Sotheby’s vend à l’encan des objets de la conquête spatiale

La combinaison Gemini avec le casque, les gants faits pour Pete Conrad et les bottes faites pour Frank Borman. Il s’agirait de la seule combinaison complète utilisée par un astronaute sur le marché.
Photo: Sotheby’s La combinaison Gemini avec le casque, les gants faits pour Pete Conrad et les bottes faites pour Frank Borman. Il s’agirait de la seule combinaison complète utilisée par un astronaute sur le marché.

En russe, Lune s'écrit Luna. C’est le nom tout simple sous lequel les Soviétiques ont regroupé toutes leurs missions spatiales lancées vers la Lune entre 1959 et 1976.

Il y en a eu 45 en tout, dont le tiers a atteint son objectif, avec des premières à profusion. Luna 9 a posé un premier engin sur la Lune et Luna 16 a été le premier robot à ramener des échantillons sur Terre, en septembre 1970.

Trois de ces éclats forment le clou de la vente aux enchères exceptionnelle de jeudi matin à New York. La maison Sotheby’s les présente comme les seuls échantillons lunaires d’une collection privée sur le marché mondial.

Le trio placé sous verre, dans une boîte de métal, forme le lot 63. Il s’agit d’un cadeau de l’État à la veuve de l’ingénieur Sergueï Pavlovitch Korolev, directeur des missions spatiales soviétiques, décédé en 1966. Le trésor a été vendu aux enchères une première fois en 1993 par Sotheby’s. Il y revient, évalué entre 900 000 $ et 1,3 million.

« On a déjà organisé des ventes d’objets de l’espace, mais cette fois on vend de petites pierres de lune, et ça, c’est vraiment unique au monde », dit en français Cassandra Hatton, vice-présidente de Sotheby’s, jointe par Le Devoir à New York. « Aux États-Unis comme en Russie, il est interdit aux institutions qui possèdent des échantillons lunaires de les vendre ou de les donner à des individus. »

Les missions habitées Apollo ont rapporté 382 kg de la Lune. Les trois missions robotisées Luna ont rajouté 326 g.

Une combinaison avec ça ?

La vente Space Exploration comprend 292 lots au total. Les premiers numéros proposent des oeuvres de peintres et illustrateurs qui ont influencé l’imaginaire de l’exploration spatiale, dont Chesley Bonestell, Andrei Sokolov et Alan Bean, lui-même astronaute, décédé en mai dernier. Suivent différentes images de la Lune, des maquettes de fusées, des livres, des portraits autographiés, des lettres officielles, etc.

On croise par exemple un carnet de notes de 1960 du savant Wernher von Braun, créateur des fusées nazies devenu un des directeurs du programme spatial américain. Une de ses lettres de 1966 décline l’offre des studios MGM de participer « personnellement » au film 2001 : A Space Odyssey.

Le lot 112 propose une combinaison des missions Gemini du milieu des années 1960. Là encore, il s’agirait de la seule combinaison complète utilisée par un astronaute sur le marché. Elle pourrait rapporter jusqu’à 200 000 $.

Le directeur du Planétarium de Montréal, lui, souligne l’intérêt de la photographie de l’éclipse solaire de mai 1929 par Arthur Eddington montrant la déviation de la lumière par la force gravitationnelle.

« Il y a des éléments surprenants dans cette vente, mais peu qui sont allés dans l’espace ou qui en proviennent », commente Olivier Hernandez en expliquant que son établissement a cherché sans succès à obtenir le prêt temporaire d’un fragment lunaire pour célébrer le cinquantenaire du succès d’Apollo 11. « Les photos de l’éclipse sont intéressantes parce qu’elles ont permis de valider la théorie de la relativité. »

On a déjà organisé des ventes d’objets de l’espace, mais cette fois on vend de petites pierres de lune, et ça, c’est vraiment unique au monde

Un intérêt renouvelé

First Man, biographie filmée de Neil Armstrong par Damien Chazelle, toujours en salle, a stimulé l’intérêt pour la mission historique qui a permis de fouler le sol lunaire. Les souvenirs personnels du Christophe Colomb du XXe siècle vendus aux enchères à Houston au début du mois ont rapporté plus de 6 millions à ses deux fils.

« C’était une vente un peu différente, dit Cassandra Hatton. Dans ce cas, les collectionneurs étaient attirés par des objets ayant appartenu à Neil Armstrong, un héros, le premier homme sur la Lune. Ce n’était pas tout à fait parce qu’ils s’intéressaient à l’exploration spatiale. Il y a des collectionneurs pour cette catégorie. D’autres ne veulent que des maquettes, ou des combinaisons. On voit de tout. »

Elle ajoute que l’intérêt pour les objets de l’exploration de l’espace gonfle depuis cinq ou six ans, et qu’il augmente chaque année. La vente Space Exploration de juillet 2017 chez Sotheby’s a rapporté tout près de 5 millions.

« Je pense que c’est une affaire de souvenirs personnels, dit la vice-présidente de Sotheby’s. J’ai des clients qui étaient jeunes en 1969 et qui se souviennent du premier homme sur la Lune. J’ai des clients de mon âge, j’ai quarante ans, qui étaient jeunes quand les navettes spatiales volaient. J’ai d’autres clients qui se passionnent pour les missions vers Mars. »

Les acheteurs se manifestent de partout. Des États-Unis, bien sûr, mais aussi du Canada et en fait du monde entier. Ce matin, les appels des enchérisseurs arriveront de toute la planète. « On regarde tous le ciel et les étoiles nous intriguent tous », résume Cassandra Hatton.