Muscle car - Gros moteurs et crissements de pneus

En riposte à la Mustang, Dodge lança en 1966 la Charger.
Photo: En riposte à la Mustang, Dodge lança en 1966 la Charger.

Une page d'histoire va se tourner l'automne prochain avec l'arrivée de la dernière génération de la Ford Mustang. À lui seul, cet événement justifie un petit retour en arrière.

Vous souvenez-vous de l'époque où les muscle cars étaient les reines de la route? Des noms comme Pontiac GTO, Plymouth Barracuda, Dodge Charger et Ford Mustang, pour ne nommer qu'eux, évoquent, encore aujourd'hui, de beaux souvenirs pour les passionnés d'automobile. Bienvenue dans le monde des gros blocs moteurs et des pneus qui crissent!

Les spécialistes s'entendent pour affirmer que le premier muscle car fut la Pontiac GTO. Par muscle car, on entend un véhicule de série modifié par le constructeur lui-même, dans le but d'en tirer de meilleures performances à un prix abordable. Lancée en 1964, la GTO a été un véritable coup d'éclat. Le géant américain GM, voulant se départir de son image de compagnie «pépère», embaucha John De Lorean comme chef de la division Pontiac. C'est lui qui mit en branle le programme GTO à la fin des années 1950. On greffa à cet engin un V8 de 389 pouces cubes à carburateur quatre barils qui développait 345 chevaux à 4800 tours/minutes.

Dès son arrivée sur le marché, la GTO a fait parler d'elle, et ce jusqu'en Italie. GM, qui avait «emprunté» les lettres GTO (Gran Turismo Omologato) à Ferrari pour nommer son nouveau modèle, ne respectait pas l'homologation officielle que le fabricant de Maranello accordait aux voitures du championnat Grand Tourisme. Aujourd'hui encore, la controverse demeure.

Par ailleurs, Ford, avec la sortie de la première Mustang, a été l'instigateur d'une nouvelle catégorie de muscle cars, les pony cars. Ces derniers avaient la réputation d'être des véhicules de promenade pour les jeunes sans toutefois être pourvus d'une grande puissance, contrairement aux véritables muscle cars. Le fabricant de Dearborn greffa certains organes mécaniques de son modèle Falcon à la Mustang. Ce fut un succès inespéré pour Ford.

En riposte, Dodge lança en 1966 la Charger. La compagnie-mère, Chrysler, poursuivit avec une multitude de muscle cars (Barracuda, Belvedere, Challenger, Coronet, Dart Swinger, Demon, Fury, GTX, Super Bee, Superbird, Road Runner). American Motors offrait, pour sa part, la Javelin, qui fut produite de 1968 à 1974. En 1970, quatre moteurs étaient au catalogue, dont un V8 de 390 pouces cubes et de 325 chevaux. GM n'était pas en reste avec ses modèles Chevelle SS et Nova livrables avec un gros V8 de 454 pouces cubes développant 450 chevaux.

L'apogée des muscle cars se situe entre 1966 et 1971. La crise du pétrole de 1973 a eu un effet dévastateur sur les ventes, car ces voitures étaient très gourmandes. Plusieurs manufacturiers durent remplacer leurs modèles par des véhicules plus frugaux.

Renaissance

Durant les années 1980, les fabricants, remis de la crise du pétrole, ont commencé à grossir la cylindrée et le format de leurs véhicules, ce qui a favorisé un retour timide des muscle cars. Seulement quatre modèles étaient en lice, soit les Chevrolet Corvette, Ford Mustang et le tandem Chevrolet Camaro - Pontiac Firebird.

Chrysler, au bord du gouffre financier, tenta de vivifier ses ventes à la même époque en reprenant des noms de voitures qui avaient connu leurs moments de gloire quelques années auparavant. Ils apposèrent des noms comme Challenger ou Daytona à des véhicules de petite cylindrée, comme l'avait fait Ford une dizaine d'années plus tôt avec la misérable Mustang II.

Le 4 janvier 1989, Dodge dévoile à Detroit sa version moderne du muscle car: la Dodge Viper. Une initiative de Bob Lutz, grand manitou de Chrysler à l'époque, qui voulait fabriquer un véhicule s'inspirant de la légendaire Cobra, mû par un moteur de camionnette gonflé aux stéroïdes. Chrysler n'investit que 70 millions $ US dans cette aventure, une somme dérisoire pour le développement d'un nouveau modèle. Et pourtant, en 1992, la Viper arrive sur le marché nord-américain. Elle n'est alors offerte qu'en version roadster, propulsée par un V10 de 8,0 litres développant la puissance phénoménale de 400 chevaux et un couple de 450 lbs/pi. Dotée d'une boîte de vitesses à six rapports, la Viper franchit le 0-100 km/h en 5,5 secondes. Mais il y a un hic: son prix (65 000 $ à 70 000 $ en 1992), qui cadre mal avec la philosophie du muscle car des années 1960 (performance à prix abordable).

Il faudra attendre plus de 10 ans, soit jusqu'en 2003, pour voir une deuxième génération de Viper, complètement redessinée par le Québécois Ralph Gilles. Ce nouveau modèle pouvait compter sur une technologie moderne mise à jour par les ingénieurs de Dodge, qui a décidé de laisser tomber la version Coupé pour se concentrer sur la version roadster SRT-10. La Viper nouvelle génération n'a rien perdu de sa vélocité: animée par un V10 de 8,3 litres développant 500 chevaux couplé à une boîte manuelle à six rapports, elle franchit le 0 à 100 km/h en 4,2 secondes. À 125 600 $, cette merveille sur quatre roues restera une sorte d'exclusivité à l'américaine.

Mustang: la seule, la vraie

C'est encore la Mustang qui, en 2004, demeure la plus mythique d'entre toutes. Le dernier véritable muscle car sur le marché continue d'être vendu à un prix relativement abordable (31 000 $ à 49 000 $ pour les versions à moteurs V8), tout en offrant des prestations plus qu'intéressantes. La mouture concoctée par la division Special Vehicule Team (SVT) de Ford dispose en exclusivité d'un V8 suralimenté de 4,6 litres, dont la puissance atteint 390 chevaux. La version GT utilise une version atmosphérique de ce V8 de 4,6 litres (260 chevaux).

Ford a donc réussi là où General Motors a échoué avec ses Firebird et Camaro. La nouvelle Mustang de l'année-modèle 2005 risque de combler les nostalgiques des muscle cars en joignant à sa riche tradition et à son style spectaculaire néo-rétro des éléments mécaniques très modernes.