Quel avenir pour la Biosphère de Montréal?

Le dôme géodésique de l’architecte américain Buckminster Fuller, construit par les États-Unis pour l’Exposition universelle de 1967, est sous respirateur artificiel depuis 2013.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Le dôme géodésique de l’architecte américain Buckminster Fuller, construit par les États-Unis pour l’Exposition universelle de 1967, est sous respirateur artificiel depuis 2013.

Le dôme géodésique du célèbre architecte américain Buckminster Fuller, construit sur l’île Sainte-Hélène à l’occasion d’Expo 67, sera abandonné par le gouvernement fédéral à compter de décembre 2019. Le bail qui lie un de ses ministères à cette structure unique arrive à échéance. Ottawa n’a pas manifesté l’intention de le renouveler. Aucune entente n’est intervenue jusqu’ici avec la Ville de Montréal, propriétaire de cette structure emblématique.

« Environnement et Changement climatique Canada loue l’édifice de la Biosphère, qui héberge le musée de l’environnement, jusqu’au 31 décembre 2019 », confirme ce ministère.

Au-delà de cette date, c’est le vide. Rien n’est prévu pour prolonger la vie de ce musée qui était déjà sous respirateur artificiel depuis 2013. Le gouvernement fédéral laisse entre les mains de l’administration montréalaise une patate chaude qui s’ajoute à celles d’autres édifices publics inoccupés sur l’île.

Au Devoir, Environnement et Changement climatique Canada affirme que « les discussions et consultations se poursuivent auprès de la Ville de Montréal concernant l’implication du gouvernement fédéral quant à l’avenir du bail ».

Aucune nouvelle entente n’est intervenue avec le gouvernement fédéral quant à cette occupation, ce que confirme l’attachée de presse du comité exécutif de la Ville.

Malgré l’actualité de la mission de la Biosphère, soit la préservation de l’environnement et la sensibilisation de la jeunesse à celle-ci, l’établissement était maintenu sous respirateur artificiel depuis 2013, alors que le gouvernement fédéral avait décidé de la liquider, avant de se raviser devant la pression populaire. Le nouveau gouvernement libéral n’a cependant pas changé les conditions d’exploitation du lieu, toujours sous-financé. C’est ce qu’a expliqué en entrevue au Devoir l’ancien directeur de la Biosphère, Jean Langlais, en poste jusqu’à tout récemment. « On fonctionnait désormais avec sept employés. »

En 2013, le gouvernement conservateur avait annoncé qu’il fermait ce musée qui à ce jour reste méconnu. Une soixantaine d’organismes avaient alors plaidé pour sa sauvegarde.

Comme la Biosphère n’appartient pas à la courte liste des musées nationaux officiels, son financement s’est sans cesse érodé. Plusieurs croient qu’il serait mieux servi, à titre d’institution publique, s’il entrait dans la galerie des musées canadiens dont est responsable Patrimoine Canada.

Rénovations

À la Commission sur les finances, Luc Ferrandez, du comité exécutif de la Ville, a souligné que le lieu nécessitait au moins 25 millions en rénovations. Mais pour y mettre quoi ? Un nouveau musée ? Selon l’ex-directeur du lieu, Jean Langlais, créer un nouveau musée coûte environ 350 millions. « Un musée existe déjà. Ce serait une grande perte pour Montréal de le voir disparaître. »

Du même souffle, il explique avoir prévenu de longue date Ottawa que, le bail arrivant à échéance, il fallait considérer la revalorisation les lieux. « J’ai envoyé au moins vingt-cinq mémos à Ottawa. »

Le musée a été offert aux Montréalais à l’occasion du 350e anniversaire de la ville, en 1992. Sa création faisait suite à une démonstration de bonnes intentions du Canada dans la foulée du sommet de la Terre tenu à Rio.

En janvier dernier, Culture Montréal, Héritage Montréal, la Chambre de commerce de Montréal et le Conseil régional de l’environnement ont dénoncé le manque de planification pour l’avenir de cette institution dans une lettre commune. La Biosphère demeure le « seul musée de l’environnement en Amérique du Nord », soulignaient-ils dans une missive adressée au premier ministre Trudeau.

À son ouverture, le musée fonctionnait avec un personnel de 45 employés réguliers. Ce nombre était tombé à 31, puis, à compter de 2013, il ne comptait plus que sur 7 employés réguliers, confirme son ex-directeur. Les programmes éducatifs pour la jeunesse, une des raisons d’être de l’établissement, ont dû être abandonnés.

La Société des arts technologiques (SAT) a eu le projet d’occuper le bâtiment de la Biosphère, confirme en entrevue Amélie Moïse, responsable des communications de l’organisme culturel. « Mais le projet ne s’est pas réalisé au niveau des demandes. Ce n’est pas faisable pour l’instant. »

Intégrer un ensemble

L’architecte Philippe Lupien a déposé devant l’Office de consultation publique un projet en faveur d’un nouveau musée national de l’environnement, sur la base de celui qui est toujours vivant. En entrevue au Devoir, l’architecte explique qu’il est grand temps de se réapproprier cet espace au profit des Montréalais et des touristes.

« La sphère de Buckminster Fuller est un bijou. Il faut se donner les moyens de l’intégrer à un circuit qui en repense l’accès, avec des parcours piétonniers et des accès à toutes les portions de l’île. »

Son projet mise sur l’intégration des installations adjacentes du Musée Stewart pour doter le site d’une collection permanente. Plusieurs installations seraient reliées par un monorail léger d’un nouveau type, en rappel de celui qui animait le site de l’Expo.

« Le site devrait être plus humain », en retrouvant des proportions inspirées du créateur du parc original, Frederick G. Todd. Le projet envisage aussi de repenser l’enrochement des berges pour rendre le fleuve accessible.

Combien coûterait tout cela ? « Difficile à dire ! Il faut y aller par étapes. »

Éclairer un vide

Richard Buckminster Fuller, mort en 1983, est largement crédité comme l’architecte ayant permis de populariser la forme géodésique. Reconnaissant la valeur de son travail, le gouvernement américain l’employa pour plusieurs réalisations, dont la création de son pavillon lors de l’Exposition universelle de 1967.

En 2016, la ministre Mélanie Joly avait annoncé que la Biosphère serait, à compter de 2017, éclairée dans le cadre des célébrations du 375e anniversaire de Montréal pilotées par Gilbert Rozon. Dix millions en fonds publics avaient été consentis à cet éclairage, en plus des 37 millions dépensés pour éclairer aussi le pont Jacques-Cartier. Présidente de la Société du 375e anniversaire, France Chrétien Desmarais jugeait que cet éclairage « dans l’évolution de Montréal est une nécessité ».

Mais dans le cas de la sphère de Buckminster Fuller, l’éclairage signé Moment Factory risque bientôt de souligner un grand vide.

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