Congrès de l'ACFAS - Les bébés peuvent eux aussi éprouver des troubles du comportement

Photo: Agence Reuters

On croyait que les troubles disruptifs — opposition, hyperactivité, inattention, agression physique — étaient l'apanage des enfants d'âge scolaire. Pas du tout, croit le psychiatre Raymond Baillargeon, qui, par le biais d'une large étude épistémiologique livrée hier à l'occasion de congrès de l'ACFAS, a montré qu'ils peuvent apparaître avant même que l'enfant n'ait deux ans. Au grand soulagement des éducatrices présentes, qui en ont assez de se faire dire que le diagnostic du trouble de comportement n'existe que pour l'enfant de plus de cinq ans.

«On dit souvent que c'est très normal qu'un enfant soit oppositionnel à cet âge-là, mais je dis qu'il faut défaire ce mythe et départager le vrai du faux», croit le chercheur adjoint au département de psychiatrie de l'Université de Montréal. À partir d'un échantillon de 2000 enfants nés en 1997 ou 1998 — tiré à même la première Étude longitudinale sur le développement des enfants du Québec (ELDEQ) — Raymond Baillargeon montre que non seulement ces comportements existent, mais qu'ils se partagent différemment chez les filles et chez les garçons.

Pour son étude, M. Baillargeon a demandé aux mères de répondre à cinq questions sur le comportement de leur enfant, une première fois à 17 mois et une seconde fois à 29 mois. À partir de ces réponses, trois grandes catégories ont été dessinées (agressivité physique, opposition et hyperactivité), catégories qu'il a redivisées selon que l'enfant présentait fréquemment ce trait (high), à l'occasion (medium) ou généralement pas (low).

À 17 mois, la proportion des enfants qui entrent dans la catégorie high reste marginale et se partage équitablement entre filles et garçons, pour ce qui est de l'opposition et de l'hyperactivité. En revanche, il existe des différences évidentes, en matière d'agressivité, entre les garçons (5 %) et les filles (1 %). «La littérature a tendance à véhiculer que c'est l'éducation qui fait apparaître les différences entre les garçons et les filles, alors qu'elles existent déjà à 17 mois», remarque Raymond Baillargeon, qui voit là peut-être le signe d'une base biologique. Fait surprenant, les filles agressives le sont davantage que les garçons agressifs. Un bel exemple de gender paradox, note M. Baillargeon.

De 17 à 29 mois, il y a un accroissement du nombre d'enfants qui manifestent de l'agressivité, tandis que le ratio filles/garçons reste le même. «Une observation qui ne peut que donner un coup dur à la théorie de la socialisation», croit M. Baillargeon. C'est aussi pendant cette période que les différences entre les garçons et les filles apparaissent pour la première fois en matière d'opposition et d'hyperactivité, ce qui laisse croire que la socialisation dans ces cas-ci peut influer davantage, remarque le chercheur.

À 29 mois, les enfants qui étaient high ne le sont restés que dans une proportion de 51 %, alors que 8 % d'entre eux sont passés à la catégorie low. «On sait que 51 % est un chiffre qui n'est pas suffisant pour parler de continuité. Il faudrait un bon 90 % pour cela», convient M. Baillargeon, qui croit pouvoir y parvenir en faisant le suivi des petits tous les ans.

Et même s'il n'a aucune idée de ce qui fait qu'un état se maintient dans le temps ou non, le chercheur croit fermement que sa grille d'analyse peut être utile. «Cela peut donner aux parents et aux éducatrices des pistes d'intervention, explique-t-il. Si rien n'est entrepris dans l'environnement d'un enfant dit high, il y a de fortes chances que ce comportement se prolonge au-delà du préscolaire.» Tout à fait, ont répliqué les éducatrices, qui aimeraient bien que cette grille fasse bientôt son entrée dans les garderies.

