Hydro-Québec redirige ses dons de 6,9 millions

Hydro-Québec continuera d’offrir des dons et commandites d’environ 19 millions par année, mais a décidé, après mûre réflexion, de réorienter son «engagement social».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Hydro-Québec continuera d’offrir des dons et commandites d’environ 19 millions par année, mais a décidé, après mûre réflexion, de réorienter son «engagement social».

Une révision de la politique de dons et commandites d’Hydro-Québec sème l’inquiétude dans les milieux de la santé, de l’éducation et des sports, qui seront privés d’aide financière totalisant 6,9 millions par année.

Selon ce que Le Devoir a appris, des dizaines d’organisations ont été informées au cours des derniers jours qu’elles perdront ce précieux financement. Des fondations d’hôpital et d’université, des cégeps, des écoles secondaires et des fédérations sportives seront privés de ces fonds qui allaient par exemple à des bourses d’études, à l’achat d’équipement médical ou à l’organisation d’événements comme les Jeux du Québec.

Hydro-Québec continuera d’offrir des dons et commandites d’environ 19 millions par année, mais a décidé, après mûre réflexion, de réorienter son « engagement social ». La société d’État appuiera désormais en priorité les organismes voués à la lutte contre les gaz à effet de serre, au développement économique des régions — y compris les chambres de commerce, les festivals et les organismes culturels — et à la lutte contre la pauvreté.

« La nouvelle directive d’engagement social d’Hydro-Québec n’a pas du tout pour objectif de faire des économies. Au contraire, elle vise à maximiser notre impact », dit Maxence Huard-Lefebvre, porte-parole de la société d’État.

La nouvelle stratégie vise à réduire le nombre de créneaux susceptibles de recevoir un appui pour mieux cibler l’aide financière, explique-t-il. Hydro-Québec estime aussi que les nouveaux secteurs correspondent davantage à ses priorités et aux besoins de la société qu’elle a identifiés.

Selon nos sources, cette nouvelle façon de faire a donné lieu à de vifs débats au sein de la société d’État. Des organisations recevaient de l’aide financière depuis des décennies. Chez Hydro, certains voulaient continuer d’appuyer des organismes qui jouent un rôle crucial, notamment en santé et en éducation. Surtout que les chambres de commerce restent parmi les bénéficiaires des dons de la société d’État.

Hydro-Québec était partenaire de Sports Québec depuis 30 ans. Ses dons contribuaient au financement des finales des Jeux du Québec, dont il était un des « grands partenaires ». Pour les finales de mars 2019, ils contribuent à hauteur de 150 000 $. « Je ne vous cacherai pas que nous sommes déçus, commente Michelle Demers, directrice des communications corporatives à Sports Québec. Nous aurions voulu que la collaboration se poursuive, mais nous comprenons [la décision d’Hydro-Québec]. Les finales de 2020 se dérouleront pendant l’été, on a donc 18 mois devant nous. On cherche déjà des solutions. »

Les engagements pris par Hydro-Québec seront respectés, comme celui pour les Jeux du Québec ou ceux à plus long terme, comme l’entente signée avec le CHU de Québec. Selon une aide octroyée dans le cadre de la Grande Campagne 2013 du centre hospitalier, la société d’État donnait 250 000 $ par année pour un total de 2 millions de dollars. La contribution prendra fin, comme prévu, en 2021.

La décision d’Hydro-Québec a pris de court plusieurs organismes. À la Fondation du CHU Sainte-Justine, qui reçoit annuellement 300 000 $ de la part de la société d’État, on ne voulait pas discuter des conséquences sur les années subséquentes du retrait d’Hydro-Québec. « On a été mis au courant cette semaine. On a envie de bien comprendre la nouvelle politique avant de la commenter », dit Delphine Brodeur, vice-présidente aux communications de la Fondation CHU Sainte-Justine. L’entente doit prendre fin en 2020.

 

 

Selon ce que Le Devoir a appris, le milieu universitaire ne sera pas totalement pénalisé. Dans sa nouvelle politique, Hydro-Québec s’engage à soutenir encore les universités à travers l’IREQ, sa branche vouée à la recherche. C’est au niveau des bourses, cependant, qu’il y a suppression. Des ententes avec l’Université Laval et l’Université McGill garantissent des dons jusqu’en 2021 et 2023 respectivement.

« L’Université Laval et sa fondation sont engagées à mettre tous les efforts possibles pour trouver des appuis et des partenaires philanthropiques, afin d’offrir des programmes de bourses attrayants pour ses étudiants et ses étudiantes et de les soutenir dans leurs projets universitaires », explique la porte-parole de l’établissement québécois, Andrée-Anne Stewart.

Sur les 950 000 $ que la Fondation de l’Université Laval a reçus en 2018 de la part d’Hydro-Québec, 350 000 $ l’ont été sous forme de bourses. C’est ce type d’aide, distribué dans plusieurs secteurs d’études, selon Mme Stewart, qui disparaîtra en 2021.

