Porter des «dreadlocks», de l’appropriation culturelle?

Si l’histoire démontre l’existence des «dreadlocks» dans l’Égypte ancienne, la culture indienne ou la civilisation aztèque, cette coiffure est principalement associée au mouvement rastafari.
Photo: iStock Si l’histoire démontre l’existence des «dreadlocks» dans l’Égypte ancienne, la culture indienne ou la civilisation aztèque, cette coiffure est principalement associée au mouvement rastafari.

L’histoire de Zach Poitras, cet humoriste blanc récemment exclu de soirées d’humour montréalaises à cause de ses dreadlocks, a ravivé le débat sur l’appropriation culturelle ces derniers jours. Les discussions se sont vite polarisées dans les médias et sur les réseaux sociaux, pour déterminer si porter des tresses rastas, une coiffure associée à des mouvements noirs, relevait de l’appropriation culturelle. Le Devoir s’est entretenu avec des experts et membres de la communauté noire pour faire le point sur la question.

Faut-il absolument être noir pour porter des dreadlocks ?

« La polémique me semble sans fondement. Les dreadlocks ne sont pas nécessairement associées à la communauté noire, elles sont surtout indissociables du mouvement rastafari, qui est une forme de culte politico-religieux, un mouvement avant tout spirituel », explique Jean-Pierre Le Glaunec, professeur d’histoire à l’Université de Sherbrooke, spécialisé sur les Amériques noires.

Si l’histoire démontre l’existence des dreadlocks dans l’Égypte ancienne, la culture indienne ou la civilisation aztèque, cette coiffure est principalement associée au mouvement rastafari, qui a vu le jour dans les années 1930 en Jamaïque. Il se fonde sur la croyance du retour d’un empereur noir, Ras Tafari, dont la mission sera d’unifier les peuples afrodescendants répartis sur la planète, principalement en Amérique et en Afrique.

Se basant sur un texte de l’Ancien Testament, les adeptes pensaient qu’il fallait se laisser pousser les cheveux pour montrer sa force et son courage.

L’arrivée du reggae et la popularité du chanteur Bob Marley dans les années 1970 ont fait disparaître l’aspect spirituel des dreadlocks pour en faire une mode.

« J’ai autant de personnes noires que blanches qui viennent demander des dreadlocks au salon. Pour certains, c’est pour le symbole spirituel, mais beaucoup trouvent ça juste beau. C’est devenu une mode comme une autre », raconte Abisara Machold, fondatrice du salon de coiffure InHAIRitance, spécialisé en cheveux bouclés ou crépus au naturel.

Si cette coiffure trouve racine dans un mouvement spirituel et est maintenant une coupe à la mode, ce débat sur l’appropriation culturelle est-il inutile ?

« Le problème, c’est qu’on mélange les choses. On ne fait plus de différence entre l’échange culturel, l’appréciation culturelle et l’appropriation culturelle », laisse tomber la coordonnatrice du Mois de l’histoire des Noirs, Carla Beauvais. Un phénomène qui ne fait que s’accentuer depuis les polémiques sur les spectacles de Robert Lepage, SLĀV et Kanata.

M. Le Glaunec abonde dans le même sens. « Le dialogue est juste mal amené, car c’est une erreur de parler d’appropriation culturelle. Dans cette histoire d’humoriste exclu, on avait plutôt une occasion de débattre sur le fait que cheveux et politique vont de pair. C’est ça qui est intéressant. »

En devenant une mode dans les années 1970, les dreadlocks ont perdu leur connotation spirituelle, mais ont gardé leur symbole politique. Le professeur rappelle que les adeptes du mouvement rastafari prônaient une absence du pouvoir, n’ayant ni lieu de culte, ni dogme, ni leader.

Le problème, c’est qu’on mélange les choses. On ne fait plus de différence entre l’échange culturel, l’appréciation culturelle et l’appropriation culturelle.

 

« Pour les peuples afrodescendants, cette coiffure est restée un symbole de résistance et de libération », dit-il. Rien d’étonnant ainsi à voir de nos jours des groupes altermondialistes ou des activistes écologistes adopter ces mèches de cheveux longues et emmêlées.

« Les enjeux politiques ont un lien fort avec les enjeux capillaires. Les révoltes sociales des années 1960-1970, le mouvement hippie notamment, étaient associées à des personnes aux cheveux longs. Les cheveux courts représentent plutôt l’ordre et la rigueur, comme chez les militaires », poursuit le professeur d’histoire.

Il explique ainsi pourquoi les personnes avec des dreadlocks, encore plus lorsqu’elles sont noires, sont encore discriminées au moment de trouver un emploi, un logement, une école, etc.


28 commentaires
  • Charles-Étienne Gill - Abonné 17 janvier 2019 01 h 13

    « la communauté noire »


    Qui est « la communauté noire », quelles sont ses valeurs, ses combats, son histoire, d'où vient-elle?
    Qu'on parle d'une organisation officielle qui défend des Noirs contre le racisme, OK.

    Mais qui diantre peut prétendre parler au nom « de la communauté noire »?
    De la communauté haïtienne, je comprends.

    Il y a une communauté hassidime à Outrement, 5 congrégations pour être précis.
    Mais est-ce qu'il y a une communauté «asiatique»? Du sous-continent indien? C'est comme la « communauté musulmane », il y en a 1.8 milliard dans le monde, dont c'est une religion importante 49 pays. Il y aurait 1.3 milliard de Noirs et combien de pays ont une population noire substantielle? Entre 50 et 60?

