Éric Salvail accusé d’agression sexuelle, séquestration et harcèlement

À l’automne 2017, Éric Salvail avait brusquement quitté la sphère médiatique québécoise après des allégations d’inconduite sexuelle.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir À l’automne 2017, Éric Salvail avait brusquement quitté la sphère médiatique québécoise après des allégations d’inconduite sexuelle.

L’ex-animateur et producteur de télé Éric Salvail a été arrêté mardi et il devra répondre à des accusations pour agression sexuelle, harcèlement criminel et séquestration.

Les faits reprochés se seraient déroulés entre le 1er avril et le 30 novembre 1993. L’identité de la victime, désignée par les initiales D.D., demeure confidentielle. Son sexe n’est pas précisé, mais le masculin est employé dans l’acte d’accusation.

À l’automne 2017, Éric Salvail avait brusquement quitté la sphère médiatique québécoise après des allégations d’inconduite sexuelle.

L’acte d’accusation indique qu’il a « agi à l’égard de D.D. dans l’intention de le harceler ou sans se soucier qu’il se sente harcelé », ceci « ayant pour effet de lui faire raisonnablement craindre pour sa sécurité ». Il l’a aussi « séquestré, emprisonné ou saisi de force ».

Une porte-parole du SPVM a indiqué au Devoir que M. Salvail s’était présenté lui-même dans un poste de police mardi après-midi. Elle n’a pas voulu spécifier le nombre de plaintes qui avaient été déposées contre l’ex-animateur. Il comparaîtra au palais de justice de Montréal le 15 février.

Selon Radio-Canada, le SPVM avait terminé son enquête sur Éric Salvail en mai dernier, réunissant une douzaine de plaintes. Le corps policier avait ensuite transmis le dossier au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

En octobre 2017, onze personnes avaient raconté à La Presse avoir subi des comportements déplacés de la part de M. Salvail ou en avoir été témoins. Elles lui reprochaient d’avoir exhibé son sexe, même quand ses avances insistantes étaient clairement refusées. Toutes les personnes visées par les comportements jugés inappropriés d’Éric Salvail étaient des hommes.

Bien que certaines ressources existent pour les hommes victimes d’agressions sexuelles, la plupart sont destinées à ceux pour qui les événements ont eu lieu durant l’enfance. Le CRIPHASE, à Montréal, et EMPHASE, à Trois-Rivières, deux organismes voués aux victimes masculines, ne proposent pas de services aux hommes qui ont vécu des agressions à l’âge adulte. SHASE (Soutien aux hommes agressés sexuellement durant leur enfance), à Sherbrooke, aide cependant les hommes agressés à tous les âges, malgré son nom qui semble indiquer le contraire.

Quant aux CALACS (Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel), l’immense majorité d’entre eux offrent du soutien exclusivement aux femmes.

Le CPIVAS, à Laval, est l’une des rares ressources qui ouvrent leurs portes à toutes les victimes de violences sexuelles, sans égard à leur sexe ou leur âge au moment des faits. Or, on y constate que les préjugés à l’endroit des hommes victimes sont ancrés profondément.

Depuis quelques années, on voit une amélioration [dans les ressources offertes aux hommes], mais c’est encore nettement insuffisant

 

« On entend souvent que les hommes sont trop forts pour subir des agressions sexuelles, souligne Laurence Quevillon, une intervenante au CPIVAS. Si c’est vécu pendant l’enfance, les gens démontrent plus de compréhension. Toutefois, pour les adultes, c’est tout autre chose. Le stigma est encore très fort, et il empêche les victimes d’aller chercher de l’aide. »

Car avant de dénoncer une agression auprès des forces de l’ordre, comme D.D. dans l’affaire Salvail, il est important pour les victimes d’obtenir de l’aide, croit Line Ouellet, une intervenante au CRIPHASE (Centre de ressources et d’intervention pour hommes abusés sexuellement dans leur enfance), à Montréal. « On encourage les gens à aller chercher du soutien en premier lieu. Ensuite, si la victime se sent assez forte, assez solide, c’est son choix d’aller dénoncer à la police », fait-elle valoir.

« Depuis quelques années, on voit une amélioration [dans les ressources offertes aux hommes victimes], mais c’est encore nettement insuffisant, observe Mme Ouellet. Comparativement à ce qui existe pour les femmes, il y a du chemin à faire. »


Manque de ressources

Preuve de la rareté des ressources pour les hommes, le CPIVAS accepte les hommes de toutes les régions, tandis qu’il limite ses services aux femmes à celles vivant à Laval, souligne Mme Quevillon.

Pourtant, les hommes sont loin d’être épargnés par les violences sexuelles. Selon le Guide d’information à l’intention des victimes d’agression sexuelle, préparé par la Table de concertation sur les agressions à caractère sexuel de Montréal — dont la dernière édition consacre 2 pages sur 84 aux hommes victimes —, un homme sur six sera victime d’une agression sexuelle au cours de sa vie. Une femme sur trois est victime d’au moins une agression sexuelle après l’âge de 16 ans.

Pour Laurence Quevillon, le manque de ressources offertes aux hommes est indéniable, mais ce sont avant tout les perceptions (et le traitement médiatique) qui nuisent aux victimes. L’affaire Salvail et le mouvement #MeToo en général contribuent néanmoins à changer les idées préconçues à cet égard, croit-elle.

1 commentaire
  • Serge Lamarche - Abonné 16 janvier 2019 15 h 28

    C'est fort

    Se faire #metooer par un mec est pas mal fort. Quand ça arrive, et ça m'est arrivé, le #metooeur reçoit un traitement brutal équivalent qui le guérit rapidement de son #metooage! C'est comme si les gens ne savent plus se défendre. Peut-être que les gens ne savent plus attaquer non-plus...