Les motivations des clients de l'industrie du sexe: des mythes déboulonnés

S'il est un élément de l'industrie du sexe qui reste méconnu dans le plus vieux métier du monde, c'est bien le client. Ce qui n'a pas empêché l'anthropologue québécoise Rose Dufour de percer le silence de 64 d'entre eux, soit du jamais vu au Canada. Hier, à l'occasion du 72e congrès de l'ACFAS, elle a dévoilé les résultats préliminaires de son étude qui déboulonne de vieux mythes, notamment celui selon lequel le recours aux prostituées s'explique purement et simplement par l'insatisfaction des hommes à la maison.

Ses données, qui sont encore à compléter, permettent de tracer un portrait plus juste du client québécois. Majoritairement âgés de 40 à 50 ans, 39 % des 64 hommes interrogés ont dit être mariés, 31 % se sont qualifiés de célibataires et 23 % ont précisé être divorcés. Sur 44 hommes, 40 se sont dits satisfaits de leur apparence physique, et 19 sur 38 ont jugé avoir une libido supérieure à la moyenne. «Ces hommes-là, ce sont nos maris, nos pères, nos frères, nos fils», a rappelé Mme Dufour en guise de présentation.

Au-delà des chiffres, l'étude qualitative de Rose Dufour met en lumière une typologie du client qui propose cinq catégories. Le timide qui n'ose aborder les femmes (24 %). L'insatisfait qui veut épicer sa libido (16 %). Le vieux garçon qui cultive son indépendance (34 %), qui lui-même se scinde en deux: le galant pour un tiers et le consommateur pour le reste. L'insatiable qui en veut toujours plus (18 %). Et le cachottier qui a des besoins plus particuliers, comme les désormais célèbres golden showers ou autres jeux sexuels (8 %).

Ce tableau révèle que si, sur le plan des pratiques comme des désirs, ces hommes se ressemblent, ceux-ci n'abordent pas la femme pour les mêmes raisons ni, par conséquent, de la même manière. Deux tendances se dessinent, croit Mme Dufour: le timide, l'insatisfait et le galant cesseront de consulter si leur situation sexuelle s'améliore à la maison, tandis que cela n'aura probablement aucun effet sur les autres. À cet égard, cependant, «tous les hommes ont dit croire que les hommes préfèrent le sexe aux femmes», précise l'anthropologue.

Celle qui a passé 20 ans à travailler avec les Inuits a découvert tardivement le monde de la prostitution. Cette incursion du côté des hommes, après plus de trois ans à partager le quotidien de prostituées de Québec, par le biais du Projet intervention prostitution Québec, lui fait espérer qu'un jour l'abîme qui sépare les hommes des femmes se comblera. «La solution à la consommation de la baise, je crois que c'est l'amour», a-t-elle lancé en guise de conclusion, avec un sourire. La suite à l'automne, alors que sera déposée son étude et publié le livre qu'elle entend en tirer.