Anjou fonce dans la guerre du déneigement

À Anjou, arrondissement de l’est de Montréal, le budget alloué au déneigement atteint les 3,5 millions.
Photo: Catherine Legault Le Devoir À Anjou, arrondissement de l’est de Montréal, le budget alloué au déneigement atteint les 3,5 millions.

Luis Miranda n’en peut plus de la politique de déneigement de la Ville de Montréal. Le maire de l’arrondissement Anjou, un élu de 30 ans d’expérience, juge que l’état actuel des rues et trottoirs découle de « l’ordre de la Ville-centre de ne pas procéder au chargement de la neige [en novembre] ». Dorénavant, à Anjou, a-t-il annoncé par communiqué de presse, « nous chargerons la neige quand nous jugerons que c’est nécessaire de le faire et non en fonction des demandes de la Ville-centre ».

Dans un court entretien téléphonique, Luis Miranda ne décolérait pas. « Pourquoi on subit ces problèmes ? demande-t-il. Parce que le 28 novembre, la mairesse a décidé qu’on ne déneigeait pas. Que la neige fondrait. Une partie a fondu, mais ce qui n’a pas fondu s’est transformé en glace. C’est devenu comme un bouchon dans une bouteille, les puisards ne s’évacuent pas. »

Pour Jean-François Parenteau, l’élu responsable à la Ville de Montréal de Services aux citoyens, développement durable, approvisionnement, environnement, matériel roulant, la situation actuelle est surtout la conséquence d’un climat de moins en moins stable. Le déglaçage, fait-il noter, est et a toujours été la responsabilité des arrondissements.

Depuis 2015, le service de déneigement relève d’une politique centrale et uniforme à tous les arrondissements. Aucun chargement n’est prévu tant qu’il n’y a pas au moins 10 cm d’accumulation au sol. Pour l’élu d’Équipe Anjou, il serait plus raisonnable pour la sécurité de la population, et pas plus coûteux, de déclencher les opérations après 5 cm de neige.

Jean-François Parenteau, lui-même maire d’arrondissement, à Verdun, est d’avis que la politique de déneigement doit être revue. Il avait été prévu qu’elle serait réévaluée après quatre ans et il est donc prévu qu’elle fera l’objet des discussions en 2019. « On a jusqu’en août pour le faire. Toutes les options sont sur la table, mais il faut l’améliorer. Des situations de redoux deviennent la norme, il faut s’ajuster », dit le membre du comité exécutif de la Ville de Montréal. Il affirme que la nouvelle politique sera prête en décembre 2019.

Décision farfelue, selon la Ville

À Anjou, arrondissement de l’est de Montréal, le budget alloué au déneigement atteint les 3,5 millions. Celui-ci est évalué au volume de neige, pas au nombre d’opérations, selon le maire Miranda. Que le ramassage se fasse en trois fois, à chaque chute de 5 cm, plutôt qu’en une seule fois lorsque 15 cm se sont accumulés, revient au même.

« Je vais assumer [les coûts], mais la Ville de Montréal n’aura qu’à piger dans mon budget de déneigement. L’année vient de commencer, on est encore loin des 3,5 millions», juge-t-il.

M. Parenteau qualifie cette initiative de farfelue. Le maire d’Anjou ne pourra procéder sans les contrats de la Ville de Montréal pour se servir de camions. Autrement, il devra payer sans le budget qu’il lui est accordé. « La politique a été mise en place, rappelle Jean-Françcois Parenteau, pour uniformiser le chargement de la neige. Ce serait injuste qu’on permette [à Anjou] de procéder ainsi. »

La décision du maire d’Anjou de procéder de manière autonome remet néanmoins en question la politique centrale du déneigement. Luis Miranda estime que ses priorités ne sont pas les mêmes que celles de l’administration Plante.

« On sait que Mme Plante, dans son buget, priorise les pistes cyclabes. Avant je qualifiais ça d’inexpérience, aujourd’hui je dirais que c’est de l’incompétence », clame-t-il.

« Pour les pistes cyclables, on suit la même procédure que pour les trottoirs et les rues. Les pistes ont l’avantage d’être sur l’asphalte, alors que les trottoirs sont sur du béton. La glace adhère plus longtemps sur le béton », rétorque Jean-François Parenteau.