Christian Overbeek compte quitter la tête du CEROM

Le CEROM s’est retrouvé sous les projecteurs à deux reprises dans les derniers mois.
Photo: iStock Le CEROM s’est retrouvé sous les projecteurs à deux reprises dans les derniers mois.

Au centre d’une controverse qui ne faiblit pas, le président des producteurs de grains du Québec, Christian Overbeek, a l’intention de quitter la présidence du conseil d’administration du CEROM en avril. La réforme qu'il propose d'ici là n'apaise toutefois pas les critiques de conflit d'intérêts dont l'organisme est la cible.

Celui qui est à la tête du Centre de recherche sur les grains depuis 2006 suggère au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) que les postes de dirigeants — dont le sien — « soient occupés par des administrateurs indépendants ». M. Overbeek souhaite néanmoins que des acteurs de l’industrie, dont les producteurs de grains du Québec et la Coop fédérée, continuent d’occuper un poste d’administrateur.

Mais les critères balisant cette « indépendance » sont toujours à préciser. « Avant d’aller plus loin sur la définition de cette notion-là, on veut s’assurer que ça correspond aux attentes du ministère », explique en entrevue Christian Overbeek. Le président doit justement exposer au MAPAQ le 13 février ses recommandations. Si le feu vert est donné, ces changements seraient en vigueur dès avril 2019, à l’issue de la prochaine assemblée générale de la société à but non lucratif, majoritairement financée par des fonds publics.

Le CEROM s’est retrouvé sous les projecteurs à deux reprises dans les derniers mois. En avril 2018, Le Devoir et Radio-Canada ont mis en lumière une ingérence du privé dans la recherche scientifique qui s’y tient. Plus récemment, le fonctionnaire lanceur d’alerte Louis Robert a été congédié au mois de janvier pour avoir fourni des documents confidentiels aux journalistes, ce qui a suscité un tollé au sein de la classe politique québécoise.

Le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, n’a pas souhaité commenter la sortie de Christian Overbeek jeudi. Il a affirmé en début de semaine qu’il n’hésiterait pas à « tirer la plogue » sur le financement que son ministère octroie au CEROM si ce dernier n’arrive pas à répondre aux attentes de Québec formulées à la suite des révélations des médias au printemps. Restructuration, embauche d’un directeur scientifique, création d’un comité scientifique, changements au sein du conseil d’administration : le CEROM doit remettre d’ici deux semaines son plan pour répondre aux préoccupations de Québec.

La succession de versions, parfois contradictoires, de M. Lamontagne sur le renvoi de Louis Robert a occupé une partie de la période des questions, jeudi, à l’Assemblée nationale. Questionné par l’opposition libérale, le ministre caquiste a dit qu’il s’assurerait que la gouvernance au CEROM est réalisée dans les « règles de l’art ».

Récemment, il a demandé à la protectrice du citoyen de faire enquête pour, espère-t-il, dissiper tout malentendu autour d’une possible ingérence politique dans le congédiement de M. Robert. Celle-ci n’est toutefois pas tenue d’accepter la demande ou encore de confirmer qu’il y a enquête avant sa conclusion.

De son côté, Québec solidaire a salué la proposition de Christian Overbeek de réserver les postes de président, de vice-président et de trésorier du CEROM à des membres indépendants, une pratique qui devrait être « étendue à l’ensemble des groupes de recherche financés par Québec ».

Le cas du CEROM est la pointe de l’iceberg. Il y a présentement un grave problème de gouvernance dans le domaine agricole.

 

Fonds public et industrie privée

Les recommandations de M. Overbeek « sont de la poudre aux yeux », lance sans ambages au Devoir le directeur général d’Équiterre, Sidney Ribaux. Il juge qu’il y a conflit d’intérêts, peu importe le poste occupé par des représentants de l’industrie. « Légalement, le président du conseil d’administration n’a pas plus de pouvoirs qu’un simple administrateur », note-t-il.

« Le cas du CEROM est la pointe de l’iceberg. Il y a présentement un grave problème de gouvernance dans le domaine agricole au Québec », renchérit le président de l’Union paysanne, Maxime Laplante.

Suivant le congédiement de Louis Robert, Équiterre a demandé au gouvernement Legault que le MAPAQ cesse de financer le CEROM, de même que de retirer des mains du ministère le soin d’attribuer du financement pour la recherche sur l’impact des pesticides dans le milieu agroalimentaire. « Il faut confier ces sommes à des chercheurs qui sont réellement indépendants, plaide Sidney Ribaux. On ne peut pas confier à l’industrie de l’argent public pour faire de la recherche sur des produits qu’ils utilisent, qu’ils vendent ou qu’ils manufacturent. »