Au moins quatre aînés vivant en résidence sont morts de froid depuis 2016

En 2016, au moins trois aînés vivant en résidences sont décédés d’hypothermie dans des conditions similaires.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En 2016, au moins trois aînés vivant en résidences sont décédés d’hypothermie dans des conditions similaires.

Le tragique décès de la mère de Gilles Duceppe, morte gelée à l’extérieur de sa résidence pour aînés, n’est malheureusement pas un cas unique. En 2016, au moins trois aînés vivant en résidences sont décédés d’hypothermie dans des conditions similaires, coincés dehors par grand froid, en raison de lacunes dans les systèmes de verrouillage de portes ou de ratés dans la surveillance. Un autre cas a aussi été rapporté en 2018 à La Pocatière.

Le drame vécu par Hélène Rowley Hotte, retrouvée inanimée après plusieurs heures alors que la tempête de neige faisait rage, a provoqué une onde de choc, lundi, tant dans la classe politique que dans le public. L’accident a rapidement soulevé des questions sur l’application des mesures de sécurité dans les résidences pour aînés, notamment à la suite d’avis d’évacuation ou d’absence prolongée. La dame, restée coincée dehors après une alerte d’incendie à cause de portes verrouillées, n’a été retrouvée que sept heures plus tard.

Or, ce triste scénario rappelle ceux vécus par Ludger Dubé, Roger Chalifoux et Marcel Gauthier, eux aussi retrouvés morts de froid, en 2016, à l’extérieur des portes verrouillées de leurs résidences, après plusieurs heures. En 2018, le bureau du coroner s’est aussi penché sur le cas de Georges Dionne, retrouvé inanimé en plein hiver à l’extérieur d’une résidence à La Pocatière.

 
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C’est le nombre approximatif de décès accidentels par hypotermie recensés chez les aînés depuis 2010.

Sur les huit enquêtes menées en 2016 sur les décès par hypothermie chez des aînés de plus de 75 ans par le Bureau du coroner, trois mettaient en cause des résidences pour aînés, où des manquements ont été observés aux systèmes de verrouillage des portes ou à la surveillance. Les chiffres obtenus par le Bureau du coroner font état de plus d’une cinquantaine de décès accidentels par hypothermie chez des aînés depuis 2010, mais il a été impossible de savoir les circonstances exactes des décès pour les années antérieures à 2016.

Tous morts gelés

Le 5 décembre 2016, Ludger Dubé, résident âgé de 88 ans du Pavillon Saint-Joseph près de Montmagny, a lui aussi été retrouvé sans vie tôt le matin, à 150 mètres de sa résidence. Le rapport de la coroner Renée Roussel constate un manquement au système de verrouillage des portes (corrigé depuis). On n’a donné l’alerte de son absence qu’une heure et demie après sa disparition, déplore la Dre Roussel, alors que le mercure indiquait -14 degrés Celsius. Ses recommandations ont rappelé le protocole à suivre en cas d’absence inexpliquée d’un résident.

S’il faut revoir la certification [de la résidence] pour aller plus loin, nous allons le faire

Même scénario pour Roger Chalifoux, décédé d’hypothermie le 27 janvier 2016 derrière une porte de service s’étant refermée automatiquement. Il n’a été retrouvé que onze heures après avoir quitté son lit, couché au sol derrière cette porte du Manoir Louisiane dans l’est de Montréal. Par respect pour la famille, la coroner Stéphanie Gamache n’a pas voulu commenter lundi la répétition du même drame.

Même portrait pour Marcel Gauthier, 87 ans, sorti de sa résidence pour personnes autonomes en Mauricie en novembre 2016. On l’a retrouvé sans vie, gelé, le lendemain vers 7 h. En mars 2018, la coroner Renée Roussel constatait à nouveau une défaillance des systèmes de surveillance et de sécurité des portes dans le décès accidentel survenu à La Pocatière.

Des règlements sous la loupe

À Québec, en fin d’après-midi, la ministre responsable des aînés, Marguerite Blais, s’est dite « bouleversée » par ce drame et prête à agir si nécessaire. « S’il faut revoir la certification [de la résidence] pour aller plus loin, nous allons le faire », a-t-elle dit.

Restée muette durant la journée, la direction des résidences Lux a publié un communiqué en début de soirée lundi pour offrir ses condoléances à la famille Duceppe. Contrairement à ce qu’ont rapporté certains médias, « Mme Rowley Hotte portait des vêtements d’hiver lorsqu’elle est sortie […]. Nos caméras de sécurité montrent qu’elle s’est évanouie quelque temps après être sortie », a tenu à préciser la direction, qui ne commentera pas ce « malheureux événement » d’ici la fin de l’enquête. « La sécurité et le bien-être de nos résidents ont toujours été et demeurent une priorité au sein des résidences Lux », conclut le communiqué.

