Un amour inavouable envers Canadian Tire

Au Canadian Tire, le «Philippe» de toutes les époques trouve son compte.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Au Canadian Tire, le «Philippe» de toutes les époques trouve son compte.

Hobby secret ou passion non avouée ? Avec un brin d’autodérision, une petite série qui dévoile les plaisirs coupables de quelques journalistes du Devoir.

J’habite à un jet de pierre de mon sanctuaire. Il n’y a pas de clocher au-dessus de celui-ci par contre. Qu’une grosse feuille d’érable rouge qu’on éclaire la nuit venue. Là où j’aime aller me recueillir, c’est au Canadian Tire.

Dans cette version moderne du magasin général, je trouve une certaine sérénité. Une sérénité totalement paradoxale quant à mes valeurs de réduction des avoirs et de consommation locale. Mais une sérénité quand même. Faut assumer.

Au Canadian Tire, le « moi » de toutes les époques y trouve son compte. Le Philippe enfant peut encore y trouver des jouets clinquants et bruyants — ceux-là mêmes que je déteste aujourd’hui en tant que père. Le Philippe adolescent peut trouver tous types d’équipements sportifs — patins, ballons et autres vélos qui ont presque du bon sens. Le Philippe adulte peut aussi s’acheter un gradateur pour la lumière du salon de la locataire du trois et demi, un matelas gonflable pour la visite et de la litière agglomérante sans parfum pour le rouquin félin.

À bien y penser, je suis peut-être une victime de la pub. Pendant combien de périodes des Fêtes ai-je vu à la télévision les annonces de Canadian Tire avec le lutin Gratteux et ce bon Michel Forget à la moustache réconfortante ? Ça laisse des traces.


La quête de l'escompte


Déjà, petit, quand le Publisac arrivait à la maison, c’est bien sûr le catalogue de l’entreprise qui m’intéressait. Il était — et est encore — rempli de magnifiques cossins en solde. Ça fait rêver, des cossins en solde.

Encore aujourd’hui, la quête de l’escompte titille une corde sensible. De toute façon, qui fait des achats à plein prix chez Canadian Tire ? Tout est toujours en solde tous les trois mois, dirait-on.

Quelque part, je suis encore en quête du plus gros pourcentage de rabais possible. Acheter un poêlon à moins de 73 % de rabais ? No way, José. Notez d’ailleurs que les batteries de cuisine y sont toujours à prix réduit. La scène est classique : junior s’en va en appartement, et ses parents lui achètent à un prix ridicule du stock Lagostina, qu’il traînera ensuite jusqu’à son mariage… avant de s’en acheter des nouveaux en solde chez Canadian Tire. C’est le cercle de la vie. Genre.

Devant les soldes, il faut d’ailleurs développer un certain contrôle des dépenses quand on est dans ma situation. Si je n’écoutais que mon coeur, je serais clairement propriétaire d’une bonne dizaine d’ensembles de ratchets MasterCraft, d’assez de lumières de Noël pour éclairer le Stade ainsi que de mille gogosses T-fal qui permettent de couper rapidement ses ingrédients, mais qui prennent une heure et quart à laver comme du monde.

Et il y a l’argent Canadian Tire, que Mononc’ Serge qualifiait déjà, dès 1998, dans sa chanson La chute du huard de « monnaie la plus stable ». « C’est la devise que préconisent tous les investisseurs », rajoutait-il, à une époque où le dollar canadien périclitait.

Quand même, quel génie que la monnaie frappée à l’effigie d’un vieillard moustachu — il y a décidément quelque chose entre Canadian Tire et la pilosité faciale. Voilà une ristourne colorée et divertissante qui ramène les fidèles dans les murs du divin magasin.

Maintenant, j’accumule les points sur une carte que je présente à la caissière chaque fois que j’achète une ampoule, une pelle ou des p’tits ronds en feutrine à coller en dessous des pattes de chaise pour ne pas égratigner le plancher. « Vous avez 32 sous accumulés, voulez-vous les utiliser ? » Isch, les garder ou les dépenser, là est la question.

Confidence. Récemment, j’ai déverrouillé le dernier tableau du disciple du Canadian Tire : je m’y suis acheté des pneus d’hiver. C’est un peu là le Saint-Graal de ce magasin, la raison d’être première du commerce à la raison sociale pneumatique. J’étais gonflé d’une fierté sans nom.

Et devinez quoi ? Les pneus étaient en solde.

