Oignons et concombres succèdent aux feuilles de tabac

Les producteurs de tabac, comme Gaétan Beaulieu, que l’on voit sur sa ferme près de Joliette, vont pouvoir réorienter leur culture avec l’appui financier du gouvernement québécois.
Photo: Les producteurs de tabac, comme Gaétan Beaulieu, que l’on voit sur sa ferme près de Joliette, vont pouvoir réorienter leur culture avec l’appui financier du gouvernement québécois.

C'est terminé. Après plusieurs saisons difficiles, les producteurs de tabac du Québec se préparent à mettre définitivement la clef dans la porte de leurs plantations grâce à l'aide financière, attendue depuis des mois, que le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) leur a finalement accordée hier. Facture totale: dix millions de dollars en trois ans.

«Nous sommes soulagés mais tristes en même temps car c'est le commencement de la fin de notre production, qui a fait vivre trois générations de producteurs», a expliqué hier au Devoir Gaétan Beaulieu, président de l'Office des producteurs de tabac jaune du Québec.

C'était à une autre époque, celle où les fumeurs couraient les rues, faisant au passage les choux gras des planteurs de tabac, principalement installés sur les terres sablonneuses de Lanaudière. Les adeptes des volutes de fumée sont devenus moins populaires et l'herbe de Nicot produite à moindre coût dans les pays du Tiers-Monde est plus appréciée des fabricants de cigarettes en mal de profit...

«Nos politiques en matière de lutte contre le tabagisme ont contribué à une diminution importante de la consommation de tabac au Québec avec un impact significatif sur la viabilité de la production, a rappelé hier la ministre de l'Agriculture, Françoise Gauthier. Il est donc normal aujourd'hui d'aider les producteurs à se diriger vers de nouvelles cultures.»

Dans cette optique, le MAPAQ va donc, entre autres, mettre en place un programme de rachat des équipements utilisés dans la production du tabac. Seuls les tabaculteurs désireux de se retirer entièrement de la production pour passer à autre chose seront admissibles, a prévenu le ministère, qui offrira également du «soutien agronomique approprié pour la transition des agriculteurs vers d'autres productions et le développement de nouveaux marchés».

Et Ottawa?

«Nous sommes heureux de voir que Québec a enfin reconnu le problème qui nous affecte», a commenté M. Beaulieu, qui attend désormais de voir le montant de l'aide accordée à ses 53 membres par Ottawa. «Début mai, le fédéral a annoncé l'octroi de 71 millions de dollars pour soutenir les tabaculteurs du Québec et de l'Ontario, a-t-il poursuivi. C'est bien. Reste à voir quelle sera notre part et, surtout, quelles seront les modalités d'accès à cette aide.»

Pour la saison 2004, le processus de transition devrait encore gagner du terrain du côté de Lanaudière, où les producteurs s'attendent à ne récolter qu'environ un million de livres de tabac, contre 7,5 millions de livres en 2002.

Depuis le début de cette chronique d'une mort annoncée pour le tabac en feuilles, les terres sablonneuses tentent d'accueillir entre autres des carottes, des oignons espagnols ou des concombres. «On va se réorienter dans des productions qui ne sont pas saturées pour ne pas déstabiliser certains marchés, a dit M. Beaulieu. Mais dans deux ans, c'est clair, la production de tabac aura complètement disparu ici.»