Isabelle et moi sommes bouleversés par le décès de Mme Rowley, la mère de Gilles Duceppe. J’offre toutes mes sympathies à Gilles, à ses frères et sœurs, ainsi qu’à toute la famille dans ce moment d’une grande tristesse.

Lundi, Pierre Blain, directeur de Usagers de la santé du Québec, a déploré que des aînés « ne [soient] pas en sécurité », « même dans une résidence de luxe ». Selon lui, des règlements de base ont été enfreints. Il se questionne notamment sur l’absence de dénombrement des résidents après l’appel d’évacuation, une mesure qui aurait permis de noter l’absence de Mme Rowley Hotte. Les règlements prévoient la présence d’un surveillant de nuit, rappelle-t-il, ainsi que la prise en compte de l’état de santé des résidents dans les plans d’évacuation. « On doit savoir qui est là et qui n’est pas là », a-t-il déploré. Sortie de son logement à la suite d’une alarme d’incendie déclenchée à 4 h 15 du matin, Mme Rowley Hotte n’aurait pas entendu le message invitant ensuite les résidents à réintégrer leur logis, en raison de problèmes d’audition.

Au Bloc québécois, la famille Duceppe, c’est notre famille à tous. Au nom de toute l’équipe, je tiens à offrir mes plus sincères condoléances à Gilles Duceppe, ainsi qu’à Yolande, Amélie, Alexis et toute la famille.

La chic résidence pour aînés autonomes situés dans l’est de Montréal comporte 440 logements abritant 660 résidents, dont 69 reçoivent du soutien à domicile du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal. On ignore toutefois si Mme Rowley Hotte était l’une d’elles.

Toute la journée, sur les réseaux sociaux, citoyens, hommes et femmes politiques de tous partis confondus, à Québec comme à Ottawa, dont le premier ministre Justin Trudeau, ont été nombreux à offrir leurs condoléances à Gilles Duceppe et à sa famille. « Isabelle et moi sommes bouleversés pas le décès de Mme Rowley, la mère de Gilles Duceppe. J’offre toutes mes sympathies à Gilles, à ses frères et soeurs, ainsi qu’à toute la famille dans ce moment d’une grande tristesse », a quant à lui fait savoir François Legault sur Twitter, depuis Paris.

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait que Pierre Blain était toujours porte-parole du Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU), a été corrigée.

7 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 22 janvier 2019 04 h 26

    Bref !

    « S’il faut revoir la certification [de la résidence] pour aller plus loin, nous allons le faire » (Marguerite Blais, Ministre responsable des aînés, CAQ) ; « Mme Rowley Hotte portait des vêtements d’hiver lorsqu’elle est sortie […]. Nos caméras de sécurité montrent qu’elle s’est évanouie quelque temps après être sortie » (Direction, Résidences Lux)

    En plus de revoir, possiblement, la certification des Résidences pour aîné.e.s, il conviendrait, de l’actuelle situation, de savoir qui était derrière la caméra de sécurité !

    C’est bien d’avoir plein de caméras, mais si personne n’agit en conséquence, la Sécurité tombe à l’eau, tout simplement !

    Bref ! - 22 jan 2019 –

    Mes sincères condoléances à Gilles ainsi qu’à la Famille Duceppe et AmiEs des Familles éprouvées !

  • Danielle Thériault - Inscrite 22 janvier 2019 05 h 56

    Stationnement Exclusif des Aînés

    Il est peut-être temps de réaliser qu'il est anormal pour les êtres humains de se retrouver à la fin d'une vie entourés par des étrangers qui sont tous de la même démographie.
    Vivre en société donne à chaque génération présente le bénéfice de leur diversité. On a pas besoins de plus de forteresses pour stationner nos aînés, on a besoin de prendre un coup de créativité et re-inventé la roue, des habitations qui sont multi-générationnelles avec des cliniques de quartier et des infirmières ou infirmiers visiteurs.

  • Claude Bélanger - Abonné 22 janvier 2019 10 h 10

    Les édifices sont plus meurtriers que l'hiver.

