«Dreadlocks»: l’humoriste ne s’estime pas victime de censure

Exclu de deux soirées d’humour de la Coop Les Récoltes à Montréal parce qu’il porte des dreadlocks, l’humoriste Zach Poitras n’estime pas pour autant avoir été victime de censure.

« C’est leur droit. Je ne suis pas d’accord avec leur façon de faire ou leur opinion face aux dreads, mais ce n’est pas de la censure », a-t-il indiqué au Devoir mercredi.

Le jeune humoriste blanc s’est vu refuser de participer récemment aux événements Snowflake Comedy Club et La soirée d’humour engagée en raison de sa coiffure associée à des mouvements noirs.

La Coop Les Récoltes — qui est à la fois un bar et une coopérative de solidarité créée par le Groupe de recherches d’intérêt public (GRIP) de l’UQAM — a indiqué que sa mission est d’être « un espace sécuritaire, exempt de rapports d’oppression », décrivant l’appropriation culturelle comme une forme de violence.

« L’appropriation culturelle, c’est le fait qu’une personne issue d’une culture dominante s’approprie des symboles, des vêtements ou encore des coiffures de personnes issues de cultures historiquement dominées. C’est un privilège que de pouvoir porter des dreads en tant que personne blanche et que cela soit vu comme une mode ou comme le fait d’être edgy, alors qu’une personne noire va se voir refuser l’accès à des opportunités d’emplois ou des espaces (logements, écoles, soirées, compétitions sportives, etc.) », plaide la Coop dans un message Facebook publié dimanche.

« S’ils trouvent que je n’ai pas ma place là-bas, c’est bien correct », a déclaré Zach Poitras. Il ajoute toutefois trouver « absurde » de se faire cataloguer de « raciste » à cause de ses cheveux. « Je crois qu’on ne tape pas sur le bon clou. Les gens de cette coop et moi avons les mêmes combats, mais on ne s’y prend peut-être pas de la même façon. »

Faux débat ?

Aux yeux de Zach Poitras, son histoire a pris beaucoup trop d’ampleur sur les réseaux sociaux et dans certains médias dans les derniers jours. Il se questionne notamment sur l’intérêt d’un tel débat. « Nous sommes dans une époque trouble où l’on marche sur des oeufs. Beaucoup de gens ont des remords pour des actes du passé. En même temps, qui a raison ? Moi ? Eux ? Les autres ? Je ne sais pas ».

De son côté, coordonnatrice du Mois de l’histoire des noirs, Carla Beauvais, peine à comprendre la décision de La Coop Les Récoltes, qui a déclenché une polémique qui n’en était pas vraiment une. « Les gens qui se sont prononcés sont des blancs. Et je ne crois pas que les gens de la communauté noire soient d’accord avec ce qui est arrivé au bar. Ça enlève de la légitimité au vrai débat sur l’appropriation culturelle qu’on a dans la société depuis des mois », explique-t-elle, rappelant les épisodes SLAV et Kanata, les spectacles controversés de Robert Lepage.

À ses yeux, certains prennent plaisir à dériver le vrai débat sur le sujet, en faisant de tout et rien un acte d’appropriation culturelle. « Est-ce qu’on va commencer à se demander aussi si lorsqu’on fait une sauce à spaghetti italienne on fait de l’appropriation culturelle », lance-t-elle d’air air exaspéré.

Un avis partagé par Émilie Nicolas, doctorante en anthropologie et militante des droits de la personne. D’après elle, certains chroniqueurs et médias ont accordé bien trop d’importance à cette nouvelle, au point d’amplifier le débat dans la société. « On retourne en plein délire de vitres teintées au YMCA du Parc avec cette histoire. Je souhaiterais ardemment que ça soit une évidence pour tout le monde. Vous pouvez être certains qu’on va retourner toutes les pierres pour continuer à trouver des controverses qui n’auront jamais été mises à l’agenda par les communautés noires », a-t-elle écrit sur son compte Facebook mercredi.