16 commentaires
  • Richard Labelle - Abonné 3 janvier 2019 02 h 13

    Quel beau texte

    Quel beau texte amusant mais combien réaliste! et presque poétique! Et cette entreprise est encore canadienne à 100%, possède les chaînes de magasin l'Équippeur et Sports Experts entre autres. Et espérons-le, aucun acheteur américain en vue!

    • Jean Richard - Abonné 3 janvier 2019 10 h 14

      L'exception canadienne
      Ayant son siège social à Toronto, une ville trop souvent hostile aux francophones, Canadian Tire mérite presque une petite fleur. Voyons un peu... Vous prenez l'autoroute 40, direction Ottawa. Arrivé à la frontière de la très accueillante province yours to discover, vous remarquerez cet immense panneau sur lequel sont affichés en détails le montant des contraventions pour excès de vitesse. En franchissant cette frontière, vous devenez rapidement contribuable ontarien si par distraction vous roulez à 105 km/h et que votre voiture n'a pas de plaque d'immatriculation en avant. C'est bien connu en Ontario, les Québécois sont des délinquants et ils faut bien les avertir lorsqu'ils arrivent que cette délinquance n'est pas bien vue dans la pure et orthodoxe province yours to discorver.
      Quelques kilomètres plus loin, vous quittez l'autoroute pour aller à Hawkesbury, une ville majoritairement francophone où se faire servir en français, avec plus de gentillesse qu'à la frontière, n'est pas du tout un problème. Depuis une douzaine d'années, cette ville a vu son centre-ville remplacé par un immense centre commercial de style boulevard Tascherau, situé le long de la route nationale et non pas en ville. Ce fut le rendez-vous des chaînes, toutes provenances confondues – Walmart, Loblaws, Tim Horton, Saint-Hubert....
      Bien sûr, Ontario oblige, l'affichage extérieur y est presque à 100 % dans la langue de la minorité locale, l'anglais. Une exception pourtant, et c'est là la surprise, la torontoise Canadian Tire, un des très rares commerces ayant au moins un peu de français sur ses façades.

  • Jean-Henry Noël - Abonné 3 janvier 2019 06 h 49

    Ah les grands espaces

    Moi, j'abhorre les grands espaces. Pour trouver une aiguille dans ce genre de botte de foin, il faut, croyez-m'en, l'aide d'un em-plo-yé. Cependant leur densité au mètre carré ne fera jamais le Guiness. Cela ne m'empêche pas d'y acheter mes Goodyear d'hiver, comme tout le monde.

  • Nicole Brodeur - Abonnée 3 janvier 2019 07 h 47

    Beaucoup de plaisir ..

    À lire cet article de Phillipe Papineau. Il y a un amateur de "cossins" en chacun de nous.

  • Michel Pasquier - Abonné 3 janvier 2019 09 h 01

    L'emblème du Canada

    Voilà environ trente ans un homme à qui je demandais quelles étaient les activités récréatives à New Liskeard (Nord-Est de l'Ontario) me répond:
    -Bah, ici nous avons la chasse, la pêche, le Skidoo et plein d'autres choses. Évidemment les femmes préfèrent faire une excursion à la ville (quelques centaines de kilomètres) pour faire des emplettes, mais pour les gars il y a Canadian Tire, y a tout ce qui faut. Pis si Canadian Tire l'a pas c'est que t'en a pas besoin !

    • Gilles Bousquet - Abonné 4 janvier 2019 09 h 38

      Au Québec, ça prendrait un petit changement à cette chaine : La feuille d'érable bleue ou verte et le nom PNEU QUÉBÉCOIS ou on s'en part un en espérant le même genre de spéciaux alléchants.

  • Jacques Patenaude - Abonné 3 janvier 2019 09 h 41

    Un petit truc

    Les mêmes spéciaux reviennent constamment durant les trois mois des spéciaux. Si une semaine un produit est annoncé au plein prix la semaine suivante il diminuera , la semaine suivante encore plus ainsi de suite pour toute la durée du mois.
    Canadian tire est un modèle de constance digne de tout sanctuaire de la surconsommation.
    LOL

    • Richard Labelle - Abonné 3 janvier 2019 14 h 09

      Très vrai votre commentaire. Je voulais acheter un tapis roulant valant normalement 1999,99$ qui est devenu en spécial à 699,99$. Malheureusement, j'ai manqué le spécial et le pris est remonté à 1999,99$. J'ai attendu environ 3 ou 4 semaines et le spécial était revenu à 699,99$. Et J'ai mon tapis roulant maintenant.