Monsanto abandonne le blé GM

Le blé génétiquement modifié de la compagnie Monsanto ne poussera pas de sitôt dans les champs canadiens. La multinationale a annoncé hier qu'elle mettait en veilleuse le développement de ce nouveau produit largement craint par les cultivateurs et les environnementalistes.

«Nous reconnaissons que les occasions d'affaires avec le blé Round Up Ready sont moins intéressantes comparées aux autres priorités de Monsanto», a déclaré Carl Casale, vice-président de l'entreprise, par voie de communiqué tout en précisant que les travaux visant à mettre en marché ce blé étaient «suspendus».

Le maïs, le coton ainsi que le canola, eux, restent toujours dans la course aux organismes génétiquement modifiés (OGM) puisque Monsanto a décidé, à défaut de commercialiser du blé GM, d'accélérer le développement de nouvelles semences pour ces plantes, a précisé le géant agrochimique.

«C'est une victoire incroyable, s'est réjoui hier Éric Darier de Greenpeace dont l'organisme, de concert avec des regroupements de cultivateurs de l'Ouest, s'oppose vivement à l'arrivée de ce blé dans les champs et boulangeries du pays. Et c'est d'autant plus surprenant venant de Monsanto, qui d'ordinaire fonce tête baissée dans le développement des OGM sans se soucier de l'opinion des consommateurs.»

«Nous avons remporté une bataille, mais pas encore la guerre», a commenté pour sa part Nadège Adam, porte-parole du Conseil des Canadiens, un regroupement consumériste qui trouve les fruits de la biotechnologie plutôt indigestes. Mais aujourd'hui, nous avons une bonne occasion de nous réjouir.»

Depuis plusieurs mois, le blé GM, en attente d'une homologation au Canada, fait l'unanimité contre lui avec en trame de fond la peur de voir le blé canadien banni de plusieurs marchés d'exportation. La Commission canadienne du blé, l'agence fédérale chargée de la vente de cette matière première, s'est d'ailleurs prononcée contre toute modification par Monsanto dans la génétique de cette graminée rentable pour le Canada.

Même s'il décide aujourd'hui de faire une pause, Monsanto a toujours des visées sur ce lucratif marché. «Nous allons continuer à surveiller l'industrie du blé, a souligné M. Casale, pour connaître ses souhaits concernant les améliorations à apporter aux semences de façon à établir si et quand il pourrait être pratique de lancer un produit du blé génétiquement modifié.»

Denis Couture, président de la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec, s'en réjouit d'ailleurs. «Le retrait du blé GM n'est pas une bonne nouvelle pour les producteurs, dit-il, car nous aimerions bien avoir un jour des variétés plus résistantes et plus productives. Le hic, c'est que les pressions faites sur les compagnies par les consommateurs risquent de mettre en péril, à moyen terme, la recherche dans ce domaine. Et, sans recherche, l'amélioration des semences est compromise.»