Bataille autour des circulaires à Montréal

Charles Montpetit consacre sa retraite à interpeller les pouvoirs publics pour qu’ils revoient l’encadrement de la distribution des circulaires.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Charles Montpetit consacre sa retraite à interpeller les pouvoirs publics pour qu’ils revoient l’encadrement de la distribution des circulaires.

Un Montréalais qui mène une bataille contre la distribution de circulaires a reçu une mise en demeure pour avoir publié une caricature montrant un camion de poubelles déversant des publisacs directement dans la mer.

Charles Montpetit consacre sa retraite à interpeller les pouvoirs publics pour qu’ils revoient l’encadrement de la distribution des circulaires. Il entend dans les prochains mois recueillir les 15 000 signatures nécessaires pour obliger la Ville de Montréal à tenir une consultation publique sur le sujet.

La semaine dernière, sur la page Facebook « Antipublisac » qu’il a lancée, l’homme a expliqué sa démarche en diffusant une caricature qui visait TC Transcontinental.

« Pour enjoliver mes propos, j’ai mis une illustration qui faisait un parallèle avec les déversements de plastique qui polluent les océans et qui sont dénoncés par les scientifiques », explique M. Montpetit.

Sitôt l’image publiée, l’entreprise a exigé qu’elle soit retirée. « La mise en demeure n’a pas été envoyée pour qu’il cesse ses actions », assure Katherine Chartrand, directrice principale des communications chez TC Transcontinental.

« Elle visait à ce que M. Montpetit corrige une illustration qui utilisait une de nos marques de commerce et qui colportait une fausseté, puisqu’elle rapportait que « chaque minute [Publisac] déversait un camion de plastique dans la mer », ce qui est faux », fait valoir Mme Chartrand. « On voulait qu’il rectifie les faits. »

M. Montpetit, qui voit dans la démarche de TC Transcontinental une tentative de musellement, a depuis enlevé la mention « Publisac » pour la remplacer par le mot « circulaires ». « J’ai modifié [l’image] sous toute réserve. Ce n’est pas un aveu de culpabilité, ce n’est pas pour apaiser l’entreprise, c’est plutôt pour ne pas que le débat dérive », dit-il.

« Nos centres de recyclage sont débordés, le Québec est plongé dans une crise du recyclage, il me semble que c’est le bon moment pour réfléchir à l’avenir des circulaires », plaide-t-il.

Réduire plutôt que recycler

À Montréal, ce sont quelque 900 000 sacs de circulaires qui sont distribués chaque semaine.

Selon M. Montpetit, le règlement qui encadre la distribution d’articles publicitaires est désuet et devrait être revu pour tenir compte des préoccupations environnementales. D’autant plus que la Ville de Montréal a banni les sacs en plastique des commerces cette année et que l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie s’est engagé dans une démarche zéro déchet. « C’est évident que tout ce qu’on peut réduire du bac de recyclage fera une différence », soutient Colleen Thorpe, directrice des programmes éducatifs chez Équiterre.

Dans les dernières années, la sensibilisation au principe 3R-V (réduire, réemployer, recycler et valoriser) s’est trop concentrée sur la récupération, souligne-t-elle.

« Les entreprises ont accepté le recyclage, parce que sans doute l’autre option, la réduction, était moins souhaitable pour elles », note Mme Thorpe.

M. Montpetit aimerait que la Ville de Montréal amende son règlement et limite la livraison de circulaires aux gens qui l’autorisent. Il veut également qu’elle interdise l’utilisation des sacs de plastique dans ce contexte.

« Montréal pourrait s’inspirer de la loi fédérale antipourriel qui encadre les publicités électroniques. Plutôt que de distribuer des circulaires à tout le monde sauf à ceux qui n’en veulent pas, on pourrait autoriser la distribution uniquement chez ceux qui veulent les recevoir », dit-il.

TC Transcontinental estime qu’actuellement, c’est une minorité de foyers québécois qui ne veulent pas recevoir de Publisac.

« Il y a plus de gens qui veulent recevoir le Publisac, que de gens qui n’en veulent pas. Les Québécois comptent sur des circulaires avec des aubaines qui permettent à leur ménage d’économiser », soutient Mme Chartrand, qui cite un sondage CROP, commandé par l’entreprise, révélant que 87 % des Québécois consultent leur Publisac chaque semaine.

Mme Chartrand estime que la réglementation actuelle respecte déjà le libre choix du consommateur. « Les gens qui ne veulent pas [recevoir de circulaires] peuvent se procurer un autocollant pour l’apposer sur la boîte aux lettres », dit-elle.

Pourtant, dit M. Montpetit, en 24 jours, il a recensé 5025 entorses au règlement municipal, tel qu’un sac déposé dans une boîte aux lettres où l’opposition aux circulaires était affichée ou encore un sac déposé sur un balcon plutôt qu’accroché. Il a d’ailleurs signalé les infractions à la mairie de son arrondissement à plusieurs reprises. Le maire de Rosemont a expliqué, lors du conseil municipal d’octobre dernier, que malgré le règlement, l’intervention de la Ville demeure limitée étant donné son nombre d’inspecteurs. L’arrondissement mise plutôt sur une sensibilisation auprès de l’entreprise. Insatisfait de la réponse, M. Montpetit a entrepris d’élargir son initiative et d’interpeller la ville-centre.

La Ville de Montréal dit préparer actuellement le futur Plan directeur de gestion des matières résiduelles de l’agglomération de Montréal (PDGMR).

« Une consultation publique de la Commission sur l’eau, l’environnement, le développement durable et les grands parcs est d’ailleurs prévue à cet effet en 2019. Ce sera l’occasion pour les partenaires du milieu et les citoyens d’y aborder la question des circulaires », indique Mélanie Gagné, relationniste à la Ville de Montréal.

M. Montpetit entend mener sa démarche jusqu’au bout. « Je veux qu’ils réalisent que ce n’est pas une initiative qui est la lubie d’un citoyen. C’est une préoccupation partagée par plusieurs Montréalais », souligne M. Montpetit.