L'élargissement de l'Europe - Dans le sud-ouest de la France, les producteurs de foie gras ne craignent pas la concurrence

Toulouse — Daniel Oreja, producteur de foies gras à Loudebat (Gers), élève 3700 canards par an dans sa ferme du bas Armagnac. Il affirme ne pas craindre la concurrence des foies gras hongrois. Comme la plupart des producteurs régionaux du Sud-Ouest, M. Oreja avait bien manifesté il y a quelques années son mécontentement face aux importations massives de l'Est pratiquées par certaines conserveries, mais il préfère ne plus en parler aujourd'hui.

Entre-temps, les filières se sont réorganisées et les foies gras du Sud-Ouest sont désormais protégés au niveau européen par une identification géographique de provenance (IGP). M. Oreja, qui transforme et vend directement ses foies gras à la ferme, avec l'aide de sa femme, ne se sent pas concerné par la concurrence des producteurs des pays de l'Est. « Notre clientèle veut de la qualité, une traçabilité et de la confiance », explique le producteur gersois, qui tenait un stand cette année au Salon de l'agriculture à Paris.

D'ailleurs, le sujet n'a même pas été évoqué au sein du syndicat des producteurs à la ferme du Gers, dont il est adhérent.

Apprentis sorciers

Jean-Paul Rivière, président de la Fédération départementale des producteurs de lait du Tarn-et-Garonne, affirme pour sa part que l'ouverture de l'Europe est « une bonne chose » : il place l'unification politique du continent et « les avancées pour la paix » avant toute considération économique. L'éleveur se souvient aussi de l'intégration de l'Espagne. « Elle devait être apocalyptique, elle s'est finalement révélé être plutôt une bonne chose », analyse-t-il. À Montauban, on a même vu un industriel espagnol venir s'installer pour collecter du lait, offrant de nouveaux débouchés aux producteurs. « L'essentiel, c'est de conserver des quotas qui permettent de maintenir un niveau de prix », résume M. Rivière.

Aujourd'hui, c'est surtout la Pologne que le producteur de lait suit avec intérêt. Sa seule crainte, c'est de voir des « apprentis sorciers » y investir en cherchant à conquérir des parts de marché au détriment de la sécurité alimentaire, engendrant de possibles crises de type « vache folle » dont tous les producteurs pourraient pâtir.

« Mais aujourd'hui, même si le coût de la main-d'oeuvre y est plus favorable, ils ne maîtrisent pas tous les aspects techniques et sanitaires, ce qui limite les importations », affirme M. Rivière.

L'agriculture biologique

Directeur du groupement des producteurs biologiques du Gers, qui regroupe 275 agriculteurs dans le département, Christian Ponticelli affirme, lui, que l'ouverture à l'Est ne va rien changer « dans l'immédiat ».

Mais il se déclare opposé, par principe, à un système économique qui « dilapide les "aménités" environnementales de l'agriculture biologique ». À ses yeux, les produits bio se doivent aussi d'être des produits locaux.

« Il n'y a aucune raison qu'un produit d'ici soit concurrencé par un autre produit de là-bas sous prétexte qu'il est moins cher », affirme M. Ponticelli, qui réclame par avance que soit pris en compte le coût économique et environnemental du transport. « De toute manière, ce ne sont pas les petits producteurs qui vont exporter, mais les grandes sociétés », s'alarme-t-il.

M. Ponticelli s'inquiète surtout de voir les agricultures des nouveaux pays subir « le même traitement que dans nos vieux pays ». Il appelle de ses voeux la remise en cause de l'agriculture intensive, « comme on aurait dû le faire lorsque nous avons atteint notre propre autosuffisance alimentaire, dans les années 1970 ».