Le président du groupe Thales favorable à des lois pour encadrer l’IA

Le président-directeur général du groupe français Thales, Patrice Caine, a insisté sur l’importance d’adopter des lois et des règlements pour baliser le développement de l'intelligence artificielle.
Photo: Eric Piermont Agence France-Presse Le président-directeur général du groupe français Thales, Patrice Caine, a insisté sur l’importance d’adopter des lois et des règlements pour baliser le développement de l'intelligence artificielle.

L’appel à un encadrement de l’intelligence artificielle (IA) pour éviter les dérives potentielles ne provient plus seulement de la bouche de politiciens ou d’universitaires. Le président-directeur général du groupe français Thales, Patrice Caine, a lui aussi insisté jeudi à Montréal sur l’importance d’adopter des lois et des règlements pour baliser le développement de ce secteur en ébullition.

« Nous devons bâtir une relation de confiance entre les compagnies et les laboratoires qui développent des solutions […] et la population », a fait valoir le grand patron de la compagnie qui met notamment l’intelligence artificielle au service des secteurs de l’aérospatiale et de la défense.

« Nous aurons assurément besoin de règlements et de lois pour établir un cadre de gouvernance en ce qui concerne l’usage des données dans le domaine de l’intelligence artificielle », a-t-il ajouté lors d’un événement organisé dans le laboratoire montréalais de Thales spécialisé en IA, qui a ouvert ses portes en 2018.

Présent à ses côtés sur scène, le professeur de l’Université de Montréal et directeur scientifique de l’Institut québécois d’intelligence artificielle (Mila), Yoshua Bengio, s’est montré encore plus direct en évoquant une « course » entre le développement technologique et la réflexion éthique qui s’y rattache.

« Si notre sagesse ne rattrape assez rapidement nos progrès scientifiques et technologiques, nous allons nous autodétruire, a-t-il laissé tomber. Je ne crois pas que la solution est de mettre l’intelligence artificielle dans une cage. […] Ça ne fonctionnera pas. Mais nous devons travailler plus fort pour établir des normes internationales. »

Il est vrai que le développement de l’intelligence artificielle se fait à vive allure, mais il n’y a pas de temps à perdre pour établir des balises, a-t-il insisté. « Il faudra toujours qu’il y ait une veille. Mais on ne pourra pas attendre la catastrophe avant d’établir des standards et des règlements. […] Ce que les technologies peuvent faire actuellement peut déjà être problématique, donc nous devons agir dès maintenant. »

Volonté internationale

M. Caine et le professeur Bengio ne sont pas les seuls à taper du pied. Mercredi, de hauts dirigeants du Japon, de l’Allemagne, de la Chine et de l’Afrique du Sud ont tour à tour profité de leur présence au Forum économique mondial de Davos pour plaider en faveur d’un encadrement international du secteur technologique. La chancelière allemande, Angela Merkel, a particulièrement insisté sur l’usage des données, la matière première des systèmes s’appuyant sur l’IA. Aucun chef d’État n’a cependant précisé en quoi pourrait consister l’éventuel encadrement.

Selon Yoshua Bengio, l’adoption de traités internationaux pourrait constituer un premier pas important. Il a évoqué jeudi le projet de traité international sur les armes létales autonomes, qui pourrait selon lui avoir un effet dissuasif aussi important que la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel adoptée en 1997.

« Ce que j’espère, c’est que les dangers auxquels nous faisons face vont nous forcer à trouver des solutions collectives, a-t-il déclaré. Il ne s’agit pas d’être optimiste ou pessimiste, il faut trouver des solutions à nos problèmes internationaux, qu’il s’agisse de changements climatiques ou d’intelligence artificielle. »

M. Bengio fait également partie des chercheurs ayant contribué à la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’intelligence artificielle, dont la version définitive a été lancée en décembre dernier.