Potentiel archéologique relevé autour de la maison Boileau

L’administration du maire Denis Lavoie compte maintenant reconstruire la maison Boileau à l’identique.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’administration du maire Denis Lavoie compte maintenant reconstruire la maison Boileau à l’identique.

Faute d’avoir pu empêcher la démolition de la maison Boileau, des citoyens de Chambly demandent maintenant que le terrain de la demeure ancestrale ainsi que ses alentours soient reconnus comme un site archéologique et que des fouilles plus approfondies y soient réalisées.

Selon un avis archéologique commandé par la Ville de Chambly, le potentiel archéologique du terrain de la maison Boileau serait « très élevé » tant pour la période préhistorique qu’historique. Faisant face au bassin de Chambly, la maison Boileau était située au 22-24, rue Martel. La Ville en avait fait l’acquisition en 2016 avec l’intention de la restaurer.

Le 22 novembre dernier, le directeur général de Chambly, Michel Larose, a toutefois ordonné sa démolition, soutenant que son état de dégradation compromettait la sécurité publique. Les pelles mécaniques ont donc fait disparaître la demeure ayant appartenu au patriote René Boileau, au grand désespoir de citoyens qui militaient depuis des années pour sa préservation.

La proximité du bassin de la Chambly et de la rivière Richelieu fait du secteur un endroit très propice à l’occupation humaine, note Gina Vincelli, l’archéologue d’Artefactuel, qui a rédigé un avis archéologique à l’intention de la Ville de Chambly en février dernier.

« Le Richelieu constitue un axe de communication majeur entre les bassins versants du Saint-Laurent et celui du lac Champlain. Durant le XVIIe siècle, ce sont principalement les Iroquois de la Confédération des Cinq Nations qui emprunteront cette voie d’eau dans le cadre de leur guerre contre les Français et leurs alliés amérindiens », rappelle-t-elle.

Le site se trouve également à quelques mètres d’un ancien de chemin de portage amérindien, ce qui laisse croire à un potentiel de découvertes intéressantes, d’autant que d’autres sites préhistoriques ont été identifiés dans les environs. « Le potentiel archéologique préhistorique est donc jugé élevé », conclut la spécialiste.

De nombreux propriétaires

Se basant sur les archives et plans anciens, dont ceux détenus par la Société d’histoire de la seigneurie de Chambly, Gina Vincelli détaille aussi le passé de la maison Boileau construite vers 1819 par René Boileau fils sur la terre léguée par son père. Ce notaire était aussi un patriote et un passionné de chevaux. Il a habité la maison Boileau jusqu’au décès de son père pour ensuite déménager dans la maison de celui-ci.

Le Richelieu constitue un axe de communication majeur entre les bassins versants du Saint-Laurent et celui du lac Champlain. Durant le XVIIe siècle, ce sont principalement les Iroquois de la Confédération des Cinq Nations qui emprunteront cette voie d’eau dans le cadre de leur guerre contre les Français et leurs alliés amérindiens.

 

Le neveu de René Boileau, Joseph-Alfred Porlier, a par la suite hérité du terrain et des bâtiments qui s’y trouvent. Il a finalement vendu sa propriété au marchand John Smith Watts qui y fera construire un magasin général. Ce bâtiment correspond aujourd’hui au 34, rue Martel. Il fera aussi bâtir une grange derrière la maison Boileau. Cette grange a cependant été épargnée par les démolisseurs.

Artefacts déterrés

La maison Boileau a connu plusieurs propriétaires successifs, dont Charles Édouard Gravel en 1934, qui la céda à ses fils Louis et Jean Gravel en 1957.

Après avoir encore changé de mains, la maison en mauvais état fut menacée de démolition en 2016. La Ville de Chambly l’a finalement acquise avec le dénouement que l’on connaît.

Dans son avis, Gina Vincelli souligne le potentiel élevé des découvertes archéologiques qui pourraient être faites sur le site, le sol ayant possiblement été peu dérangé au cours des siècles. Elle recommande également qu’un relevé architectural soit réalisé par un archéologue à l’intérieur comme à l’extérieur de la maison avant toute démolition.

En mai dernier, à la demande de la Ville de Chambly, des excavations ont été faites à différents endroits sur le terrain. Des artefacts ont été déterrés et les fondations d’une ancienne annexe ont été découvertes. Un rapport d’étape d’Artefactuel a été remis à la Ville de Chambly, mais le rapport final n’a pas été rendu public.

Site patrimonial ?

L’administration du maire Denis Lavoie compte maintenant reconstruire la maison Boileau à l’identique. Lors de sa dernière assemblée, le conseil municipal a d’ailleurs approuvé le lancement d’un appel d’offres pour la réalisation des plans et devis de la future maison.

Maintenant que la maison Boileau n’est plus qu’un souvenir, Louise Chevrier, membre du Mouvement citoyen de Chambly, espère que des fouilles plus exhaustives seront réalisées sur le site. Elle a d’ailleurs demandé à la direction générale du patrimoine du ministère de la Culture et des Communications que le secteur soit officiellement reconnu comme un site archéologique à préserver. Mais à plus long terme, une protection plus globale devrait être envisagée, croit-elle.

« La Ville pourrait faire une déclaration de site du patrimoine du village de Chambly-Bassin. Mais on est avec une administration municipale qui n’est pas du tout à l’écoute de ce genre de chose là », dit-elle.