À Ottawa, cap sur l’élection de l’automne

Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau

L’élection fédérale, pardi ! Les électeurs seront conviés aux urnes le 21 octobre. Justin Trudeau demeurera-t-il en selle malgré sa promesse rompue sur la réforme électorale ? Il tentera probablement d’amadouer les électeurs en promettant une assurance-médicaments dans la foulée d’un rapport d’experts attendu ce printemps. Les conservateurs font très bien dans les sondages, mais le nouveau parti de Maxime Bernier pourrait nuire à Andrew Scheer. Ce sera aussi l’occasion de tester la nouvelle formule d’organisation gouvernementale des débats des chefs.

L’opposition résiste ou s’écroule À moins d’un an de la prochaine élection, néodémocrates et bloquistes battent de l’aile dans les sondages. Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, tentera enfin de se faire élire aux Communes dans Burnaby-Sud, où une élection partielle devrait se tenir en février — en même temps que celles dans Outremont et dans York-Simcoe en Ontario. Le Bloc québécois se choisira quant à lui un nouveau chef. Yves-François Blanchet est pour l’instant le seul en lice et, si la tendance se maintient, il sera couronné à la mi-janvier. Les bloquistes achèveront en outre leur projet de refondation, fin février.

Par ici, le pipeline (ou pas) Se fera ou ne se fera pas, l’agrandissement de Trans Mountain ? Ottawa a acheté pour 4,5 milliards de dollars l’oléoduc de Kinder Morgan afin d’en faciliter le dédoublement, ralenti par les opposants. Il a donné à l’Office national de l’énergie jusqu’au 22 février pour évaluer l’impact du projet sur la population menacée d’épaulards — un élément écarté de la première analyse. Et il a mandaté un ancien juge à la Cour suprême pour consulter (sans date butoir) les communautés autochtones, qui s’estimaient mises de côté. Le gouvernement espère que ce sera suffisant pour relancer les travaux au printemps… et calmer la grogne albertaine.

Bang ! Bang ! Les libéraux devront faire un choix stratégique en cette année électorale : décider s’ils vont de l’avant avec une forme d’interdiction des armes d’assaut… et fournir potentiellement de précieuses munitions aux conservateurs. Dans la foulée de plusieurs fusillades qui ont eu lieu en milieu urbain, Ottawa a tenu une consultation et hésite maintenant entre imposer l’entreposage des armes de poing dans les champs de tir et carrément racheter leurs armes aux propriétaires, ce qui coûterait jusqu’à 2 milliards de dollars en dédommagement, selon des sources citées par le Toronto Star.

Quelles suites à l’enquête sur les femmes et les filles autochtones ? Les audiences étant maintenant terminées, l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées doit remettre son rapport final au gouvernement fédéral d’ici la fin d’avril. Les commissaires avaient réclamé deux ans de plus à Ottawa pour achever leurs travaux ; le fédéral ne leur a octroyé qu’un prolongement de six mois. Le gouvernement Trudeau prétextait vouloir avoir le temps de répondre à leurs recommandations avant l’élection. Les communautés autochtones et les commissaires surveilleront maintenant les libéraux pour voir s’ils tiennent parole.

Cannabis : il faut pouvoir en trouver

Cannabis légal à 21 ans ? François Legault en a fait une affaire personnelle : au Québec, pas question de toucher à du cannabis légal avant 21 ans. Question de développement du cerveau et de protection de la jeunesse. Mais le projet de loi 2 va-t-il survivre à l’exercice de consultation en commission parlementaire, alors qu’une ribambelle d’études confirment que la très grande majorité des jeunes entretiennent un rapport responsable avec la substance et que plus de 60 % des experts consultés par Québec au cours des dernières années soutiennent que l’âge légal pour consommer du cannabis doit être harmonisé avec celui de la consommation de l’alcool, pour des raisons de santé publique et pour priver le crime organisé de son marché naturel, les jeunes ?
 
2019 et l’enjeu de la pénurie En 2018, le cannabis est devenu légal au Canada, oui, mais à condition de pouvoir en trouver. Justin Trudeau l’a dit : le plus gros défi posé par la légalisation est l’offre de produits qui, depuis la fin de la prohibition, ne répond pas à la demande. L’Ontario et le Québec sont les plus touchés avec des tablettes vides, des clients frustrés, un marché noir heureux et l’impression que le changement de paradigme a été un peu improvisé. Un marché neuf se construit sous nos yeux, dit Ottawa pour se justifier, avec des producteurs et des cycles qui doivent s’inventer avant de s’adapter. La crise de l’approvisionnement devrait se résorber dans les prochains mois, paraît-il. À voir.
Fabien Deglise