L'opération 5000 logements est une réussite... sur papier

Après plusieurs retards, l'opération Solidarité 5000 logements lancée en 2002 serait sur le point d'aboutir. Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a annoncé hier l'approbation de la 5000e unité de logement social et communautaire.

En février 2002, l'administration Tremblay s'était engagée à réaliser 5000 logements sociaux et communautaires d'ici 2004. Les délais administratifs, la rareté des terrains et la décontamination des sols ont mis à mal cette promesse. À ce jour, 1883 logements sont occupés ou en construction et 3254 autres ont été approuvés par l'administration municipale. Le maire de Montréal promet que les 5000 unités seront complétées d'ici novembre 2005.

«Nous allons venir à bout de cette pénurie de logements à force d'idées, d'efforts et de ressources. Il faut continuer dans cette voie», a déclaré hier le responsable de l'habitation à la Ville, Cosmo Maciocia, sur le site d'un projet en construction dans le quartier Rosemont. L'administration municipale estime que 13 000 nouveaux logements sont nécessaires pour ramener le taux d'inoccupation à un niveau d'équilibre de 3 % s'il n'y a pas de changements démographiques importants dans l'île.

Le chef de l'opposition, Pierre Bourque, trouve que l'équipe du maire se frotte les mains un peu trop vite. «Là où le maire était ce matin, c'est un projet que nous avions lancé en 2001. Trois ans plus tard, c'est toujours en construction. C'est facile d'avoir 5000 unités sur papier. Au rythme où ils se réalisent, ce sera prêt en 2009», a fait valoir Pierre Bourque.

Moins cynique, le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) partage néanmoins la réserve de l'ancien maire. «On commence à voir la lumière au bout du tunnel. Quand on verra les 3600 logements dans la vraie vie, on pourra enfin mesurer les effets palpables pour les ménages à faible revenu», a fait valoir le porte-parole du groupe, François Saillant. Il invite maintenant la Ville à travailler sur «l'après-5000 logements» en faisant notamment pression sur le gouvernement fédéral pour qu'il réinvestisse dans le logement social, un domaine duquel il s'était retiré en 1994.

À la veille des élections fédérales, des «comités d'accueil» du FRAPRU talonnent le premier ministre Paul Martin à chacune de ses sorties publiques au Québec pour qu'il s'engage formellement à mettre en place un programme de logements sociaux sur cinq ans.

1200 projets en attente à Montréal

En plus des 5000 logements approuvés, la Ville de Montréal a aussi dans ses cartons 1200 autres unités qui n'attendent que les fonds du gouvernement du Québec pour être réalisées.

C'est que lors du dépôt du dernier budget, le ministre des Finances, Yves Séguin, avait promis que les fonds prévus pour la construction de 1300 logements en 2005 seraient disponibles dès le 1er avril puisque les sommes prévues pour 2004 étaient déjà écoulées. Or la Société d'habitation du Québec est encore à compléter l'attribution des unités de logement aux diverses municipalités.

L'Association des groupes de ressources techniques du Québec (AGRTQ) s'inquiète de ce retard. «Certains groupes risquent de perdre les terrains convoités. De plus, avec la hausse des coûts de construction, plus on retarde, plus il y a de risques de dépassement des budgets», a fait observer le coordonnateur Marcelin Hudon.