Les supérieurs des ordres religieux demandent pardon

Les membres d’une coalition internationale de laïcs dénommée Acies Ordinata ont manifesté à Rome pour dénoncer ce qu’ils appellent un «mur du silence» concernant les abus sexuels commis sur des enfants au sein de l’Église catholique.
Photo: Tiziana FABI Agence France-Presse Les membres d’une coalition internationale de laïcs dénommée Acies Ordinata ont manifesté à Rome pour dénoncer ce qu’ils appellent un «mur du silence» concernant les abus sexuels commis sur des enfants au sein de l’Église catholique.

À deux jours de l’ouverture du sommet sur les abus sexuels au Vatican, les supérieurs des ordres religieux du monde entier ont demandé, mardi, « pardon » à toutes les victimes et se sont engagés à « renouveler » l’Église pour « garantir que les risques soient minimums ».

Dans une déclaration commune de quatre pages intitulée « L’abus des enfants est un mal partout et en tout temps : ce point n’est pas négociable », l’Union internationale des supérieures générales (UISG) et l’Union des supérieurs généraux (USG) admettent avoir erré en tentant d’étouffer le scandale de pédophilie dans l’Église catholique. « Nous reconnaissons qu’il y a eu une tentative inadéquate d’affronter cette question et une honteuse incapacité à comprendre votre souffrance », énoncent-ils à l’endroit des victimes.

L’UISG, qui représente 500 000 religieuses, et l’USG, qui compte environ 133 000 prêtres, disent soutenir l’initiative du pape François qui a convoqué de jeudi à dimanche à Rome les présidents des conférences épiscopales du monde entier pour aborder de front la question des abus sexuels dans l’Église.

« Nous nous engageons à travailler avec lui afin que l’Église puisse aller de l’avant d’une manière cohérente, crédible et unifiée, d’une manière susceptible de vraiment guérir, de vraiment se renouveler. »

Ici comme ailleurs, de nombreuses congrégations et ordres religieux ont été éclaboussés par des scandales sexuels. Ces dernières années au Québec, des actions collectives ont été déposées à l’endroit des Rédemptoristes, des Oblats, des Soeurs de la Charité, des Frères du Sacré-Coeur, des Frères de Sainte-Croix, des Frères de Notre-Dame de la Miséricorde, des Servites de Marie, des Clercs de Saint-Viateur, des Frères Maristes, entre autres. Plusieurs de ces congrégations et ordres religieux géraient, à l’époque, des écoles, des pensionnats, des camps de vacances ou encore des instituts de santé.

Vents de changement

Pour mettre en place « une culture de la protection » des enfants, l’UISG et l’USG appellent à une « conversion » de l’Église catholique.

« Le pape François attaque de bon droit la culture du cléricalisme qui a empêché notre lutte contre les abus », notent les deux organisations, évoquant le « fort sens de familles dans nos ordres et nos congrégations ». « Il en résulte une loyauté mal placée, des erreurs de jugement, une lenteur dans l’action, un déni et, parfois, une dissimulation », déclarent l’UISG et l’USG d’une voix unie.

Les supérieur(e)s des ordres religieux disent vouloir miser sur les « vents de changement qui soufflent sur notre Église » pour mettre en place des structures permettant une meilleure reddition de comptes.

« Nous voulons changer. […] Nous voulons voir nos aveuglements. Nous voulons nommer tous les abus de pouvoir », insistent-ils dans cet imposant mea culpa.

Bien que la grande rencontre au Vatican se concentre essentiellement sur la question des abus sexuels commis sur des enfants, l’UISG et l’USG rappellent que des religieuses et des séminaristes ont également été victimes d’agressions sexuelles. « C’est un lieu de préoccupations graves et choquantes », expriment-elles.

L’Union internationale des supérieures générales et l’Union des supérieurs généraux auront respectivement dix et douze représentants qui participeront, aux côtés des présidents des conférences épiscopales, au sommet sur la protection des mineurs et des personnes vulnérables.