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Une étude différente sur les enfants Ritalin

De nombreuses études ont mis en lumière les problèmes de motricité fine des enfants souffrant du trouble déficitaire de l'attention/hyperactivité (TDAH), mais peu se sont penchées sur la condition physique de ces enfants, souvent réputés être remuants. Mais cela ne veut pas dire que, parce qu'ils bougent, ils le font toujours de façon efficace, a montré hier la kinésiologue Claudia Verret, qui a profité du 72e congrès de l'ACFAS pour livrer les résultats préliminaires d'une première étude portant sur la condition physique des enfants TDAH.

Travaillant auprès d'un très petit échantillon, la chercheuse a évalué la condition physique de 17 garçons âgés de huit ou neuf ans, dont dix seulement était sous médication régulière. Elle a choisi de mesurer six paramètres: le cardiovasculaire, la force, la vitesse, la flexibilité, l'endurance et la puissance, qui lui ont permis de comparer les performances des deux groupes avec la moyenne des enfants de cet âge, mais aussi entre eux.

Il appert que, contrairement aux croyances populaires, les enfants TDAH — sous médication ou non — ont une taille, un poids, un indice de masse corporel et une moyenne de plis cutanés qui correspondent à la moyenne québécoise. Les enfants prenant une médication étaient cependant tous très légèrement au-dessous de la moyenne. Idem pour l'endurance.

En ce qui concerne les capacités musculaires et la performance motrice, toutefois, «tous les enfants de l'échantillon se situent dans la moyenne inférieure», remarque la chercheuse. Étrangement, les rôles s'inversent ici, alors que les enfants qui sont sous médication font un peu mieux que ceux qui ne le sont pas. Selon une première hypothèse, cette meilleure performance — particulièrement marquée pour la locomotion et la saisie d'objets — ne serait a priori pas étrangère à la prise de Ritalin, le médicament même que nombre de chercheurs pointent du doigt pour ses effets négatifs.

La chercheuse demeure toutefois prudente et refuse de s'engager plus avant sur cette voie avant d'avoir terminé son étude, pour laquelle elle fait équipe avec Louise Béliveau, professeure à l'Université de Montréal. «La question, c'est maintenant de savoir si les enfants bougent assez efficacement pour accéder à une pratique de l'activité physique permettant de conserver une bonne condition physique à long terme, sans perdre l'intérêt.» Rendez-vous à l'automne pour la suite.
2 commentaires
  • Marcelin Gélinas - Inscrit 13 mai 2004 14 h 07

    Auto-colonialisme ?

    M. Raymond Baillargeon
    Chercheur adjoint
    rbaillargeon@Justine.UMontreal.ca
    (Également présenté [?!?] comme médecin « psychiatre » par l'auteure de cet article)
    http://www.psychia.umontreal.ca/chercheur/baillarg
    Département de psychiatrie
    Université de Montréal
    Montréal, Québec


    M. Baillargeon,

    Dans votre prestation orale à L'ACFAS, vous en référiez à des vocables du «genre» suivant: «low», «medium», «high», «gender paradox»...

    Comme si à votre entendement... « high » recelait en soi un contenu plus fort ou instructif que: «élevé», «supérieur», «dominant», «relevé», «prééminent», «culminant», «remarquable», «notable», «proéminent» «prépondérant» ou que sais-je encore (liste non exhaustive, bien sûr).

    Je le regrette, monsieur le chercheur adjoint, mais il m'est difficile d'accorder crédibilité intellectuelle à un psychiatre (?) qui manifeste dans sa personnalité même une aliénation à sa propre langue. Aussi, et bien que le sujet traité m'intéressât au plus haut point, je vous informe que le soussigné n'est pas parvenu à compléter la lecture de cet article qui rendait compte de vos recherches auprès d'un échantillonnage de tout jeunes enfants québécois.

    C'est que hélas ! je n'avais déjà plus confiance dans la sagacité ou à la plausibilité du discours avant même d'avoir terminé le premier tiers du texte. À tort ou à raison, assurément. Mais il en fut bel et bien ainsi. Or puisque tout «symptôme» constitue par définition une parole à décoder, c'est dans cette perspective que je continue mon boniment.

