Le procès de Michel Cadotte n’est pas celui du système de santé, prévient la juge

Michel Cadotte est accusé du meurtre non prémédité de son épouse, Jocelyne Lizotte, atteinte d’alzheimer, le 20 février 2017.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Michel Cadotte est accusé du meurtre non prémédité de son épouse, Jocelyne Lizotte, atteinte d’alzheimer, le 20 février 2017.

Le procès de l’aidant naturel Michel Cadotte, accusé d’avoir étouffé sa femme atteinte d’alzheimer, n’est pas celui du système de santé, a prévenu mercredi la juge à l’approche des délibérations du jury.

« Vous n’êtes pas ici pour le procès des CHSLD, vous n’êtes pas ici pour le procès du système de santé, ni pour modifier, valider ou rendre inconstitutionnelle l’aide médicale à mourir, ce n’est pas votre rôle », a insisté la juge Hélène Di Salvo, qui préside le procès de M. Cadotte.

Encore mercredi, il a été question du choc que peuvent ressentir les aidants naturels lorsqu’ils placent un proche dans le système de santé. En contre-interrogatoire, un psychiatre expert appelé par la Couronne a admis que la détresse est réelle pour un proche aidant. Il estime toutefois que ce n’était pas le cas de Michel Cadotte, qui est accusé du meurtre non prémédité de son épouse Jocelyne Lizotte, le 20 février 2017.

« De façon générale, je pense qu’il y a des problèmes criants dans les CHSLD, mais dans le cas de M. Cadotte, je ne suis pas certain que c’est ce qu’il voyait comme problème », a soutenu mercredi le Dr Gilles Chamberland, qui était questionné par la défense.

Le psychiatre expert n’a pas tenu compte des propos de M. Cadotte qui, lors de son témoignage, a raconté la détresse qui l’habitait en voyant les conditions variables du système de santé que devait subir son épouse Jocelyne Lizotte. Un an avant le drame, M. Cadotte avait tenté de faire une demande d’aide médicale à mourir au nom de sa femme. Celle-ci lui avait été refusée, puisque Mme Lizotte n’était pas en fin de vie.

« Ma femme, c’était un cas lourd. Les préposés manquaient malheureusement de temps. Quand tu as huit à dix patients et que ta journée de travail est de sept heures, ça ne fait pas beaucoup de temps par patient », avait fait remarquer l’accusé de 57 ans. En quatre ans, Mme Lizotte avait fréquenté trois établissements de santé, soit l’hôpital Royal-Victoria, l’institut Douglas et le CHSLD Émilie-Gamelin.

Durant le contre-interrogatoire du Dr Chamberland, plusieurs faits ont dû être rectifiés, tandis qu’il semblait ne pas maîtriser tout le dossier de M. Cadotte. L’expert a soutenu que M. Cadotte s’est plaint des cinq ou six douches que recevait sa femme lorsqu’elle était au CHSLD.

« Je veux juste rectifier un fait. Les douches cinq ou six fois, ce n’était pas à Émilie-Gamelin », l’a interrompu la juge Hélène Di Salvo, qui préside le procès.

« À Émilie-Gamelin, c’était un bain par semaine, et le reste de la semaine c’était la toilette partielle avec la débarbouillette », a-t-elle ajouté.

« À ce moment-là, c’est mon erreur », a reconnu le Dr Chamberland.

Celui-ci a également fait son mea culpa au sujet de la souffrance que pouvait ressentir Mme Lizotte. Lundi, lors de son témoignage pour la Couronne, le Dr Chamberland a remis en doute la souffrance de Mme Lizotte le jour du drame, soulignant qu’elle bénéficiait de meilleurs soins que dans d’autres établissements qu’elle avait fréquentés.

« Je tiens à me rétracter et à m’excuser si j’ai laissé entendre le contraire, a-t-il dit. Ce que j’ai voulu dire, c’est qu’il y a des périodes où elle semblait plus souffrante [que le jour du drame] », a-t-il poursuivi.

Le Dr Chamberland était le dernier témoin entendu au procès de M. Cadotte. La prochaine étape consistera à entendre les plaidoiries des deux parties, qui mèneront ensuite à la délibération des 12 jurés.