Mauvaises conditions de détention des femmes à la prison Leclerc

<p>Les pensionnaires déplorent des conditions de détention non conformes aux normes communément admises.</p>
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

Les pensionnaires déplorent des conditions de détention non conformes aux normes communément admises.

La prolifération de souris et de punaises de lit à la prison Leclerc contribue à rendre impossible la vie des prisonnières de cette institution depuis plusieurs semaines. La situation est vivement dénoncée par des groupes de femmes, des avocats et des détenues, sans que la situation change pour autant.

Les pensionnaires déplorent des conditions de détention non conformes aux normes communément admises. Eau brunâtre, système de chauffage déficient, espaces de vie souillés, problèmes d’accès pour les visiteurs et fouilles à nu faites devant d’autres détenues sont au nombre des conditions de détention dénoncées.

Selon l’avocate Mélanie Martel, les fouilles pratiquées à la prison Leclerc sont « inappropriées ». Certaines de ses clientes expliquent que « les filles se voient les unes autres, même si, selon le règlement, le respect et la dignité doivent être protégés ».

Mme Hémond, une détenue de fin de semaine qui ne veut pas faire connaître son nom complet, témoigne au Devoir : « Je suis traumatisée. Depuis trois semaines, il y a des souris partout. On en voit monter les escaliers, à côté des screws [gardiens]. La nuit, il y en a en dessous de nos lits, près du bol de toilette. Je ne dors pas. Et j’ai peur d’aller là. Le Leclerc, ils l’ont peinturé pour que ça ait l’air propre, mais c’est sale. C’est infesté. Personne nettoie, là-dedans. Ça sent les égouts. »

L’eau aurait été un temps jugée à risque, selon plusieurs témoins. « L’eau est devenue noire. Ils nous ont dit de ne pas la boire », confirme Mme Hémond. « On a eu des pichets. Puis là, on a recommencé à la boire. Mais elle est brune. On nous dit de la laisser couler. »

Les fouilles à nu sont plus que jamais intrusives. « Ils nous ouvrent les fesses dix-huit fois pour être sûrs qu’il y a rien là parce que, depuis six mois, des filles ont fait entrer de la drogue. Moi, c’est ma deuxième sentence de 90 jours. J’en peux plus. Je veux pas que d’autres filles vivent ça. L’autre jour, il y a une fille qui venait d’arriver qui pleurait et qui pleurait… Il a fallu la consoler. »

La protectrice du citoyen a été mise au fait de la situation par La ligue des droits et liberté, confirme Eve-Marie Lacasse, coordonnatrice de l’organisme. Une coalition d’organismes, réunis sous le nom de Coalition d’action et de surveillance sur l’incarcération des femmes au Québec (CASIFQ), a jugé bon d’en appeler à l’ONU. Selon Lucie Lemonde, professeure de droit carcéral, la situation au Leclerc semble s’être dégradée ces derniers mois.

Le ministère de la Sécurité publique affirme au Devoir que le centre de détention Leclerc de Laval a été informé « de la présence possible de souris » seulement le 1er décembre 2018. Des démarches ont été entreprises, selon le ministère, « pour demander l’intervention rapide d’un exterminateur ». Quant aux fouilles à nu, le ministère affirme qu’elles « sont effectuées selon les normes en vigueur ».