    Alors comment est-ce qu'on peut penser qu'une communauté puissse à MTL fédérer les Musulmans ou les Noirs? Et le «Devoir» journalistique consiste à couvrir les abus, à serveiller les centres de pouvoir. Heureusement, on nous livre une découverte : « le mouvement hippie notamment, étaient associées à des personnes aux cheveux longs. Les cheveux courts représentent plutôt l’ordre et la rigueur». Saperlipopette!

    On va méditer ça longtemps, faut juste que je me trouve une communauté.

    • Céline Delorme - Abonnée 17 janvier 2019 14 h 21

      Bien d'accord avec M Gil: Dans toute argumentation, il importe de définir d'abord les termes:
      Depuis des mois, Le Devoir regorge d'articles qui dénoncent le "racisme insupportable" des Québécois.
      Mais aucun de ces articles n'a donné la moindre définition de qui est "Noir", qui est "Blanc", qui fait partie de "La communauté Noire" ?
      Le Devoir ne peut-il pas déléguer un journaliste à cette tâche, puisque cette question de race est mentionnée quasiment à chaque parution du journal? Interrogez des responsables des "communautés noires" de Montréal pour nous informer sur leur définitions de la "Race Noire"et quels sont les pré-requis pour appartemenir à leur "communauté"
      Si vous avez la peau pâle, mais une grand-mère haitienne un peu foncée, avez vous le droit de vous prononcer comme "Noire"? Qui va vous décerner un certificat?
      Si vous êtes "entre-deux" comme bien des maghrébins, certains mexicains, des Libanais et des Indiens ou Pakistanais? Si vos origines sont mixtes, qui vous mettra une étiquette? toutes ces personnes non- pâles, désirent-elles vraiment une étiquette??
      Un médecin spécialiste née au Congo d'une famille aisée, ayant ses études à Paris et travaillant à Montréal, fait-il partie de la même communauté que l'haitien pauvre qui vient d'émigrer?, ou que l'étudiante universitaire née aux Iles de la Réunion?

      Je connais une avocate originaire d'Haiti, à la peau très foncée qui se faisait traiter de "Blanche" comme insulte quand elle a travaillé dans une communauté des Premières Nations du Nord du Québec... Elle ne se gênait pas pour rappeler que ses ancêtres étaient esclaves.

      Nous ne sommes pas aux USA: Si on veut dénoncer les inégalités sociales au Québec, la classe socio-économique importe autant que la couleur de peau.

  • Gilles Bonin - Inscrit 17 janvier 2019 03 h 02

    La pente.

    Comme Marcel Pagnol le faisait dire à un de ses personnages<je suis sur la pente savonneuse du désespoir>.
    Comme probablement la quasi-entièreté des québécois, je ne peux plus supporter cette expression et accusation d'appropriation culturelle.
    Poussons ce fanatisme à l'extrême: je vais bruler le beau pyjama en soie ramené de Chine, jeter mon Wok, me plus faire d'arbre de Nöel car ca vient d'Allemagne? Je pourrais continuer à l'infini tellement le ridicule de tout cela crève les yeux. Assez, c'est assez!

    • Alain Pérusse - Abonné 17 janvier 2019 14 h 06

      Ça ne vous en prend pas tellement pour vous indigner...

  • Sylviane Muller - Inscrite 17 janvier 2019 06 h 54

    Porter des «dreadlocks», de l’appropriation culturelle?

    N'y a-t-il pas des chanteurs africo-américains qui se teignent les cheveux en blond???

    • Brigitte Garneau - Abonnée 17 janvier 2019 14 h 50

      Non seulement se teignent-ils les cheveux en blond, mais ils se les défrisent ou les aplatissent! À ce compte-là, n'est-ce pas aussi de l'appropriation culturelle? Une chance que le ridicule ne tue pas...il y aurait de nombreux cadavres...

  • Jean-François Fisicaro Systèmes Informatiques Unik inc. - Abonné 17 janvier 2019 07 h 50

    Trop c'est comme pas assez ...

    Sérieusement ! Il y aura donc actuellement impossibilité au Québec pour un humain qui n'est pas "noir" de se coiffer de certaines façons sans être considéré comme un raciste coupable d'appropriation culturelle ? Tant qu'à y être, faut-il déterminer à partir de quel degré de "noir" on peut montrer patte "blanche" dans un tel cas ?

    À mon avis, les organisateurs de soirées d'humour ("ayoye" pour l'humour !) ayant décidé d'exclure un humoriste parce qu'il adopte un certain type de coiffure et qu'il a la peau d'une couleur X tombent eux-mêmes dans une excessivité qu'on pourrait qualifier de discriminatoire. Quand à savoir de quelle genre de discrimination il s'agit ... je n'en sais trop rien, mais ça ne change rien au ridicule de la chose !

    J'ose croire qu'au lieu d'avoir à constater de tels dérapages, on finira par avoir de vraies conversations, discussions et échanges parmi la collectivité qui nous permettent de progresser et d'aller vers un mieux-vivre ensemble autrement plus cohérent !

    J-F Fisicaro

    • Brigitte Garneau - Abonnée 17 janvier 2019 14 h 55

      Peut-être sont-ils en train de trouver un nouveau sujet ou thème pour faire de L'HUMOUR NOIR?

  • Michel Bouchard - Abonné 17 janvier 2019 07 h 52

    Et dans quelques années, le simple geste.....

    qu'une femme blanche qui voudrait se mettre un foulard( ou une tuque) sur la tête sera vu comme étant de l'appropriation culturelle. La tuque sur la tête , pour une femme, ne pourra être mise que si la femme est d'allègence politique Québec Solidaire...

    Je crois que j'ai mal à mon Québec....Sauvez-moi de toutes ces railleries,je vous en supplie