Le Vatican défroque l’ex-cardinal Theodore McCarrick

Le Saint-Siège avait demandé en septembre 2017 une enquête à l’archevêché de New York, à la suite du témoignage d’un homme accusant Theodore McCarrick de l’avoir agressé sexuellement dans les années 1970.
Photo: Robert Franklin South Bend Tribune via Associated Press Le Saint-Siège avait demandé en septembre 2017 une enquête à l’archevêché de New York, à la suite du témoignage d’un homme accusant Theodore McCarrick de l’avoir agressé sexuellement dans les années 1970.

Le pape François a défroqué l’ex-cardinal américain Theodore McCarrick, 88 ans, accusé d’agressions sexuelles il y a près d’un demi-siècle, une première historique qui conclut une spectaculaire descente aux enfers d’un prélat jadis très influent.

C’est la première fois dans la longue histoire de l’Église catholique qu’un cardinal est défroqué pour des motifs d’agressions sexuelles.

Le pape a reconnu comme définitive une sentence de la Congrégation pour la doctrine de la foi, institution du Vatican qui veille au respect du dogme catholique, réduisant à l’état laïque l’ex-archevêque émérite de Washington, a précisé un communiqué du Saint-Siège.

L’ancien cardinal a été reconnu coupable d’avoir enfreint l’un des commandements divins « avec la circonstance aggravante de l’abus de pouvoir », selon ce texte.

Le pape François a envoyé un « signal clair » sur le fait que les agressions sexuelles ne seraient plus tolérées au sein de l’Église catholique, a réagi samedi le président de la conférence des évêques américains.

« Aucun évêque, aussi influent soit-il, n’est au-dessus de la loi de l’Église », a ajouté le cardinal Daniel DiNardo, archevêque de Galveston-Houston.

Cette punition tombe à point nommé avant une réunion cruciale, rassemblant du 21 au 24 février les présidents des conférences épiscopales du monde entier au Vatican, où ils étudieront notamment la responsabilité des prélats ayant gardé sous silence des agressions sexuelles de mineurs par le clergé.

La révélation en 2018 d’énormes scandales aux États-Unis, au Chili ou en Allemagne, ont sérieusement entaché la crédibilité de l’Église catholique.

L’ex-archevêque émérite de Washington s’était déjà vu interdire en juillet dernier d’exercer son ministère et avait ensuite renoncé à son titre honorifique de cardinal. Avec son exclusion officielle de l’Église, l’homme reclus actuellement dans l’État américain du Kansas redevient M. Theodore McCarrick.

Le Saint-Siège avait demandé en septembre 2017 une enquête à l’archevêché de New York, à la suite du témoignage d’un homme accusant le prélat de l’avoir agressé sexuellement dans les années 1970. Face aux « graves indices » ressortis de l’enquête, le pape avait démis fin juillet Mgr McCarrick de son titre de cardinal. L’affaire avait ébranlé la hiérarchie de l’Église catholique américaine, juste avant la publication d’un rapport ravageur sur des agressions massives commises en Pennsylvanie.

En 2015, le pape François avait accepté la renonciation aux prérogatives de cardinal de Mgr Keith O’Brien, ancien archevêque d’Édimbourg qui avait démissionné deux ans plus tôt après avoir été l’objet de plaintes de jeunes prêtres pour des « actes inappropriés » dans les années 1980. Le prélat avait néanmoins conservé son titre de cardinal jusqu’à sa mort en mars 2018.

Le seul cas d’abandon du titre suprême de cardinal remonte à 1927, lorsque le pape Pie XI avait accepté la démission pour des motifs politiques du cardinal français Lois Billot.

Défroquer un prélat est considéré comme le châtiment le plus grave pour un ecclésiastique, déchu de tous ses droits et prérogatives de prêtre comme celui de dire la messe, y compris en privé.

Le pape avait réservé ce sort en octobre à deux évêques chiliens pour agressions sexuelles sur mineurs, au moment où l’Église catholique de ce pays est également plongée dans un scandale sans précédent.

Le cardinal McCarrick, un prêtre qui fut promu évêque et archevêque dans l’archidiocèse de New York avant de partir pour Washington en 2001, était l’un des cardinaux américains les plus en vue à l’international. Il a été longtemps très influent pour lever des fonds américains pour le Saint-Siège. Bien qu’officiellement retraité, il continuait à voyager, notamment pour défendre des questions de droits de l’homme. Il avait exigé des réformes pour sévir contre les prêtres pédophiles aux États-Unis.