats jeudi en distribuant une feuille de route en 21 points.

Durant quatre jours le pape a voulu surtout faire comprendre aux 190 participants de tous les continents leur « responsabilité » individuelle et collégiale face aux scandales, et prendre aussi par le bras des épiscopats d’Asie et d’Afrique affirmant, y compris cette semaine, se sentir peu concernés.