Saint-Michel face à un «problème systémique» de profilage racial

Les chercheurs recommandent la création d’un office de surveillance indépendant de la police pour Saint-Michel.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les chercheurs recommandent la création d’un office de surveillance indépendant de la police pour Saint-Michel.

Affirmant que le profilage racial est un « problème systémique » dans le quartier Saint-Michel de Montréal, un groupe de recherche demande la mise sur pied d’un « office de surveillance indépendant de la police » et l’annulation du programme de lutte contre les gangs de rue, qui, selon eux, « cible de manière disproportionnée les jeunes issus de minorités raciales ». Devant les critiques, le commandant du poste de quartier de Saint-Michel au SPVM se dit « surpris », affirmant ne pas avoir été mis au fait de situations de profilage dans le secteur depuis son arrivée il y a trois ans.

Pendant près de trois ans, un groupe de recherche-action, composé de trois chercheurs universitaires et de cinq jeunes de Saint-Michel, regroupés sous le nom #MtlSansProfilage, a conduit et analysé des entrevues dirigées avec 48 jeunes du quartier, âgés de 15 à 28 ans, pour « comprendre le problème tel que vécu par les jeunes et les conséquences que le profilage racial a sur leur vécu ».

Leur rapport, rendu public mardi, indique que « le profilage racial affecte la majorité des jeunes des minorités raciales dans Saint-Michel ». Ces derniers racontent avoir fait l’objet de surveillance intrusive dans les parcs et les écoles, d’interpellations non motivées — certaines pouvant être musclées — et de contrôles d’identité répétitifs. On parle également d’un « excès de zèle » des policiers, qui vont remettre des contraventions ou même procéder à des arrestations pour des infractions mineures, comme cracher par terre ou flâner.

« Parfois, des voitures de police ralentissent et nous regardent. Elles font un tour puis reviennent trois ou quatre fois de suite. Comment veux-tu ne pas te sentir épié ? » demande un jeune cité anonymement dans le rapport. Un autre raconte comment les policiers ont arrêté sa soeur après lui avoir ordonné de circuler alors qu’elle était assise sur les marches de son immeuble.

Les chercheurs rapportent également des propos racistes, tels que « singe » ou « esti d’nèg », et de la violence physique, comme l’utilisation de la matraque ou du pistolet à impulsion électrique (Taser).

« Le profilage provoque chez les jeunes des traumatismes, du stress, de la peur et un sentiment d’insécurité. Il érode également leur identité et leur sens de la citoyenneté et les amène à se méfier de la police », résument les auteurs du rapport.

Surprise au SPVM

Le commandant Marc Lauzon, du poste de quartier 30 dans Saint-Michel, s’est dit « excessivement surpris » par les conclusions du rapport de recherche de #MtlSansProfilage. En poste depuis trois ans dans le secteur, il affirme que « le poste de quartier est reconnu pour sa concertation communautaire » et mise sur les bonnes relations avec les citoyens.

« Je suis très surpris parce qu’on a un comité local de profilage racial et social, qui est composé de plusieurs organismes communautaires — dont Forum jeunesse qui représente plusieurs jeunes du quartier Saint-Michel —, et depuis que je siège au comité, ça ne m’a jamais été rapporté, des choses comme ça. »

Questionné sur les propos racistes, le commandant Lauzon a répondu : « Si ce sont des choses qui ont été faites, c’est inacceptable que des policiers parlent comme ça à des citoyens, ce n’est pas la manière dont on travaille dans le quartier. J’invite ces personnes-là à porter plainte. »

Il ajoute qu’un atelier a été offert l’an dernier pour informer les gens du quartier des procédures à suivre pour porter plainte en déontologie et les rassurer sur l’indépendance du processus. « On nous avait dit que les jeunes ont peur, qu’ils ne savent pas comment porter plainte, alors on avait été proactifs en faisant une séance d’information. »

Les chercheurs recommandent notamment la création d’un office de surveillance indépendant de la police pour Saint-Michel et le retrait du programme de lutte contre les gangs de rue, « qui canalise l’attention et les ressources policières vers la surveillance et l’interception de la population de jeunes ». Sur ce dernier point, le commandant Lauzon affirme que la priorité est désormais axée sur les crimes de violence plutôt que sur les gangs de rue. Mais pour le reste, il faudra attendre le nouveau plan stratégique contre le profilage racial du SPVM, qui sera déposé à la Ville de Montréal le 11 décembre prochain.