Aide médicale à mourir: au tour de Jean Truchon de témoigner de ses souffrances

Aucun médecin ne peut dire combien d’années il reste à vivre à Jean Truchon, malgré ses souffrances quotidiennes.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Aucun médecin ne peut dire combien d’années il reste à vivre à Jean Truchon, malgré ses souffrances quotidiennes.

Atteint d’une grave maladie dégénérative incurable, Jean Truchon a tout envisagé pour mettre fin à ses souffrances quotidiennes : se laisser mourir de faim, se noyer, se jeter devant le métro ou même se procurer auprès de vendeurs de drogue une dose létale. Il a éliminé ces options pour diverses raisons, mais est actuellement en Cour pour faire invalider des dispositions du régime d’aide médicale à mourir qui l’empêchent de l’obtenir.

M. Truchon a toutes ses capacités intellectuelles et est bien entouré, a-t-il témoigné mardi matin au palais de justice de Montréal.

Atteint de paralysie cérébrale depuis sa naissance, il ne lui restait alors que l’usage d’un bras et s’est toujours déplacé en fauteuil roulant. Mais depuis son hospitalisation en 2012, sa vie a basculé. Il n’a dorénavant plus l’usage de ce bras, a dû quitter son appartement et aller vivre en résidence supervisée, parce qu’il avait besoin de trop de soins au quotidien. Les douleurs ne le lâchent plus, il a perdu le reste de son autonomie sans son bras et encore plus de qualité de vie, a-t-il expliqué au tribunal avec l’aide d’un ami qui lui sert en quelque sorte d’interprète, car il est aussi atteint de dysphasie et qu’il peut être difficile de comprendre ses paroles.

L’homme de 51 ans dit être mort le jour de son hospitalisation en 2012.

L’aide médicale à mourir lui a été refusée. La Loi québécoise concernant les soins de fin de vie la réserve aux seules personnes « en fin de vie », alors que le Code criminel fédéral parle « d’une mort naturelle raisonnablement prévisible ».

M. Truchon ne peut donc la demander : aucun médecin ne peut lui dire combien d’années il lui reste à vivre.

Mais il veut pouvoir décider pour lui-même.

Il est donc à l’origine, avec une femme aussi atteinte d’une grave maladie dégénérative sans possibilité de guérison, Nicole Gladu, de cette contestation judiciaire des deux lois.

Des critères trop vagues et ambigus ?

Leur avocat va faire valoir, au cours d’un procès qui devrait durer 33 jours, que ces critères de « fin de vie » et de « mort naturelle raisonnablement prévisible » sont contraires à l’article 7 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui protège leur droit à la vie et à la sécurité, et sont aussi contraires à l’article 15 qui prévoit leur droit à l’égalité de traitement.

Il est donc demandé que ces exigences soient invalidées par la Cour. Leur avocat, Jean-Pierre Ménard, fera aussi valoir que ces critères sont vagues et ambigus et créent beaucoup trop d’incertitude. Cela force les gens à envisager d’autres méthodes pour mettre fin à leur vie, comme le suicide et la grève de la faim, « une mort cruelle », a-t-il déclaré.

Le Procureur général du Canada — toute comme la Procureure générale du Québec — sont devant le tribunal pour défendre leurs lois respectives.

Le procès a été ajourné mardi midi et se poursuivra mercredi matin.