Du cannabis à 21 ans, malgré l’avis des scientifiques

Au lendemain des élections, le gouvernement de François Legault s’est engagé à réécrire la loi encadrant la légalisation du cannabis du Québec d’ici la fin de l’année.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Au lendemain des élections, le gouvernement de François Legault s’est engagé à réécrire la loi encadrant la légalisation du cannabis du Québec d’ici la fin de l’année.

À quelques jours de la rentrée parlementaire, le gouvernement de François Legault se prépare à aller à l’encontre des avis de ses propres scientifiques, qu’il vient pourtant de consulter, en haussant à 21 ans l’âge légal pour la consommation du cannabis au Québec, a appris Le Devoir. Ces avis, établis dans les dernières années, réitéraient pourtant en choeur l’importance d’harmoniser cet âge légal sur celui de la consommation d’alcool, soit 18 ans, autant par cohérence sociale, que pour couper l’herbe sous le pied du crime organisé.

Selon nos informations, au début du mois d’octobre, le nouveau gouvernement caquiste a réclamé des « informations additionnelles » aux fonctionnaires du ministère de la Santé, mais aussi à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) dans l’espoir d’y trouver matière à justification d’une hausse de trois ans de l’âge pour consommer légalement du cannabis au Québec. Or, les deux organismes ont fait remonter au cabinet les textes de recommandations déjà établies par le passé et qui ont guidé l’écriture de l’actuelle loi provinciale. Cette loi a fait passer cette substance dans la légalité, le 17 octobre dernier, pour les adultes de 18 ans et plus.

« Il aurait été étonnant que les fonctionnaires soumettent des recommandations différentes de celles qu’ils ont faites il y a six mois à peine », résume une source proche du dossier.

En 2017, le Forum d’experts sur l’encadrement du cannabis au Québec, piloté par le ministère de la Santé, a jugé « important », pour « déstigmatiser » l’usage du cannabis, d’offrir un accès légal à 18 ans, « en concordance au Québec avec l’âge légal pour l’alcool et le tabac. Cet âge correspond à celui où la société reconnaît la personne comme adulte apte à prendre des décisions éclairées », peut-on lire dans les actes de cette rencontre de spécialistes en santé et en toxicomanie venus conseiller le gouvernement sur la marche à suivre en matière de légalisation. « Le nouveau marché légal devrait donc donner accès aux jeunes de 18 ans et plus, même en sachant que le cerveau continue à se développer après leur majorité », ont-ils expliqué.

Phase de développement

L’argument du « cerveau en développement » est mis en avant par l’Association des médecins psychiatres du Québec, mais aussi par la Fédération des médecins spécialistes et plusieurs autres autres corps médicaux pour réclamer un âge légal à 21 ans, et ce, afin de réduire les risques de crises psychotiques que le cannabis peut induire chez les jeunes consommateurs et contenir un éventuel problème de santé publique, selon eux.

L’INSPQ établit également que la bienfaisance en matière de légalisation commanderait un âge légal au-delà de 21 ans, soit « l’âge où le cerveau ne se trouve plus en phase de croissance », indique l’organisme, qui préfère toutefois rester pragmatique en estimant que cette hausse de l’âge ne va toutefois pas retarder l’âge d’entrée d’une personne sur le marché de la consommation du cannabis. « S’il est possible pour les jeunes de se procurer du cannabis illégalement en ce moment, il leur sera vraisemblablement toujours possible de le faire si l’âge légal auquel ils le peuvent est trop élevé », expose l’INSPQ dans son analyse, publiée en 2017, des enjeux éthiques découlant de la légalisation du cannabis. « Ainsi, l’une des justifications principales de la légalisation — la réduction de l’emprise du marché noir dans ce domaine — perdra de sa force. »

Rappelons qu’en 2016, 15,6 % des jeunes du secondaire disaient consommer du cannabis. La proportion de Québécois âgés de 15 à 17 ans qui ont consommé du cannabis au moins une fois dans la dernière année est de 31 % et celle des 18 à 24 ans, de 41,7 %, contre 14 % pour la moyenne nationale.

Au lendemain des élections, le gouvernement de François Legault s’est engagé à réécrire la loi encadrant la légalisation du cannabis du Québec d’ici la fin de l’année. Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, pilote cette réforme qui vise à augmenter l’âge légal à 21 ans, mais aussi à étendre les lieux publics où la consommation de cette substance serait interdite. Actuellement, l’âge légal varie de 18 à 19 ans sur l’ensemble du territoire pour le cannabis. En le plaçant à 21 ans, le Québec deviendrait la province la plus restrictive en la matière.

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