Sommet du Vatican: le pape François réclame «des mesures concrètes»

Un document répertoriant 21 points de réflexion a été présenté jeudi par le pape à l’assemblée composée de hauts dirigeants de l’Église catholique.
Photo: Vincenzo Pinto Associated Press Un document répertoriant 21 points de réflexion a été présenté jeudi par le pape à l’assemblée composée de hauts dirigeants de l’Église catholique.

Exercice inédit et attendu depuis des décennies par des victimes, le sommet de l’Église catholique sur les abus sexuels commis sur des mineurs s’est ouvert jeudi au Vatican. Donnant le ton à ce sommet, le pape François a demandé aux présidents des conférences épiscopales du monde entier d’aller au-delà « des condamnations simples et évidentes » et d’adopter « des mesures concrètes et efficaces ».

Devant un parterre de 190 participants, réunis dans la salle du Synode au Vatican, le souverain pontife a martelé qu’« il faut du concret » pour répondre au « cri des petits qui demandent justice ».

En préambule aux discussions, un enregistrement de cinq témoignages poignants a été diffusé devant l’assemblée, silencieuse et émue.

Un homme chilien, accusé de mensonges lorsqu’il a révélé son cas à la hiérarchie de l’Église, demande aux « assassins de la foi » d’éradiquer « tout le cancer ». Une Africaine raconte l’horreur de relations sexuelles à partir de l’adolescence avec un prêtre dont elle dépendait financièrement dans son village et qui l’a obligée à avorter à trois reprises.

Un fléau planétaire

Le père Hans Zollner, président du Centre de protection des mineurs de l’Université grégorienne, a estimé que ces voix de tous les continents permettaient d’établir clairement que « ce n’est pas juste un problème nord-américain et européen ».

Avant son départ pour le Vatican, Mgr Lionel Gendron, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada et seul représentant canadien au sommet, soulignait au Devoir que « le pape veut faire prendre conscience à tous les évêques de toutes les régions du monde de la gravité du problème et de l’urgence d’arriver à une solution ».

Depuis une trentaine d’années, des scandales impliquant des milliers de victimes ont éclos au Canada, aux États-Unis, en Australie, en Allemagne, en Irlande, au Chili, entre autres. Mais aucun pays asiatique ou africain n’a encore été touché par cette vague de dénonciation.

La mission du sommet, qui se poursuit jusqu’à dimanche, est donc également pédagogique. L’expert juridique du Vatican sur le problème de la pédophilie, l’archevêque maltais Charles Scicluna, a d’ailleurs donné jeudi un bref cours de droit aux évêques, leur rappelant la nécessité que « chaque allégation fasse l’objet d’une enquête ».

21 points

Par-delà cette prise de conscience, et pour parvenir à ces « mesures concrètes », un document répertoriant 21 points de réflexion a été présenté par le pape à l’assemblée, constituée des présidents des conférences épiscopalesde toute la planète, des chefs des Églises orientales, ainsi que des représentants de congrégations religieuses et de la Curie romaine.

La mise en place de protocoles clairs pour gérer les cas d’abus, le recours aux autorités civiles dans de tels cas, l’établissement de structures de soutien aux victimes et l’évaluation psychologique des séminaristes font partie des points soumis à la discussion.

La demande répétée des victimes pour que soient renvoyés à l’état laïque les prêtres ayant commis des abus ainsi que les évêques les ayant protégés n’y figure pas. Il est plutôt proposé qu’ils « abandonnent le ministère public », ce qui signifie qu’ils ne pourraient plus célébrer la messe en public.

Manque de mordant

Marie-Andrée Roy, professeure au Département de sciences des religions de l’UQAM, voit d’un bon oeil l’intention d’établir des procédures claires à la grandeur de l’Église pour gérer les cas d’agressions sexuelles sur des mineurs. « Ça va permettre une action unifiée. La reconnaissance de la gravité des abus sexuels n’existe pas dans tous les pays », pointe-t-elle.

Mme Roy déplore toutefois le manque de mordant des propositions soumises. Rien n’est dit sur le délai de prescription, souligne-t-elle, et pourtant « les victimes attendent depuis longtemps que le Vatican bouge sur cette question ».

Aucune mesure ne prévoit non plus d’ouvrir les archives du Vatican, qui contiendraient de précieuses informations sur les abus. Il est plutôt mentionné qu’« il faut éviter la publication de listes des personnes accusées, même par les diocèses, avant l’enquête préalable et la condamnation définitive ». Une proposition qui pourrait signifier que l’identité de prêtres abuseurs n’ayant jamais été poursuivis en justice, ou encore de prêtres jugés à l’intérieur de l’Église mais « sous la règle du secret absolu », ne serait pas dévoilée, estime Mme Roy.

Silence complet également sur la question du célibat obligatoire des prêtres et sur le rôle quasi sacré conféré aux prêtres. « Ils incarnent la figure du Christ », rappelle Mme Roy, ce qui n’est pas le cas, par exemple, chez les protestants.

Avec l’Agence France-Presse