    Cette attitude de « colonisé » (pardonnez-moi ce terme un peu rude, mais honnêtement je n'en trouve pas d'autres qui lui soient équivalents) révèle à mon avis moi une personnalité plutôt molle, dont le jugement doit être illico sinon mis en doute, à tout le moins suspect d'indigence au plan psychologique.

    De fait, pareille attitude démontre selon toute vraisemblance qu'il s'agirait, sauf erreur, de «séduire» l'interlocuteur (le collègue, le lecteur) en sacrifiant à la mode de l'anglophilie du temps.

    Or que penser de la «puissance» d'une hypothèse, voire d'une théorie, quand l'auteur de celle-ci estime que des termes anglais donneront plus d'impact à ses thèses? De quoi nous informe «ce trouble de comportement», en effet, sinon qu'il faudrait pallier impérativement le contenu par la forme...?

    Je fais peut-être erreur, il est vrai. Et en dernière «analyse», je ne m'autorise pas à évaluer le bien-fondé de vos conclusions (ce que du reste je ne saurais établir sans consulter minutieusement l'ensemble du protocole). Reste que vos manières langagières (et un psychiatre, n'est-ce pas, connaît plus que quiconque le poids des mots) inoculent d'emblée un certain scepticisme dans l'esprit quant à la force et la pertinence des idées mêmes exprimées dans le propos.

    Depuis plusieurs années, les Français (et «satellites» européens: Belgique, Suisse...) aiment à croire qu'ils se rendent plus crédibles en méprisant leur être-propre. Or à ce jour, au Québec, on échappait relativement bien à ces façons que l'on peut sans excès qualifier de puériles. Aussi est-ce singulièrement déprimant de constater que des personnes dont on attend (avec raison et en toute légitimité) une conscience supérieure (higher?) d'eux-mêmes en arrivent à estimer... qu'ils seront plus solidement «eux-mêmes» en étant «un-autre».

    Question : sommes-nous intellectuellement plus fiables en nous inféodant au prêt-à-penser et aux diktats de la mode?

    On comprend sans difficulté ce type d'agissement chez l'enfant et l'adolescent - adaptation au réel par mimétisme, appropriation des «codes du maître» afin de s'en faire accepter, faute le plus souvent de s'en voir aimé. Comportement auto-constructif à maints égards qui plus est, certes.

    Mais chez un adulte, un « psychiatre » en particulier...?

    Quel est alors le message qui de la sorte est acheminé à l'ensemble de la communauté - tantôt à la jeunesse de manière générale, tantôt à nos propres clients (ou «analysants») dès l'abord fragiles ou hésitants sur la chaise (ou le divan) dans l'espace clinique - sinon celui de «l'encouragement à l'acte d'assujettissement»???

    M. Baillargeon, permettez-moi bien humblement de vous rappeler que les mots ne sont pas anodins. Dans les fonctions qui sont les vôtres plus que partout ailleurs dans notre société.


    Franches et françaises salutations à vous, monsieur Baillargeon.

    Ce 13 mai 2004

    Note : Dans son texte, Mme Louise-Maude Rioux Soucy nous entretient d'«épistémiologie», qui vraisemblablement constitue la "fabrication" par inadvertance d'un mot-valise à la rencontre de: «épistémologie» et «épidémiologie». Je crois qu'il s'agit en l'occurrence bel et bien d'épidémiologie.

  • ARDAILLON isabelle - Inscrite 28 avril 2007 13 h 02

    noe 4 ans

    mon enfant est suivi à l'hopital de jour depuis quelques temps à l'unité des enfants autistes, il a fait d'énormes progrès en langage mais paradoxalement son comportement est devenu agressif , il a l'air de s'auto protéger des contraintes de la vie quotidienne.Tout est difficile , les nuits, les repas , les petites choses que l'on doit faire dans une journée, il n'est pas beaucoup scolarisé , ne supporte pas le bruit mais bizarrement cri beaucoup. Il dort mal très mal, il ne prend aucun médicament. Petit il trémulait beaucoup , que pouvez vous dire sur les trémulations du nourrissons. Merci de votre attention