    J'ai lu avec intérêt votre article «L'hiver meurtrier». Je crois que les édifices sont plus meurtriers que l'hiver à cause de leurs problèmes de sécurité et de fonctionnalité. Par exemple, le bon sens demanderait qu'à chaque entrée de ces édifices il y ait des vestibules dont c'est la porte intérieure qui soit fermée à clé. Ainsi tout un chacun qui arrive est à l'abri pour débarrer la porte. On devrait y retrouver un intercome qui permet à l'administration de contrôler les entrées. La personne qui évacue pourrait se réfugier temporairement dans ce vestibule à l'abri des intempéries. Il faut le dire : l'art de bien bâtir se perd (au-delà des normes à appliquer). Qu'on ne nous parle pas de coûts quand on voit tous les efforts qui sont mis sur la décoration de ces «manoirs». On se demande si les décors ne sont pas là pour donner un sentiment de confort et de sécurité alors que l'architecture-même en est souvent déficiente ! J'ai un oncle qui est disparu dans l'incendie meurtrier de l'Isle-Verte. À chaque fois que je le visitais, je me disais que l'endroit n'était pas sécuritaire, entre autres pour l'évacuation en cas d'incende. Au bout du compte, presque toutes les personnes de son étage y sont mortes.

    • Serge Lamarche - Abonné 22 janvier 2019 18 h 29

      Oui, il semble y avoir un grave manque d'intelligence dans la construction et les installations. Mais auraient-ils amélioré l'endroit si vous aviez fait une plainte au sujet de la sécurité?

  • Yves Côté - Abonné 22 janvier 2019 11 h 07

    Le paquebot...

    Le paquebot Québec est en perdition.
    Les preuves d'une absence totale de représentation politique responsable s'accumulent tant, qu'il ne lui reste plus qu'à couler. Il n'y a plus personne à sa barre depuis bien des années maintenant et les drames en question, celui de la mère de Monsieur Duceppe ceux des trois autres personnes avant ayant subies le même martyre du gel, sont non seulement innacceptables mais la preuve factuelle que se meurent dans l'indifférence les qualités humaines qui furent si souvent citées à l'étranger pour parler des Québécois.
    Je suis outré d'une telle tragédie et pour la première fois de ma vie (j'ai 62 ans), de ma vie d'indépendantiste indécrottable, j'ai honte de la société à laquelle j'appartiens.
    Comment de tels événements peuvent-ils être possible ?
    Une fois, on peut invoquer l'accident.
    Deux fois, on ne peut que se demander d'où viennent les négligences qui les permettent.
    Trois fois, c'est du mépris pour la valeur de la vie de nos Anciens.
    Mais quatre ! Que cela peut-il être d'autre qu'un abandon de notre société face à ses responsabilités. Responsabilités collectives qui ne sont rien d'autre que les nôtres individuelles en délégation...

    Qu'est-ce que ce monde gras-dur, gavé de tout jusqu'à ne plus savoir où stocker ce que nous avons et que nous laissons se construire mollement et dans un va-comme-j'te-pousse approximatif ?
    De quoi donc pouvons-nous être dorénavant fiers et fières, devant de telles situations ?

    Anesthésiés par notre image plutôt que réalistes de notre portrait, méritons-nous donc collectivement plus que de ramper comme société ?
    Je m'arrêterai ici, j'ai la nausée de cette nouvelle.
    Je garderai ce qui me reste d'humanité à transmettre pour adresser mes condoléances aux proches de Madame Rowley Hotte et ceux des trois autres personnes qui ot connu le même sort avant (ce dont je n'avais jamais entendu parler...).

    Je Me Souviens ?
    Pour ma part, je pense qu'on peut commencer sérieusement à en douter...

  • Jean-Charles Morin - Abonné 22 janvier 2019 11 h 17

    De graves lacunes qui tardent à être corrigées.

    La mort de la mère de Gilles Duceppe ne fait qu'ajouter un cas de plus à la liste des personnes agées mortes d'hypothermie en plein hiver. Le scénario est toujours le même: la victime demeure coïncée à l'extérieur par une porte qui se verrouille automatiquement derrière elle; personne ne semble s'en apercevoir et le froid fait son oeuvre.

    Pourtant les solutions permettant de remédier facilement à ce problème sont déjà connues:

    1) L'ouverture d'une porte extérieure en dehors des heures normales dans une résidence pour personnes âgées devrait envoyer un signal d'alarme au comptoir de surveillance pour qu'un préposé puisse aller vérifier sur place.

    2) Les portes extérieures devraient être munies d'une sonnette et/ou d'un intercom reliées au poste de garde et qui permettraient à la personne bloquée à l'extérieur de signifier sa détresse.

    Je demeure surpris et interloqué que de telles dispositions, pourtant très simples, n'aient jamais encore été mises en oeuvre et rendues obligatoires. Espérons que la notoriété de la dernière victime en date permettra de bousculer les fonctionnaires et de faire enfin bouger les choses. La mort d'Hélène Rowley-Hotte n'aura pas alors été en vain.