Réseau international de blanchiment d’argent: 14 suspects arrêtés au Québec et en Ontario

Un homme arrêté par la GRC à Toronto a été transporté à Montréal dans le cadre de l'opération <em>Collecteur</em>.
Photo: Courtoisie / Gendarmerie royale du Canada Un homme arrêté par la GRC à Toronto a été transporté à Montréal dans le cadre de l'opération Collecteur.

Des centaines de millions de dollars auraient été blanchis par un réseau international établi à Montréal et Toronto qui a été démantelé lundi par la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Baptisée Collecteur, cette vaste enquête a mené à l’arrestation de quatorze Canadiens, dont les présumées têtes dirigeantes du réseau, le Lavallois Mohamad Jaber et le Torontois Nader Gramian-Nik.

La GRC a démarré l’enquête en 2016 grâce à des informations fournies par la Drug Enforcement Administration (DEA) des États-Unis. Les autorités américaines avaient repéré un numéro de téléphone basé à Montréal et qui était utilisé pour envoyer d’importantes sommes d’argent vers la Colombie.

« Il s'agit d'une des plus importantes interceptions de ce genre au Canada et c'est aussi une des rares enquêtes de blanchiment d'argent ayant mené à des accusations de gangstérisme », a souligné la porte-parole de la GRC, Martine Fontaine.

Le stratagème utilisé aurait permis à des trafiquants de drogue canadiens de transférer de l’argent à blanchir vers le Liban, les Émirats arabes unis, l’Iran, les États-Unis et la Chine pour ensuite être envoyé vers la Colombie et le Mexique, deux pays exportateurs de stupéfiants.

« Ce que je peux vous dire c’est qu’avec la quantité d’argent qu’on a vu circuler durant trois ans, il est clair que cette organisation avait une certaine importance », a indiqué le sergent François-Olivier Myette. « Je peux vous dire qu’on est dans les centaines de millions », a-t-il ajouté.

Au total, 300 policiers ont été mobilisés pour la frappe qui a eu lieu lundi et qui visait onze lieux, dont quatre au Québec et sept en Ontario. Lundi seulement, les autorités ont saisi près de 7 millions. Une quantité « appréciable » de drogue dont la valeur sur le marché est estimée à 2,2 millions a été saisie.

Avec l’aide de l’Agence du revenu du Canada (ARC), un total de 267 000 $ a aussi pu être bloqué dans quatre comptes bancaires et six propriétés, dont la valeur totalise 15, 8 millions, ont pu être saisies. D’ailleurs, une luxueuse propriété de 7 millions fait partie des biens saisis.

« C’est la première fois que cette disposition [l’ordonnance de blocage de biens] est utilisée dans une enquête pour évasion fiscale au Québec », a souligné Stéphane Bonin, directeur de la division des enquêtes criminelles de l’ARC.

Crime organisé ébranlé

En conférence de presse mardi, la GRC a assuré avoir ébranlé le crime organisé, même si elle n’a pas voulu nommer les groupes qui auraient bénéficié de ce réseau.

« C'est en privant les groupes criminels de leur réseau de blanchiment que nous ébranlons la structure même du crime organisé », a souligné Mme Fontaine.

Cette importante opération créera des tensions au sein des groupes criminels, prévient l’ancien enquêteur Paul Laplante.

« C’est certain que ça vient de créer un stress. Une enquête de cette envergure-là, qui a duré près de trois ans, ça veut dire qu’il y a eu des fuites à l’interne, alors en ce moment les groupes criminels doivent vouloir savoir qui à l’interne parle avec la police », note celui qui a été chef de bureau de l’Escouade Carcajou.

Le criminaliste Charles B. Côté rappelle que les dossiers qui impliquent des fraudes sont souvent complexes et longs à prouver.

« Il faut que la preuve recueillie soit prête à être divulguée dès le départ », indique Me Côté.

Avec l’arrêt Jordan, qui fixe à trente mois le délai pour la tenue d’un procès à partir du moment de l’accusation a amené la GRC à s’adapter aux nouvelles réalités judiciaires.

« J'ai travaillé de nombreuses enquêtes de blanchiment d'argent et je peux vous dire que depuis les années 1990, nous nous sommes adaptés à de nouvelles réalités judiciaires [...] nos enquêteurs ont dû travailler d'arrache-pied au processus de divulgation de la preuve dans l'enquête Collecteur de façon à pouvoir déposer des accusations et pouvoir entamer les procès criminels immédiatement », a indiqué Mme Fontaine.