Vincent Campbell Allaire, du Service des relations avec les médias à l’Université McGill, précise que « les chaires de recherche universitaires soutenues par Hydro-Québec ne sont pas touchées par la nouvelle politique. Nous maintenons d’excellentes relations avec Hydro-Québec et nous allons continuer de collaborer avec eux dans les années à venir. »

Environnement, régions, pauvreté

Hydro-Québec compte désormais soutenir la lutte contre les gaz à effet de serre en encourageant la transition vers la « mobilité durable », en aidant les groupes spécialisés en changements climatiques et en encourageant l’adoption de « comportements à faible empreinte carbone ».

Le soutien aux régions passera par la relève en entrepreneuriat, l’accès à la science et à la technologie et l’aide à la culture — musées, musique classique, théâtre, chanson, cinéma, notamment.

Pour soutenir la lutte contre la pauvreté, Hydro-Québec continuera de financer Centraide (pour l’aide alimentaire et l’accès au logement), en plus d’appuyer des interventions auprès de jeunes à risque de délinquance, de dépendances ou de décrochage scolaire.

7 commentaires
  • Jean-Luc Malo - Abonné 9 février 2019 06 h 25

    Pourtant, c'est bien peu

    6.9 M$, ce sont pourtant ce que l'on appelle des "peanuts" pour Hydro-Québec. Et ce sera bien trop peu pour l'environnement. Tous ces organismes sans but lucratif qui doivent chercher ailleurs: quel gâchis de relations publiques par une société qui est pourtant la fierté des Québécois.

    Jean-Luc Malo
    abonné

  • Mario Tremblay - Abonné 9 février 2019 08 h 34

    Marge de manoeuvre ...

    Hydro-Québec compte désormais soutenir la lutte contre les gaz à effet de serre en encourageant la transition vers la « mobilité durable », en aidant les groupes spécialisés en changements climatiques et en encourageant l’adoption de « comportements à faible empreinte carbone »...
    Avec ce flou artistique, vous allez sans doute être surpris lorsque vous connaîtrez les bénéficiaires. Ils ont de la latitude ...

  • Jean Richard - Abonné 9 février 2019 10 h 32

    La neutralité d'Hydro-Québec ?

    « La société d’État appuiera désormais en priorité les organismes voués à la lutte contre les gaz à effet de serre, »

    S'il est vrai qu'on ne mord pas la main qui nous nourrit, on peut se demander quelles sont les intentions réelles d'Hydro-Québec. Parmi ces plus ou moins bien définis organismes voués à la lutte contre les GES, y aurait-il ces groupes de pression environnementaux, groupes que la société d'état voudrait peut-être influencer en les finançant. Ainsi, ce serait plus facile pour le grand producteur et vendeur d'énergie de minimiser l'impact environnemental (qui existe, quoi qu'on en dise) de ses activités.

    « Hydro-Québec compte désormais soutenir la lutte contre les gaz à effet de serre en encourageant la transition vers la « mobilité durable » »

    Ça, c'est nouveau. Sachant que la mobilité durable en milieu urbain passe par des modes de transport à faible empreinte territoriale et à faible consommation d'énergie, peu importe la source, et sachant que le Québec est majoritairement urbanisé, le doute sur les intentions réelles d'Hydro-Québec persiste. Jusqu'à ce jour, Hydro-Québec a soutenu un mode de transport individuel qui favorise l'étalement urbain et permet à son « actionnaire », le gouvernement du Québec, de miser sur la multiplication des autoroutes. Sur le modèle économique des sociétés privées, HQ privilégie la croissance sans fin. Or, comme elle a une surcapacité de production dans l'ensemble, elle va choisir le mode de transport le plus susceptible d'augmenter la consommation d'électricité. Entre une ligne de métro, de tramway ou de trolleybus et 100 000 grosses voitures individuelles à batteries, qu'est-ce qui va consommer le plus ?

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 9 février 2019 11 h 07

    À qui de droit... chez Hydro-Québec.

    Quelle honte...Avez-vous réfléchi avant de poser ce geste ? L'éducation devrait être la priorité au Québec.!
    C'est de là que part le Devenir et l'Avenir du Québec...Par le truchement d'un système d'éducation de qualité...je dis bien de qualité.
    Il serait bien que chacun de VOUS...chez HQ...lise l'article du 9 février 2019, du chroniqueur au Devoir, Normand Baillargeon ...et, le gouffre sans fin des besoins de nos services éducatifs publics.
    Les services éducatifs publics francophones...devraient recevoir la part du lion.

  • Serge Lamarche - Abonné 9 février 2019 15 h 23

    Plus d'infrastructures électriques?

    Si Hydro-Québec s'implique plus dans l'infrastructure électrique pour les automobiles par exemple, c'est certainement un plus. Les logements étant aussi un énorme coût pour la plupart des gens, en avoir des plus abordables aura un impact positif sur toute l'économie. Cesser de payer pour enrichir les riches, aide tous les autres.