Rétrospective 2018 dans l’œil de Jacques Nadeau

1 Avant le début de la conférence qu’a livrée Hillary Clinton à Montréal en novembre, les photographes ont pu s’approcher de la scène pendant une minute. Tous les photographes ont alors fusé vers la droite, puisque l’ex-candidate à l’élection présidentielle de 2016 regardait dans cette direction. Se fiant à son instinct, Jacques Nadeau a pris la direction inverse. « J’ai risqué le tout pour le tout pour avoir une photo différente des autres », raconte-t-il. C’est alors qu’une personne dans l’assistance crie le nom de Donald Trump. Hillary Clinton se tourne vers la gauche, offrant à Jacques Nadeau une expression qu’aucun autre photographe n’a captée. Jacques Nadeau Le Devoir
2 Jacques Nadeau est un habitué des campagnes électorales et des mises en scène bien léchées pour mettre en valeur les politiciens. Cette photo est toutefois à cent lieues de ces clichés de parade. En décembre, le premier ministre François Legault rend visite aux enfants hospitalisés à l’hôpital Sainte-Justine. « Ce qui m’a marqué dans cette image, c’est cette seconde où François Legault tend la main vers les parents du garçon et où l’on voit une réelle authenticité », souligne le photographe. Endormi, le jeune enfant n’y a vu que du feu. Jacques Nadeau Le Devoir
3 Lorsque Josée Blanchette décide de faire un reportage sur l’aide médicale à mourir, Jacques Nadeau l’accompagne. Ils passent tous les deux la journée dans une maison de soins palliatifs située à Boucherville. Serein, André Bouchard accepte que le photographe soit présent en soirée, chez lui à Belœil, lorsqu’il rendra son dernier souffle. « C’est l’un des moments les plus humains que j’ai pu vivre dans ma carrière », se souvient Jacques Nadeau. Tout au long de cet instant de grande intimité, l’objectif du photographe demeure centré sur la fille d’André, dont le regard lumineux et bienveillant enrobe les derniers instants de son père. Jacques Nadeau Le Devoir
4 Tout le gratin artistique était réuni au Théâtre du Nouveau Monde, le 7 novembre, pour lancer le Pacte pour la transition. Dans ce parterre de quelque 400 artistes, Jacques Nadeau aperçoit la grande Janette Bertrand et décide de rester près d’elle. Roy Dupuis arrive alors à ses côtés. Ils n’échangent que quelques paroles, puis Janette Bertrand place ses mains sur le visage du comédien. « Juste par le regard que Janette Bertrand pose sur Roy Dupuis, je savais que j’avais une photo extraordinaire », note le photographe. Un instant, enveloppé de tendresse, qui n’aura duré que le temps d’un battement de cils. Jacques Nadeau Le Devoir
5 « C’est notre devoir de montrer des réalités qui sont cachées », relève Jacques Nadeau. Terré près d’une autoroute, au fond d’un stationnement du quartier Villeray à Montréal, un mur de déchets se dresse, rappel alarmant de l’échec de notre société de consommation. Après avoir passé une quinzaine de minutes sur le site, le photographe aperçoit un automobiliste qui sort de sa voiture. Son objectif s’emballe, captant ce moment où l’homme, médusé, se heurte au désastre écologique que l’on préférerait ne pas voir. Jacques Nadeau Le Devoir