Impliquer les femmes dans la réduction des inégalités

Gabrielle Brassard-Lecours Collaboration spéciale
Les femmes de Saba. Histoires de résilience au Yémen. D. Mathieu Cassendo, Semaine du développement international, AQOCI
Illustration: Les femmes de Saba. Histoires de résilience au Yémen. D. Mathieu Cassendo, Semaine du développement international, AQOCI

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Pour la Semaine du développement international 2019, l’Association des organismes de coopération internationale (AQOCI) a choisi pour thème les violences sexuelles faites aux femmes.

Quel rapport entre le développement international et les violences sexuelles faites aux femmes ? « On doit absolument inclure les femmes dans les processus de paix. On doit aussi aider les femmes à s’organiser et à s’éduquer », explique Michèle Asselin, présidente de l’AQOCI.

Si les femmes, à travers le monde, prennent de plus en plus leur place pour dénoncer les agressions qu’elles subissent, elles le font moins en temps de conflits et de guerre. Certaines se marient même avec leur agresseur. Une façon d’être protégée, en quelque sorte, contre d’autres agressions, mais qui leur enlève tout recours de dénonciation. « Il faut vraiment les aider et les éduquer pour qu’elles se sentent assez outillées pour parler publiquement et sortir de leur état de vulnérabilité », affirme la présidente. Malgré ce constat, Mme Asselin observe que, même en temps de conflits, les femmes ont déjà tendance à se solidariser et à s’organiser entre elles. « Elles tentent de s’entraider, de dénoncer, de lutter et d’améliorer leurs conditions malgré tout », témoigne-t-elle.

Une bande dessinée comme outil de sensibilisation

Depuis quelques années, l’AQOCI choisit la bande dessinée comme outil de sensibilisation, travaillant avec des bédéistes différents chaque fois, souvent eux-mêmes impliqués dans des luttes reliées à l’organisme. Cette année, on a fait appel à D. Mathieu Cassendo (que l’on connaît aussi pour la conception de l’une des pancartes thématiques de Québec solidaire pendant la dernière campagne électorale sur l’assurance dentaire pour tous). L’artiste, en collaboration avec l’AQOCI, a illustré les histoires de résilience des femmes au Yémen, pays qui connaît la plus grave crise humanitaire de l’humanité.

D. Mathieu Cassendo, Semaine du développement international, AQOCI

« On sort des rapports et on écrit des articles, mais la bande dessinée rejoint plus de monde et est plus accessible », explique Mme Asselin. Cette dernière précise néanmoins que celle de cette année s’adresse à un public un peu plus âgé compte tenu de la violence des histoires qu’elle raconte. Mais plusieurs travailleurs de l’AQOCI font une tournée des écoles tout au long de l’année pour sensibiliser les jeunes au développement international et aux enjeux qui y sont liés, comme les violences sexuelles faites aux femmes.

Plusieurs des activités de l’AQOCI, dont le lancement de la bande dessinée, qui aura lieu le 6 février prochain, sont également filmées en direct pour être diffusées sur les réseaux sociaux. L’aspect éducationnel est essentiel pour l’organisme, entre autres avec les femmes qui vivent dans des pays en guerre et qui rencontrent de multiples difficultés.

Les droits LGBTQ+

Pour l’AQOCI, les droits LGBTQ+ doivent aussi faire partie de la lutte contre les inégalités. « Ça relève des droits de la personne, et on doit les inclure dans une vision globale du développement », indique la présidente. La personne qui a fait la bande dessinée intitulée Les femmes de Saba désire ne pas être genrée.

La Semaine du développement international est célébrée partout au Canada. Le thème des violences sexuelles faites aux femmes est particulier au Québec. « La préoccupation de l’égalité hommes-femmes et des violences faites aux femmes fait partie depuis longtemps de notre ADN et on doit absolument aller de l’avant et réfléchir à ce sujet dans l’ensemble de notre travail », confie Michèle Asselin. Elle ajoute qu’il faut agir avec et pour les femmes, et que l’implication des populations, en faisant l’éducation des garçons, est essentielle à la lutte contre les inégalités.

63 %

Les violences envers les femmes et les filles ont augmenté de plus de 63 % depuis le début du conflit au Yémen, selon le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA).

Quelque 2,6 millions de femmes et de filles sont aujourd’hui menacées de violences physiques ou sexuelles. En 2016, plus de 10 000 attaques envers les femmes et les filles ont été recensées. Bien qu’énorme, ce chiffre ne serait pas représentatif de la réalité, alors que la majorité des violences ne sont ni dénoncées ni répertoriées.

Le Yémen est considéré comme étant parmi les pires pays de la planète concernant les droits des femmes : 14 % des Yéménites sont mariées avant l’âge de 15 ans, 52 % avant leurs 18 ans et 70 % des femmes sont illettrées.