Michel Cadotte témoigne à son procès pour le meurtre de son épouse atteinte d’Alzheimer

Michel Cadotte, accompagné de sa belle-sœur, Johanne Lizotte, qui a témoigné en sa faveur, et de ses avocats
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Michel Cadotte, accompagné de sa belle-sœur, Johanne Lizotte, qui a témoigné en sa faveur, et de ses avocats

Accusé du meurtre de son épouse atteinte d’Alzheimer, Michel Cadotte a raconté vendredi la détresse qui l’habitait en voyant les conditions variables du système de santé qu’elle devait subir.

« Ma femme, c’était un cas lourd. Les préposées manquaient malheureusement de temps. Quand tu as huit à dix patients et que ta journée de travail est de sept heures, ça ne fait pas beaucoup de temps par patient », a fait remarquer l’accusé de 57 ans.

M. Cadotte s’est avancé vendredi à la barre de témoin, où il a raconté au jury les dix-neuf années passées avec son épouse, Jocelyne Lizotte. Celle-ci a appris en 2011 qu’elle souffrait d’Alzheimer précoce. Elle était alors âgée de 54 ans. « Je lui avais promis de ne jamais la placer », a-t-il confié la voix éteinte.

Mme Lizotte a été retrouvée sans vie dans sa chambre du CHSLD en février 2017. M. Cadotte aurait avoué à une infirmière avoir mis fin aux jours de son épouse en l’étouffant avec un oreiller.

À l’arrivée des policiers, M. Cadotte était assis à côté du corps de sa femme et lui caressait les cheveux. Après avoir donné un baiser à celle-ci, il s’est livré lui-même, a témoigné un policier. M. Cadotte a plaidé non coupable. La défense plaide qu’il a été « poussé au bout de ses ressources ».

Dans un témoignage émotif à plusieurs moments, l’accusé a soutenu avoir eu recours à toutes les ressources à sa portée pour garder sa femme à la maison.

« Ça devenait compliqué de la garder à la maison toute la journée parce que je devais continuer à travailler. Au CLSC, une travailleuse sociale m’a donné une liste avec des numéros de téléphone, puis j’ai trouvé un centre de jour où elle a pu aller trois fois par semaine », a-t-il expliqué.

M. Cadotte s’est rappelé tous les matins où il donnait le bain à sa femme, la coiffait, lui mettait du vernis à ongles, puis l’habillait avec ses vêtements préférés lorsqu’elle devait se rendre au centre de jour. « C’était une façon de préserver sa dignité », a-t-il dit.

Décidé à être l’aidant naturel de sa femme, M. Cadotte a indiqué avoir suivi une formation pour les proches aidants qui accompagnent les personnes atteintes d’Alzheimer.

« C’était un cours en groupe. On nous donnait des conseils pour bien interagir avec les personnes qui sont atteintes d’Alzheimer, mais malheureusement, ce n’était pas gratuit, ça coûtait cher », a-t-il dit.

Les fins de mois sont rapidement devenues de plus en plus difficiles financièrement en raison des nombreuses absences pour assister sa femme. Pour économiser quelques sous, il a décidé de déménager dans un logement moins dispendieux en 2012.

« Je n’aurais pas dû déménager parce que ça a désorienté ma femme, mais je n’avais pas le choix, je n’y arrivais plus avec seulement mon salaire », a-t-il dit.

Épuisement accumulé

Épuisé, sans soutien de son entourage et voyant l’état de santé de sa femme se détériorer, il a dû se résoudre à la placer en centre de soins de longue durée en 2013.

« Je suis allé chez mon médecin parce que j’avais crié après ma femme et ce n’était jamais arrivé », a-t-il laissé tomber en retenant un sanglot. « Il m’a dit que je ne pouvais plus m’occuper d’elle, que j’étais en dépression et en épuisement professionnel », a-t-il indiqué.

Mme Lizotte a d’abord été soignée à l’hôpital Royal-Victoria, puis à l’hôpital Douglas, avant d’être transférée au CHSLD Émilie-Gamelin. À ce moment-là, Mme Lizotte avait complètement perdu son autonomie et ne pouvait manger que des aliments en purée.

Le désarroi de M. Cadotte n’a fait qu’empirer lorsqu’il a réalisé que les préposés étaient débordés et que la femme qu’il aimait ne recevait pas toute l’attention qu’il estimait qu’elle méritait.

« Elle passait douze heures clouée au lit, puis douze heures clouée sur sa chaise », a-t-il résumé avant que son avocate, Me Elfriede Duclervil, présente une série de photos de Mme Lizotte.

Puisqu’elle était souvent agitée, son lit et sa chaise étaient dotés de matériel de contention, a souligné M. Cadotte, la gorge nouée, en décrivant certaines photos.

M. Cadotte a également raconté avoir formulé de nombreuses plaintes concernant les soins offerts à sa femme.

« C’est comme si j’avais mal pour elle. Une fois, j’ai découvert un bleu sur son mamelon. Les infirmières ont vérifié dans leurs rapports et personne n’avait noté ça. Ce n’était pas normal », a-t-il fait valoir.

L’homme a d’ailleurs confié avoir suivi un cours de préposé aux bénéficiaires. Lorsqu’il l’a terminé, il était toutefois épuisé. Il a tenté de joindre la psychologue qui l’avait suivi, mais n’aurait pas eu de réponse. « J’avais besoin d’aide, mais je n’ai pas eu l’aide dont j’avais besoin », a-t-il laissé tomber.

« Lorsque votre femme a été admise au CHSLD, vous ont-ils fourni des informations sur des services pour les aidants naturels ? » l’a questionné la juge Hélène Di Salvo, qui préside le procès.

« Il me semble que je n’ai pas vu ça dans les feuillets qu’on m’a remis. On ne m’a rien offert et à ma connaissance, encore aujourd’hui, il n’y a pas grand-chose pour les aidants naturels », a répondu M. Cadotte.

Son témoignage doit se poursuivre lundi au palais de justice de Montréal.