Une perte d’identité compensée par quelques milliers de dollars

La mère de Maya Mollen Cousineau l’avait confiée à une famille non autochtone, étant incapable elle-même de s’en occuper.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La mère de Maya Mollen Cousineau l’avait confiée à une famille non autochtone, étant incapable elle-même de s’en occuper.

Maya Mollen Cousineau a beau avoir grandi tout à côté de sa communauté d’origine de Mingan, elle ne parle pas la langue innue. C’est que, contrairement à sa soeur par exemple, qui a grandi en innu auprès de ses parents biologiques, Maya a grandi dans une famille non autochtone. C’est aussi pourquoi elle s’est inscrite à l’action collective qu’on dit « relative à la rafle des années 1960 ».

Maya Mollen Cousineau participait hier à la séance d’information organisée par l’organisme Collectiva, qui gère ce dossier. Le règlement à l’amiable conclu en août dernier après neuf ans de travail vise spécifiquement à indemniser les Autochtones pour la « perte d’identité » liée au placement chez des non-Autochtones.

En fait, quiconque est Inuit ou a un statut d’Indien inscrit, ou y est admissible, et a été retiré de son foyer au Canada, entre le 1er janvier 1951 et le 31 décembre 1991, et confié à des familles d’accueil ou des parents adoptifs non autochtones peut s’inscrire à ce règlement. En anglais, on utilise le mot « scoop » (pelletée), plutôt que « rafle », pour désigner la quantité d’Autochtones placés en foyers non autochtones à cette époque.

En vertu du règlement conclu au mois d’août dernier, le gouvernement fédéral s’est engagé à distribuer ainsi 750 millions aux individus admissibles dans l’ensemble du Canada. Cinquante millions de dollars supplémentaires seront consacrés à une Fondation de guérison dont les activités demeurent à définir. Les indemnités seront tributaires du nombre de demandes, et le montant maximum alloué par individu sera de 50 000 $.

« Est-ce que ça veut dire qu’on va dire, vous avez perdu votre langue et votre culture, on va vous donner 25 000 $ et puis c’est tout ? » demande Jean-Charles Piétachau, le chef de la communauté de Mingan, qui était à Montréal pour l’occasion.

« Qu’est-ce que les gens vont faire avec le 25 000 ? Investir dans des cours de langue ? » dit-il en entrevue.

La réunion d’hier comptait d’ailleurs également des ateliers sur la saine gestion des finances, puisque de nombreux Autochtones ayant été indemnisés dans le passé ont soit dépensé entièrement leur indemnité à toute vitesse, au point parfois d’en mourir, soit subi des pressions indues de leur famille biologique, qui réclamait sa part.

Pour Maya Mollen Cousineau, il est clair que le fait de ne pas parler leur langue a un impact sur la vie des Autochtones adoptés, en particulier lorsqu’ils retournent dans leur communauté.

Elle-même a souffert, enfant, du fait que les jeunes de sa communauté savaient qu’elle était adoptée par des non-Autochtones.

Elle précise cependant que dans son cas, c’est sa mère biologique qui a contacté une femme non autochtone pour lui demander de s’occuper de son enfant qui venait de naître.

La mère biologique de Maya, issue des pensionnats, « mariée de force par un curé », n’était pas à même de l’élever à l’époque.

Selon Mélanie Vincent, qui agit comme consultante pour Collectiva dans ce dossier, la prise en charge d’un enfant par une famille non autochtone signifie presque toujours la perte de la culture. Mais d’autres Autochtones ont vécu le placement de façon encore bien plus douloureuse que Maya Mollen Cousineau.

Originaire de Regina, en Saskatchewan, Evan Côté s’est enfui de sa famille d’accueil pour retrouver ses parents d’origine après avoir été placé.

« Le conjoint de ma mère ne m’aimait pas et il me battait. C’est pourquoi j’ai été placé. »

Lorsqu’il est revenu à Regina, sa mère biologique n’était plus là. « Je crois qu’ils avaient peur que ça arrive encore, pour mes soeurs. Alors, ils sont partis », dit-il.

Ça n’est qu’à 33 ans qu’il a finalement retrouvé sa famille d’origine. Il a aussi rompu les liens avec sa famille d’accueil.

On ignore la quantité d’individus qui pourront se prévaloir du règlement à l’amiable relatif à la « rafle » des années 1960. On sait que les cas sont plus nombreux dans l’Ouest canadien.

Pour l’instant, le groupe Collectiva prévoit de tenir 21 séances d’information à ce sujet dans l’ensemble du pays. Aucune autre rencontre de ce genre n’est prévue pour l’instant au Québec.