OGM: les Canadiens sont favorables à l'étiquetage obligatoire

Les militants de Greenpeace manifestent périodiquement en faveur de l’étiquetage obligatoire des produits contenant des OGM.
Photo: Jacques Nadeau Les militants de Greenpeace manifestent périodiquement en faveur de l’étiquetage obligatoire des produits contenant des OGM.

Pour savoir s'ils en mangent ou pour les éviter, près de 9 Québécois sur 10 sont en faveur de l'étiquetage obligatoire des organismes génétiquement modifiés (OGM) présents dans l'alimentation. Une adhésion massive qualifiée hier par une coalition d'organismes consuméristes et environnementaux de «désaveux de la politique canadienne» en matière d'OGM, moins d'un mois après l'adoption des normes volontaires d'étiquetage par l'administration de Paul Martin.

Un nouveau sondage en main, Option Consommateurs, l'Union des consommateurs et Greenpeace estiment par ailleurs que le message envoyé par les consommateurs est désormais clair: «les OGM doivent devenir l'un des enjeux de la prochaine élection fédérale», ont-il martelé.

Dans les grandes lignes, le sondage commandé par la coalition à Léger Marketing révèle en effet que, des 1500 canadiens interrogés, 83 % d'entre eux aimeraient voir pousser sur les produits d'épicerie des étiquettes les informant de la présence ou non d'OGM. Une politique fédérale d'étiquetage obligatoire, plutôt que volontaire, qu'accueillent favorablement, avec une marge d'erreur de 2,6 % 19 fois sur 20, 91 % des Québécois soumis à la question entre le 20 et 24 avril dernier.

«Cela montre que la population n'est pas dupe et qu'elle comprend que la nouvelle norme [sur l'étiquetage] est bidon», a commenté Charles Tanguay, porte-parole de l'Union des consommateurs.

Rappelons que, le 15 avril dernier, Ottawa a adopté une norme volontaire d'étiquetage des aliments contenants des OGM. Cette norme tolère, entre autres, la présence de 5 % d'OGM dans un produit sans qu'il n'en soit fait mention sur l'étiquette. Une tolérance cinq fois supérieure à celle en vigueur en Europe, par exemple, que dénoncent en choeur les opposants aux transgènes... et qui pourrait bien à l'avenir mettre un peu de pression sur le gouvernement provincial, à en croire les résultats de ce sondage.

À preuve. Si Ottawa ne change pas son fusil d'épaule, le gouvernement Charest devrait faire cavalier seul en imposant sa propre réglementation sur l'étiquetage obligatoire, pensent 87 % des 1003 personnes sondées par Léger Marketing. Cette politique distincte, une promesse largement exploitée par le Parti libéral du Québec lors de la dernière campagne électorale, séduit d'ailleurs — avec une marge d'erreur de 3,4 %, 19 fois sur 20 — davantage les femmes (62 %), les ménages avec un revenu annuel de 60 000 à 80 000$ (67 %) et les diplômés universitaires (63 %), indique le sondage.

«C'est un signe que les gens sont de plus en plus conscientisés quant à la qualité des aliments qu'ils mettent dans leur assiette», a commenté hier la porte-parole du cabinet de la ministre de l'Agriculture, Françoise Gauthier, Paule Dallaire qui, à mots voilés reconnaît au passage que la promesse libérale se trouve actuellement en veilleuse. «Je ne suis pas prête à dire que la promesse a été faite trop vite, dit-elle. Mais nous avons découvert un problème d'arrimage avec les normes d'étiquetage pancanadiennes. Et puis, nous attendons le rapport de la commission parlementaire sur la sécurité alimentaire dont les conclusions devraient nous donner un bon profil, un bon portrait.»

L'étiquetage obligatoire, adopté dans plusieurs pays à ce jour, semble être au coeur des préoccupations des consommateurs d'ici et d'ailleurs. «Une quinzaine de sondages similaires ont été faits aux États-Unis, a commenté Michael Hansen, de l'organisme américain Consumers Union, présent à la conférence de presse. Et, chaque fois, de 80 à 90 % des personnes interrogées se prononcent pour l'étiquetage obligatoire des OGM.»

Et elles semblent collectivement faire fausse route, croit le scientifique Ariel Fenster de l'Organisation pour la science et la société de l'Université McGill. «L'opposition actuelle repose sur l'émotion plutôt que des données scientifiques, dit-il. Les groupes de pression ont décidé de faire peur aux consommateurs, même si scientifiquement cela ne s'argumente guère. Et c'est dommage, car, en s'acharnant sur les OGM, on perd de vue d'autres combats, sans doute plus importants et plus justifiés pour la santé, comme par exemple l'usage des antibiotiques dans les élevages!»