Apprendre à cohabiter avec les coyotes

Émilie Thuillier, la mairesse d’Ahuntsic-Cartierville, a présenté lundi «le premier plan de gestion de la présence du coyote en milieu urbain à voir le jour au Québec». Quelques incidents impliquant des coyotes ont eu lieu en 2017 et en 2018 dans son arrondissement.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Émilie Thuillier, la mairesse d’Ahuntsic-Cartierville, a présenté lundi «le premier plan de gestion de la présence du coyote en milieu urbain à voir le jour au Québec». Quelques incidents impliquant des coyotes ont eu lieu en 2017 et en 2018 dans son arrondissement.

Des coyotes sont présents à Montréal depuis au moins 1973 et peu importe les stratégies que la ville adoptera, ils continueront d’y vivre. Les Montréalais doivent donc apprendre à cohabiter avec ces animaux sauvages.

Après avoir consulté des scientifiques et s’être inspirée d’autres villes nord-américaines, comme Chicago et Denver, Montréal adopte diverses mesures visant une coexistence sécuritaire avec les coyotes présents sur son territoire.

Le plan montréalais comprend plusieurs mesures : programme d’effarouchement effectué par des brigades spécialisées afin de réinstaller la peur de l’humain chez les coyotes, capture et euthanasie des individus agressifs, ainsi que renforcement des règlements municipaux de gestion des déchets et d’encadrement des animaux domestiques, comme l’obligation de tenir les chiens en laisse.

Ces mesures ont été préférées à la capture et à la relocalisation des coyotes, de même qu’à toute tentative d’extermination, des méthodes qui se sont avérées inefficaces dans d’autres villes.

Il s’agit du « premier plan de gestion de la présence du coyote en milieu urbain à voir le jour au Québec », a souligné Émilie Thuillier, la mairesse d’Ahuntsic-Cartierville, un arrondissement où ont eu lieu quelques incidents impliquant des coyotes durant l'été, en 2017 et en 2018.

Ce plan comprend un volet visant à connaître la répartition et le comportement des coyotes qui vivent sur le territoire de Montréal « afin de mieux guider les interventions ».

Pour ce faire, de nouveaux outils ont été mis sur pied afin de recueillir le plus d’observations possible à ce sujet. Une ligne téléphonique Info-coyotes permet aux citoyens de signaler une observation. Et depuis août 2018, un formulaire de signalements a été mis en ligne (ville. montreal. qc. ca/coyote).

« Les coyotes qui vivent en milieu urbain deviennent de plus en plus familiarisés avec les humains et leurs infrastructures. Cette perte de crainte fait en sorte que les coyotes deviennent de plus en plus actifs le jour — surtout au crépuscule — alors qu’ils étaient plutôt nocturnes quand ils craignaient l’humain », a fait remarquer le biologiste de l’Université du Québec à Rimouski Martin-Hugues St-Laurent, mandaté par Montréal pour étudier le problème.

« Les comportements familiers, voire agressifs des coyotes à l’égard des humains découlent du fait que les animaux associent leur source de nourriture à la présence humaine étant donné qu’ils s’alimentent dans les ordures ménagères », a ajouté Frédéric Bussières, responsable du projet à la Ville de Montréal.

L’analyse de l’estomac de coyotes capturés à Montréal et ayant été euthanasiés a en effet révélé la présence de nourriture d’origine anthropique (morceaux de pommes, de carottes, d’oignon, plastique, papier et fragment de verre).

Information

Le plan de gestion adopté par la Ville comprend aussi un important volet de communication visant à informer le public sur l’écologie et l’éthologie du coyote, et à promouvoir les comportements que l’on devrait adopter quand on rencontre cet animal : ne jamais le nourrir ni afficher un comportement positif, mais plutôt tenter de l’effaroucher en faisant du bruit et en lui lançant des branches ou de petits cailloux.

De plus, les propriétaires de chiens devraient toujours garder leur animal en laisse.

Diverses interventions sur le terrain font également partie du plan de gestion. Dans les arrondissements de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension et d’Ahuntsic-Cartierville, où des coyotes ont été observés plus fréquemment et ont causé des incidents malheureux, on prévoit capturer des coyotes afin de leur poser une étiquette de couleur aux oreilles.

Cette étiquette permettra d’identifier plus facilement les individus problématiques lors du signalement d’incidents, comme des morsures, et de les capturer pour les euthanasier.

Dans les quartiers ciblés, on dépêchera des équipes spécialisées qui parcourront le secteur, à raison de quatre heures par jour durant sept jours d’affilée, en faisant du bruit afin d’apeurer les coyotes, qui seront pourchassés et dirigés vers un lieu sécuritaire.

On renforcera l’application de certains règlements municipaux, particulièrement celui sur la gestion des ordures. Ces dernières ne devraient pas être facilement accessibles et n’être sorties que durant les plages horaires permises.

Selon Mme Thuillier, le bac brun prévu pour les résidus organiques est très imperméable et bien scellé et devrait résister aux assauts des coyotes.

« La présence de coyotes dans nos villes est une situation qui est là pour rester. Le coyote est en expansion depuis 150 ans à partir du centre des États-Unis. Il étend son territoire vers le nord-est. Il est de plus en plus efficace pour coloniser de nouveaux milieux. Il faut s’habituer à vivre avec lui », a affirmé M. St-Laurent.

« Les coyotes font partie de la biodiversité et ils contribuent à gérer les populations de rongeurs. Ils font partie de l’écosystème de Montréal et sont le signe que Montréal comprend beaucoup d’espaces verts. Il faut accepter leur présence et apprendre à vivre avec eux », a conclu Mme Thuillier.