Lac-Mégantic: Québec vilipende Netflix

La ministre québécoise de la Culture, Nathalie Roy
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne La ministre québécoise de la Culture, Nathalie Roy

La ministre québécoise de la Culture estime que le géant américain Netflix a fait preuve d’un manque flagrant d’éthique et d’humanité en utilisant des images de la tragédie de Lac-Mégantic dans deux productions. Une « telle aberration » ne doit plus se reproduire, estime Nathalie Roy, qui promet des suites à ce dossier.

Dans une lettre au ton vitriolique envoyée samedi matin, Mme Roy multiplie les charges contre Netflix. La ministre indique au p.d.-g. de Netflix, Reed Hastings, que le gouvernement a été « stupéfait et consterné » de voir les images de la tragédie ferroviaire dans « deux productions et ce, purement à des fins de divertissement ».

« Ces archives ne devraient jamais être destinées à une utilisation autre que pour des fins d’information ou de documentaire », écrit Mme Roy. « Tant sur le plan moral qu’éthique, c’est tout simplement inadmissible. »

À l’origine du courroux de Nathalie Roy : la présence d’images de l’explosion qui a coûté la vie à 47 personnes en 2013 dans la série Travelers (celles-ci ont finalement été retirées par Netflix), de même que dans le film Bird Box. Dans ce dernier cas, Netflix a refusé d’enlever la séquence. Plusieurs médias canadiens et américains ont fait état de cette décision la semaine dernière.

Nathalie Roy interroge M. Hastings personnellement : « Si cela avait touché l’un de vos proches, M. Hastings, comment auriez-vous réagi en apprenant qu’une multinationale utilisait des images rappelant de lourds et sombres souvenirs et ce, uniquement pour son profit ? On ne peut que déplorer un tel manque de compassion, d’empathie et de solidarité envers toutes les personnes touchées par cet horrible drame. »

Le gouvernement « fait appel [au] discernement » de Reed Hastings pour « réclamer le retrait de ces images de l’ensemble des productions et ce, dans les plus brefs délais. » Netflix doit « reconnaître ses erreurs avec toute l’humilité et la sincérité que commande une telle situation », et faire « preuve ne serait-ce que d’un soupçon d’humanité et de compassion dans ce dossier », ajoute Mme Roy.

Réflexion à mener

Mais au-delà d’un coup de semonce, le dossier pourrait avoir des répercussions, avance Nathalie Roy. « Cette situation soulève de nombreuses autres questions éthiques qui devront, à notre avis, être approfondies dans les semaines et les mois à venir », dit-elle.

Elle évoque ainsi :

- La question de la responsabilité des producteurs et des diffuseurs dans de telles circonstances. « En utilisant les images d’une tragédie réelle et dont les impacts sont toujours bien tangibles dans un contexte de fiction, Netflix et ses partenaires ont franchi une dangereuse limite », affirme Nathalie Roy.

- La transparence. « En ne divulguant pas clairement la provenance de ces images, votre entreprise a en quelque sorte floué, voire même trahi, ses millions d’abonnés. Comment pouvons-nous être assurés que d’autres tragédies humaines ne seront pas ainsi instrumentalisées à l’avenir ? »

La ministre se demande ainsi s’il ne serait pas « temps que les géants du cinéma, de la télévision et du Web s’interrogent sur la nécessité de se doter d’un code d’éthique afin que de telles aberrations ne se reproduisent plus jamais ».

La lettre a été transmise en français à M. Hastings.