Grande mosquée de Québec: un triste mais nécessaire souvenir

Une partie de l’assistance à la cérémonie en hommage aux victimes de l’attentat à la mosquée de Québec
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Une partie de l’assistance à la cérémonie en hommage aux victimes de l’attentat à la mosquée de Québec

« Vous n’êtes pas seuls, le Québec tout entier se souvient », a déclaré le premier ministre François Legault aux proches des victimes de l’attaque au Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) du 29 janvier 2017 lors d’une émouvante commémoration mardi soir.

« Nous sommes à vos côtés et on va le rester pour toujours. Jamais la haine de personne ne va arriver à nous séparer », a ajouté le premier ministre. « Cet attentat fait maintenant partie de votre vie, mais fait aussi partie de notre vie. Ça fait maintenant partie de l’histoire du Québec », a-t-il aussi déclaré.

Quelques centaines de personnes se sont réunies à l’Université Laval pour commémorer la tragédie. Les notes d’un piano, des messages d’espoir, des prières et des larmes ont marqué cette soirée où un hommage senti a été rendu aux six hommes qui ont péri le 29 janvier 2017.

Les organisateurs avaient demandé aux familles des six victimes de résumer chacun des disparus par leur plus grande qualité. « Courageux », « souriant », « dévoué », « convaincu de sa foi et de ses actes et généreux avec les siens », « intelligent », « généreux ».

Dans l’atrium du pavillon Desjardins de l’Université Laval, de grandes banderoles se sont alors déployées, l’une après l’autre, arborant les visages des six hommes qui ont perdu la vie il y a deux ans : Azzedine Soufiane, Mamadou Tanou Barry, Khaled Belkacemi, Abdelkrim Hassane, Ibrahima Barry et Aboubaker Thabti.

L’événement était organisé par le collectif citoyen « 29 janvier, je me souviens », le même qui avait organisé la veillée aux chandelles près de la mosquée au lendemain de la tragédie.

Un monument près de la mosquée

La soirée a débuté en musique avec un air de piano, intitulé « Hymne à la paix ». L’un des deux porte-parole de l’événement, Sébastien Bouchard, a expliqué qu’il avait été composé par une citoyenne de Québec à la suite de l’attentat : « Manon voulait agir, faire quelque chose pour changer le monde. C’est ce que nous faisons en étant rassemblés aujourd’hui. »

Pour la première fois cette année, la commémoration avait lieu à l’intérieur, dans l’atrium du pavillon Desjardins de l’Université Laval. Une décision qui s’est révélée avisée puisqu’une tempête s’activait dehors et que l’an dernier, les participants avaient dû suivre l’événement à l’extérieur par grand froid, près du CCIQ.

« L’Université est un lieu de diversité, une porte d’entrée pour un grand nombre de personnes de confession musulmane. Québec a une des populations musulmanes les plus scolarisées de la planète », a souligné l’autre porte-parole de l’événement, Maryam Bessiri, en soulignant qu’il fallait en être fier.

 
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Des banderoles avec les visages des six victimes de l’attentat ont été déployées.

On a par la suite pu entendre les enfants de l’une des victimes, Khaled Belkacemi, qui était professeur à l’Université Laval. Sa fille Megda a dit que la dernière année avait été une « année de deuil difficile », mais qu’elle était « touchée » par la tenue de cet événement. Son frère, Amir, a voulu rendre un hommage particulier aux premiers répondants qui avaient été appelés à intervenir le soir du 29 janvier 2017.

Un moment a été dédié à l’un d’entre eux, la paramédic Ariane Leblanc, qui s’est enlevé la vie après avoir été aux prises avec un syndrome post-traumatique.

Dignitaires, parents, étudiants… L’espace de l’atrium était presque plein alors que des gens suivaient le déroulement depuis les galeries de chacun des étages de la cour intérieure.

Le président du CCIQ, Boufeldja Benabdallah, a eu droit à une salve d’applaudissements particulièrement nourris. Il a notamment remercié le maire de Québec pour le mémorial aux victimes qui doit être aménagé tout près de la mosquée. « C’est un mémorial qui va rester pour l’éternité comme signe de reconnaissance […] un signe de vivre-ensemble », a-t-il dit. Le cofondateur du CCIQ a également interpellé le premier ministre Legault en disant qu’il avait été agréablement surpris par ses premiers mois au pouvoir, notamment par la fermeté de la vice-première ministre Geneviève Guilbault dans le dossier du registre des armes à feu. « C’est ce que nous attendons des hommes et des femmes politiques. »

« Un rappel des dangers »

L’imam de la mosquée de la capitale a récité une prière en arabe et des représentants des églises catholique, anglicane et juive ont aussi pris la parole.

Parmi les dignitaires présents, plusieurs députés s’étaient déplacés ainsi que le maire de Québec, Régis Labeaume, qui a cité Martin Luther King en déclarant : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. »

Le député fédéral Joel Lightbound a déclaré que la tragédie devait servir « de rappel des dangers qui nous guettent quand l’ignorance, la haine s’emparent de l’un d’entre nous. »

Les rescapées de la Polytechnique, Heidi Rathjen et Nathalie Provost, étaient également présentes.

Enfin, afin de rappeler que le thème de l’accueil traversait le territoire depuis longtemps, on avait aussi invité Diane « Andicha Sondakwa » Picard, de la nation wendat. « Notre nation a accueilli beaucoup de gens. Beaucoup sont partis, mais beaucoup sont restés et nous en sommes très contents », a-t-elle dit. « Nous sommes ensemble contre toute forme de racisme, toute forme de discrimination. Ensemble, on va foncer, ensemble, on va réussir. »
 



Une version précédente de ce texte, qui identifiait Nathalie Delorme comme une rescapée de Polytechnique, a été modifiée.