Un laboratoire d’archéologie dans le Vieux-Montréal

Les Sœurs grises consacreraient 4 millions au projet de mise en valeur du bâtiment patrimonial, a affirmé la supérieure générale de la congrégation, sœur Aurore Larkin.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les Sœurs grises consacreraient 4 millions au projet de mise en valeur du bâtiment patrimonial, a affirmé la supérieure générale de la congrégation, sœur Aurore Larkin.

L’ancien hôpital général de Montréal, situé dans le Vieux-Montréal, pourrait accueillir un laboratoire d’archéologie de l’Université de Montréal dans le cadre d’un projet de mise en valeur du site datant du XVIIe siècle. Les Soeurs grises de Montréal ont dévoilé mercredi leur projet, qui nécessitera des investissements de 35,2 millions.

La construction de l’ancien hôpital des frères Charron, aujourd’hui connu sous le nom de Maison de Mère d’Youville, remonte à 1693.

Les effectifs étant en baisse, les religieuses ont entrepris, il y a quelques années, d’élaborer une stratégie pour donner une seconde vie aux biens patrimoniaux qu’elles possèdent. Elles ont vendu leur maison-mère de la rue Guy à l’Université Concordia en 2007 et leur propriété de l’île Saint-Bernard à la Ville de Châteauguay en 2011.

Pour l’ancien hôpital, elles ont conclu un partenariat avec l’Université de Montréal, qui souhaite y loger un laboratoire d’archéologie durable qui accueillerait des étudiants à la maîtrise ou au doctorat. L’université occuperait des locaux répartis sur quatre étages. Les lieux seraient alors accessibles au public, tout comme les archives des Soeurs grises, qui seront mises en valeur. La congrégation demeurerait propriétaire du bâtiment.

« Avec ce projet, on veut remettre à la collectivité, parce qu’on sait qu’on est en décroissance et on ne veut pas laisser un trésor comme ça s’évanouir », a expliqué soeur Aurore Larkin, supérieure générale des Soeurs grises de Montréal.

Le projet de mise en valeur, élaboré avec le musée Pointe-à-Callière, nécessitera des investissements de 35,2 millions. Les Soeurs grises consacreraient 4 millions au projet alors que l’UdeM prévoit un investissement de 1,2 million.

Pour l’instant toutefois, les religieuses attendent un engagement des gouvernements fédéral et provincial ainsi que de la Ville de Montréal, pour compléter le montage financier et aller de l’avant. Mais les discussions sont « très prometteuses », assure Hubert Gauthier, directeur général des Soeurs grises de Montréal.

Salle des pauvres

Le bâtiment, qui est classé immeuble patrimonial, a été rénové et modernisé dans les années 1980 lorsque les religieuses sont revenues y habiter. Mais il aura besoin d’importants travaux de remise aux normes pour être conforme à sa nouvelle vocation. Il faudra notamment solidifier l’immeuble et remplacer toutes les fenêtres, a indiqué M. Gauthier.

Si les lieux ont subi des modifications au fil des ans, certains locaux sont demeurés intacts, comme la « salle des pauvres » qui accueillait les indigents pour des repas, ainsi que la cave voûtée de vieilles pierres qui permettait d’entreposer les réserves de nourriture.

Le ministère de la Culture précise que le projet présenté par les Soeurs grises est toujours à l’étude. Québec a contribué aux démarches de requalification du site et les discussions se poursuivent, a indiqué Annie LeGruiec, conseillère en communication au ministère.

« Près de 1 million a d’ailleurs été investi par le ministère dans des études et des interventions de restauration sur le site », a-t-elle signalé.

Directeur des politiques chez Héritage Montréal, Dinu Bumbaru s’est réjoui de voir les Soeurs grises et l’Université de Montréal collaborer pour mettre en valeur l’ancien hôpital. Il croit que le gouvernement Legault pourra difficilement rester indifférent.

« Le nouveau gouvernement a réalisé très tôt dans son mandat à quel point le patrimoine n’était pas un sujet qu’on pouvait mettre sous le tapis », a-t-il fait remarquer.

De son côté, la Ville de Montréal reconnaît l’importance du patrimoine urbain et religieux, mais n’a pas encore pris d’engagement. « Nous croyons que le financement de tous les paliers doit être cohérent et adapté à la capacité de payer des contribuables », a souligné par courriel Laurence Houde-Roy, attachée de presse du comité exécutif.

Les Soeurs grises, dont la moyenne d’âge dépasse 80 ans, n’habitent plus l’ancien hôpital. Une trentaine d’entre elles sont maintenant établies à Nicolet et quelque 120 autres habitent au Square Angus.