Les Atikamekw de la Haute-Mauricie réclament un «titre exclusif» sur leur territoire

Les Atikamekw veulent un «titre exclusif» sur le territoire et demandent aux tribunaux de reconnaître leur droit «de décider comment le territoire sera utilisé».
Photo: Missatikamekw / CC Les Atikamekw veulent un «titre exclusif» sur le territoire et demandent aux tribunaux de reconnaître leur droit «de décider comment le territoire sera utilisé».

Las des négociations qui piétinent depuis quarante ans, les Atikamekw d’Opitciwan se tournent vers les tribunaux dans l’espoir de faire reconnaître leurs droits ancestraux sur leur territoire en Haute-Mauricie.

Le Conseil de la Première Nation Atikamekw d’Opitciwan et les chefs de familles traditionnelles ont déposé une requête mardi pour faire reconnaître leur titre et leurs droits ancestraux sur le territoire ancestral de 26 360 km2, situé sur la rive nord du réservoir Gouin, à plus de 200 km au nord-ouest de La Tuque.

Ils veulent un « titre exclusif » sur le territoire. En d’autres mots, ils veulent « décider comment le territoire sera utilisé, qui l’occupera et le possédera, et gérer le territoire et ses ressources naturelles de manière responsable et selon ses valeurs et ses coutumes », résume le Conseil des Atikamekw dans un communiqué de presse diffusé mardi, au moment même où la requête était déposée au palais de justice de Montréal.

Sur le territoire, une trentaine de familles vivent toujours des activités traditionnelles et de subsistance, plaident-ils. Ces familles veulent continuer à pratiquer la chasse, la pêche, la cueillette et la trappe sur leur territoire, et ce, « sans entrave ni ingérence ».

Or, arguent-ils, les défendeurs [les gouvernements du Québec et du Canada] les briment dans leur droit de jouissance du territoire. Ils affirment que leur territoire « a souffert mille assauts » au fil du temps, citant notamment la création de clubs de chasse et de pêche privés, le développement forestier et la construction du barrage Gouin, en 1916, qui a inondé une partie du territoire.

 

 

« Depuis la seconde moitié du XIXe siècle, ce territoire a fait l’objet d’une occupation grandissante par une population allochtone en constante croissante et d’un développement non désiré ou non consenti par les demandeurs, de sorte que les demandeurs font de plus en plus face à des obstacles à l’exercice de leurs droits ancestraux sur le territoire en litige et à la jouissance des avantages découlant de leur titre ancestral », écrivent-ils dans la requête.

Selon eux, les gouvernements du Québec et du Canada ont « porté des atteintes substantielles aux droits ancestraux existants des demandeurs […] en faisant défaut de protéger et gérer de manière durable et responsable le territoire ».

Négociations

Depuis 40 ans, les Atikamekw d’Opitciwan négocient avec le gouvernement du Québec et du Canada pour arriver à une entente sur les questions territoriales. Or, « les résultats obtenus jusqu’à cette date s’avèrent insatisfaisants », écrivent-ils. « Après quarante ans de négociations qui ne nous ont pas permis d’aspirer à un projet de société, je pense que personne ne pourrait nous accuser d’avoir manqué de patience », a soutenu le chef Christian Awashish par la voie d’un communiqué de presse.

« La reconnaissance par les gouvernements de notre droit à l’autodétermination sur la gestion de notre territoire ancestral et ses ressources reste, encore aujourd’hui, un enjeu majeur et une source de conflit et de mécontentement, ajoute-t-il. Le concept de nation à nation reste théorique lorsqu’il est question de la gestion du territoire. La reconnaissance du titre et des droits ancestraux par la Cour supérieure du Québec demeure le meilleur moyen d’assurer la protection et la sauvegarde de notre territoire. »

S’ils obtiennent gain de cause, les Atikamekw d’Opitciwan pourront gérer leur territoire comme leur propriété. Ils pourraient également demander compensation pour tous les projets qui n’auraient pas été préalablement autorisés par la Première Nation.

Mais il faudra s’armer de patience, selon l’avocat des Atikamekw, Nadir André. « On doit s’attendre à deux ou trois ans minimum en première instance, et huit à douze ans avant que ça remonte jusqu’en Cour suprême. C’est donc un dossier de longue haleine… »

Avec Améli Pineda