Léger espoir pour la famille d’Edith Blais

Grande voyageuse, la Sherbrookoise Edith Blais a visité plusieurs continents au cours des 15 dernières années.
Photo: Facebook Grande voyageuse, la Sherbrookoise Edith Blais a visité plusieurs continents au cours des 15 dernières années.

Après avoir critiqué l’inaction du gouvernement canadien, la famille d’Edith Blais estime être enfin sortie du « gouffre bureaucratique » dans lequel elle était plongée depuis qu’elle a perdu sa trace au Burkina Faso, il y a trois semaines. Elle peut également compter sur l’aide d’un Québécois résidant au Burkina Faso depuis 7 ans, qui parcourt le pays à la recherche des deux jeunes voyageurs qui ont possiblement été kidnappés.

« La trace d’Edith et de Luca continue de nous échapper, écrit la famille sur la page Facebook consacrée aux recherches. Malgré tout, notre coeur est plein d’espoir, les choses progressent pour nous. La communication avec le gouvernement du Canada s’est nettement améliorée et nous sommes sorties du gouffre bureaucratique dans une envolée médiatique fulgurante, propulsées par l’intérêt marqué et la solidarité des Canadiens et Canadiennes. »

La famille avait obtenu samedi une première communication avec la ministre fédérale du Développement internationale, Marie-Claude Bibeau. Dimanche, des représentants d’Affaires mondiales Canada — l’organisme qui fournit les services consulaires aux Canadiens — se sont rendus chez la famille de la Sherbrookoise.

« La visite d’Affaires mondiales Canada nous donne espoir, on s’occupe d’Edith et [de] Luca avec engagement, chaleur, disponibilité et diligence », a indiqué la famille au petit matin lundi.

Contactée par Le Devoir, la famille a indiqué lundi matin qu’elle faisait une pause d’entrevues, car elle avait « besoin de repos pour pouvoir mieux continuer ».

Edith Blais, 34 ans, et son ami italien Luca Tacchetto, 30 ans, n’ont pas donné signe de vie depuis le 15 décembre. Ils devaient se rendre au Togo pour participer à un projet de reforestation avec l’organisme Zion’Gaïa, mais ne s’y sont jamais rendus.

La famille d’Edith Blais a indiqué que les deux voyageurs avaient eu, avant cette date, des communications régulières avec leurs familles respectives et que celles-ci ont cessé abruptement.

Un Québécois au Burkina Faso

En apprenant leur disparition par les journaux québécois, Patrick Gagnon, qui habite le Burkina Faso depuis 7 ans, a décidé d’apporter son aide.

« Je voyais les questions que la famille se posait et j’ai voulu prendre ça en main localement pour faire avancer les choses et leur donner des nouvelles », a affirmé le distributeur de boissons gazeuses en entrevue au Devoir.

Il s’est rendu au poste frontalier du Togo pour savoir si les deux voyageurs avaient passé la frontière. Il a réussi à obtenir confirmation qu’ils n’y étaient jamais passés.

« Ça élimine au moins une piste », affirme-t-il. Il a fait des feuillets avec la photo des deux jeunes voyageurs, et sa femme, très active sur les réseaux sociaux, a relayé l’information qui a rapidement été reprise par les journaux locaux.

Patrick Gagnon s’est ensuite rendu dans une « zone à risque » où des gens pensaient avoir vu le jeune couple, mais il s’agissait finalement d’une fausse piste. Il a également fait des démarches auprès du gouvernement et des autorités policières, de même qu’à l’ambassade canadienne.

« On m’a informé que les autorités burkinabées ont commencé les recherches », affirme-t-il.

Route dangereuse

Patrick Gagnon parle plusieurs fois par jour à la famille d’Edith. « Ils sont contents d’avoir quelqu’un sur place pour leur donner l’heure juste. J’ai déjà été dans une situation [difficile] ici et je sais à quel point c’est parfois difficile d’avoir de l’information. »

Il croit que la théorie de l’enlèvement est « un scénario très plausible » dans ce secteur où le banditisme, les enlèvements et le terrorisme sont des dangers bien connus. Aux dernières nouvelles, les deux voyageurs devaient quitter Bobo-Dioulasso pour se rendre à Ouagadougou afin d’obtenir leur visa pour le Togo.

Ils sont contents d’avoir quelqu’un sur place pour leur donner l’heure juste. J’ai déjà été dans une situation [difficile] ici et je sais à quel point c’est parfois difficile d’avoir de l’information.

« Ça dépend de la route qu’ils ont prise; la première est bien droite et sécuritaire, mais ils sont peut-être passés par la route des champs de coton, qui semble très intéressante pour un voyageur, mais qui est vraiment une zone rouge. »

Il se questionne toutefois sur le fait qu’on n’a jamais retrouvé la voiture du couple, ce qui lui fait croire à un deuxième scénario : « Ils sont peut-être tombés dans un ravin », suggère-t-il.

Enlèvement terroriste ?

Le gouvernement canadien n’a pas confirmé qu’Edith Blais avait été prise en otage. Ce scénario fait cependant partie des hypothèses envisagées par Ottawa, selon plusieurs médias.

Lors d’enlèvements terroristes, une unité fédérale regroupant des fonctionnaires d’Affaires mondiales, de la GRC et du Service canadien du renseignement de sécurité est mobilisée pour soutenir la famille du disparu et faire le suivi avec les autorités locales sur le terrain à l’étranger.

Le Canada a pour politique officielle de ne pas les payer les rançons. Les familles succombent toutefois parfois aux demandes des ravisseurs, bien que cela soit passible d’une peine de 10 ans de prison.

La mère de la journaliste Amanda Lindhout, kidnappée en Somalie en 2008, avait ainsi avoué à la suite de la libération de sa fille qu’elle avait négocié avec ses ravisseurs.

La GRC lui avait rappelé que c’était illégal, mais les agents l’avaient néanmoins aidée en coulisses à négocier et à garder son calme lors d’entretiens téléphoniques déchirants avec Amanda, a raconté Lorinda Stewart à la CBC il y a deux ans.

La famille avait réussi à récolter 600 000 $. Le tout en cachette, pour éviter que les médias parlent d’Amanda et que cela fasse augmenter le prix de la rançon réclamée par les kidnappeurs. Amanda Lindhout a été enlevée en Somalie par un groupe d’islamistes extrémistes. Elle a passé 15 mois en captivité.

Avec Annabelle Caillou et Marie Vastel