Des questions sur la privatisation des données

D’ici trois ans, Québec veut rassembler ses 457 centres de données en deux centres d’infonuagiques et songe à deux multinationales américaines, pour s’en occuper.
Photo: iStock D’ici trois ans, Québec veut rassembler ses 457 centres de données en deux centres d’infonuagiques et songe à deux multinationales américaines, pour s’en occuper.

La réforme est en marche. D’ici trois ans, Québec veut rassembler ses 457 centres de données en deux centres d’infonuagiques (cloud) et songe à IBM et à Amazon, deux multinationales américaines, pour s’en occuper. Une privatisation massive décriée tant par l’opposition que par le syndicat de la fonction publique, qui y voit un geste qui nuit aux intérêts économiques du Québec tout en exposant les données des Québécois au regard indiscret du gouvernement américain. Mais qu’en est-il exactement ?

Faut-il consolider les centres de données du gouvernement ?

« C’est une très bonne idée, dit Stéphane Garneau, président de Micro Logic, qui exploite un centre d’infonuagique 100 % québécois. C’est une tendance mondiale et c’est ce que tout le monde devrait faire puisque cela réduit les coûts d’exploitation et réduit la consommation d’énergie. » Le stockage de données est énergivore en raison, entre autres, de la climatisation nécessaire au fonctionnement des serveurs.

Le gouvernement du Québec pourrait-il réaliser cette consolidation à l’interne ?

 

Difficile, puisque l’expertise informatique du gouvernement serait à 80 % entre les mains de consultants externes, selon Patrick Rousseau Mathieu, expert en sécurité informatique. « Il n’a pas les ressources, les ressources en sécurité, ni les infrastructures, dit-il. Et puis, un gouvernement qui cherche à concurrencer le public, c’est rarement gagnant. »

 

Des entreprises québécoises pourraient-elles s’en occuper ?

 

Actuellement, l’offre d’infonuagique local n’est pas suffisante pour absorber toutes les données produites par le gouvernement, admet M. Garneau. Toutefois, les entreprises locales livrent le même niveau de sécurité que celui offert par les géants américains et répondent aux mêmes normes internationales en la matière. « Le gouvernement pourrait faire un coup de circuit avec ce projet de consolidation en l’utilisant pour permettre à l’infonuagique du Québec de se développer, dit-il. Et ce, en laissant l’argent public ici plutôt que de l’envoyer aux États-Unis. »

 

Est-ce que les données des Québécois vont être assujetties aux lois américaines en vertu du Patriot Act ?

 

Depuis 2015, les dispositions problématiques du Patriot Act qui permettaient l’intrusion de Washington dans les données personnelles ne sont plus en vigueur, dit Nicolas Vermeys, professeur de droit. Le Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act (Cloud Act), nouvellement adopté, permet l’intrusion dans des serveurs possédés par des entreprises américaines en sol étranger, mais ne cible que les données sur des citoyens américains, soit dans les circonstances celles de Québécois ayant la double nationalité ou d’Américains vivant au Québec.