À quoi doit-on s’attendre du sommet au Vatican?

Photo: Alessandra Tarantino Associated Press Tout porte à croire que ce sommet sera d’abord symbolique.

Dans un geste sans précédent, le souverain pontife a convoqué des évêques du monde entier à un sommet sur la « protection des mineurs et des adultes vulnérables », à Rome la semaine prochaine. À quoi s’attendre de cet exercice ? L’unique représentant canadien à ce sommet, Lionel Gendron, évêque de Saint-Jean-de-Longueuil et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), et Jean-Guy Nadeau, professeur retraité de l’Institut d’études religieuses de l’Université de Montréal et spécialiste des cas d’abus sexuel dans l’Église catholique, répondent aux questions du Devoir.

Qu’est-ce qui sera discuté ?

Pour le pape, l’objectif est de s’assurer que les évêques cessent d’occulter les cas d’abus sexuel commis par des prêtres et que tous sont sur la même longueur pour prévenir les abus et réagir aux dénonciations des victimes. « Trois thèmes seront abordés : la responsabilité de l’Église, comment ces abus ont pu être commis et, ensuite, la reddition de comptes. Comme dans d’autres religions, il n’y a pas vraiment de structure de reddition de comptes. L’importance de la transparence sera abordée, en principe, pour le futur », souligne M. Nadeau. L’évêque Gendron ajoute que le pape souhaite que l’Église reconnaisse la gravité du problème et l’urgence de trouver des solutions.

Qui participera à cette rencontre ?

Cette réunion « concerne avant tout les évêques » parce qu’ils sont « responsables de ce grave problème ». Quelque 180 personnes sont attendues à ce sommet. Près de 120 évêques et présidents des conférences épiscopales de chaque pays du monde seront du nombre. Les évêques des rites copte, syriaque et maronite ont aussi été convoqués. Des experts en maltraitance et abus sexuel donneront des conférences sur le sujet, et des victimes ont été invitées par le pape à raconter ce qu’elles ont vécu.

Des mesures concrètes seront-elles adoptées pour s’assurer que l’Église applique des normes uniformes pour protéger les mineurs partout dans le monde ?

Tout porte à croire que ce sommet sera d’abord symbolique. « Je ne me souviens pas d’avoir vu par le passé une réunion d’urgence sur une question d’agir commandée par un pape. Je crois que c’est vraiment symbolique, pour envoyer le message qu’on prend au sérieux la question des abus dans l’Église », indique M. Nadeau. L’évêque Gendron ajoute que le pape a lui-même indiqué qu’il ne fallait pas avoir trop d’attentes et qu’« il vise avant tout une prise de conscience ».

Cette rencontre mènera-t-elle à des changements au droit canon ou à la théologie de l’Église ?

Plusieurs victimes espèrent que le Vatican supprimera les délais de prescription pour les victimes d’abus sexuels. Une réforme de l'ensemble du droit canon prendrait une dizaine d'années, ou même plus, mais le pape pourrait décider rapidement, à lui seul, d'abolir le délai de prescription, note M. Nadeau. Ce sommet n’ayant aucun caractère consultatif ou décisionnel, le Vatican a déjà indiqué que le sujet risque de ne même pas être abordé.

Pour mener à bien cet exercice, le pape François est-il l’homme de la situation ?

Bien que réputé pour sa sensibilité, François a d’abord eu le réflexe de couvrir le cardinal McCarrick, soupçonné d’agressions sexuelles sur des séminaristes et des prêtres, exigeant des preuves de ces allégations. « Ce n’est pas un homme sans défaut, mais il est conscient de la nécessité d’une réforme de l’Église. J’espère qu’il aura le temps de bâtir une équipe pour travailler avec lui et poursuivre son oeuvre », fait valoir l’évêque Gendron. Une opinion partagée par M. Nadeau, qui rappelle que le pape a ordonné la tenue d’une enquête sur le dossier McCarrick. « Est-ce que c’est le bon homme ? J’ai envie de répondre que c’est celui qu’on a. »

L’Église est-elle capable de se réformer après avoir caché, pendant tant d’années, ces abus ?

Le pape a beaucoup insisté, ces derniers jours, sur le fait que les abus sexuels touchent toute la société, pas seulement l’Église. Pour l’évêque Gendron, il n’y a pas de doute à savoir que l’Église peut améliorer ses façons de faire. « Le pape François a mis le doigt sur des blessures que nous avons, et il travaille à trouver les solutions pour les guérir », dit-il.

Des commissions d’enquête ont eu lieu en Allemagne, aux États-Unis, en Australie et en Irlande pour dresser un portrait clair de la situation. Faudrait-il une enquête pour faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé au Québec ?

Cette question doit être posée aux victimes, estime M. Nadeau. « Si cela peut aider à la guérison et amener des réponses, une enquête pourrait être faite. » En octobre dernier, le diocèse de Montréal a dit ne pas souhaiter aller de l’avant avec un tel exercice, mais s’est dit prêt à collaborer en donnant accès aux dossiers des prêtres aux autorités, si jamais une enquête est lancée. « Si le processus judiciaire juge que c’est ce qu’il faut faire, on va collaborer. Mais on ne veut pas le devancer », confiait Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal, en entrevue avec Le Devoir.

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