Un projet qui favorise un retour à la dignité

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
L’ONG nigériane Gender Equality, Peace and Development Centre, appuyée par l’Œuvre Léger, a lancé un programme de fabrication de briquettes à partir de résidus de biomasse recueillis sur place, dans les camps de réfugiés, au Nigeria.
Photo: Nigeria GEPaDC / L'ŒUVRE LÉGER L’ONG nigériane Gender Equality, Peace and Development Centre, appuyée par l’Œuvre Léger, a lancé un programme de fabrication de briquettes à partir de résidus de biomasse recueillis sur place, dans les camps de réfugiés, au Nigeria.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Un projet de fabrication de briquettes vise à redonner une dignité aux femmes forcées de se reloger dans des camps de réfugiés au Nigeria. Petite histoire d’un projet inspirant d’aide humanitaire, doublé d’un projet d’aide au développement.

Les exactions du groupe terroriste Boko Haram au Nigeria ont causé des ravages. Fuyant la terreur, des centaines de milliers de personnes se sont déplacées vers des camps de réfugiés. Pour trouver du bois de chauffe, indispensable à la cuisson des aliments, les femmes doivent s’aventurer hors des camps. Or, dès leur sortie de ces lieux, elles deviennent des proies faciles pour le groupe terroriste.

L’ONG nigériane Gender Equality, Peace and Development Centre (GEPaDC), appuyée par l’Œuvre Léger, a trouvé une solution à ce problème de sécurité. Elle a lancé la fabrication de briquettes à partir de résidus de biomasse recueillis sur place (bran de scie, herbes, écales d’arachides, etc.).

Ces briquettes sont ensuite utilisées dans des fours à combustion améliorée (fuel-efficient stove), faits de feuilles de métal. « Ces appareils ont plusieurs avantages, affirme Patricia Donli, directrice générale de GEPaDC. Ils nécessitent moins de biomasse que les fours traditionnels et produisent aussi moins de gaz carbonique (CO2) et de fumée. »

La fabrication des briquettes a aussi un autre important bénéfice environnemental. Elle permet de sauvegarder les arbres dans la région. Une campagne de plantation d’arbres a même été entreprise.

Redonner leur dignité aux femmes

Ce projet permet aux femmes participantes d’avoir un peu de revenus en vendant les briquettes à l’intérieur du camp, selon Mme Donli. Une situation beaucoup plus favorable qu’auparavant, alors qu’elles devaient opter pour des stratégies de survie négatives comme la prostitution, entre autres, pour acheter l’indispensable bois de chauffe.

Photo: Nigeria GEPaDC / L'ŒUVRE LÉGER

Parallèlement à ce projet, une formation de sensibilisation et de prévention à la violence domestique est aussi offerte aux femmes dans le centre de fabrication des briquettes. Les hommes y participent aussi. « La formation les amène à soutenir les femmes, mais aussi à protéger femmes et filles contre la violence sexiste et à adhérer au système de déclaration en matière de violence sexiste dans leur communauté », mentionne Mme Donli. Cette formation, donnée pour l’instant à petite échelle, touche 400 femmes et 100 hommes.

Pour aller plus loin

Le projet, soutenu financièrement par l’Œuvre Léger, est en cours depuis six mois. « Jusqu’ici, nous l’avons financé à même nos fonds internes, affirme Chanèle Boulet-Gauthier, coordonnatrice, action humanitaire de l’Œuvre Léger. Nous souhaitons toutefois obtenir un soutien financier pour le poursuivre une autre année. »

Selon Mme Boulet-Gauthier, le projet, toutefois, « tombe entre deux chaises ». « Ce n’est pas uniquement un projet qui répond à une crise humanitaire et ce n’est pas non plus seulement un projet d’aide au développement, dit-elle. C’est un peu des deux. Cette situation rend la recherche de financement plus difficile, mais nous avons bon espoir de pouvoir trouver les fonds. »

Un soutien non intrusif

Dans ce projet, l’Œuvre Léger offre un soutien financier et logistique, mais le maître d’œuvre demeure l’ONG nigériane GEPaDC. « Ce sont eux qui possèdent l’expertise et qui connaissent le mieux les besoins sur le terrain, dit Mme Boulet-Gauthier. C’est notre philosophie de l’aide étrangère. Nous les aidons notamment dans les demandes de subvention et dans la formulation de proposition de projets. »

Photo: Nigeria GEPaDC / L'ŒUVRE LÉGER La fabrication des briquettes permet de sauvegarder les arbres dans la région.

L’Œuvre Léger est d’ailleurs présente dans cette région de l’Afrique depuis plusieurs années. « Depuis trois ans, nous avons un gros projet dans l’extrême nord du Cameroun, en partenariat avec Affaires mondiales Canada et une ONG locale, dit-elle. Il vient en aide à 75 000 personnes touchées par les violences perpétrées par le groupe Boko Haram. »

Les besoins y sont grands. On tente de combler notamment les besoins en eau potable, en nourriture et en soins de santé de base. Tous des besoins urgents pour une population vulnérable, déplacée, malgré elle, dans des camps de réfugiés.

Boko Haram est toujours actif dans la région. Récemment, il y a eu une recrudescence d’attaques du groupe, dans la région du lac Tchad, proche du camp de réfugiés où le projet géré par GEPaDC se déroule, selon Chanèle Boulet-Gauthier.