Rapport d'enquête - Pour des Jeux «éthiques»

«Citius, Altius, Fortius», dit la devise olympique. Pour eux, c'est sans cesse plus vite, plus fort et plus longtemps. Ce n'est toutefois pas eux qui seront les vedettes des prochains Jeux d'été à Athènes, mais les multinationales qui les exploitent.

Des organismes de défense des droits et des syndicats internationaux profiteront tout de même de l'événement pour dénoncer la logique économique folle dont sont victimes la plupart des travailleurs du vêtement de sport et l'hypocrisie des codes de conduite que se sont donnés les grands fabricants pour y remédier.

«Si l'exploitation des travailleurs était une discipline olympique, les géants du commerce d'articles de sport ne manqueraient pas d'être bien représentés parmi les médaillés, peut-on lire dans un rapport d'enquête de 76 pages cité à l'appui de la campagne «Éthique aux Olympiques». Alors que l'industrie se targue des codes de conduite qu'elle s'est donnés en la matière, ses pratiques d'affaires exercent sur le marché des pressions telles qu'elles mènent nécessairement à une exploitation des travailleurs.»

Il faut du toupet, disent en effet ses auteurs, à des géants comme Nike, Adidas, Reebok, Fila, Puma, ASICS ou Mizuno, tout autant qu'à leurs clients Footlocker, Decathlon et autre Wal-Mart, pour ne pas reconnaître l'impact désastreux qu'ont leurs demandes répétées à leurs sous-traitants des pays en voie de développement pour des produits sans cesse moins chers, livrés plus vite, en fonction de commandes changeantes.

Conditions de travail

L'enquête réalisée auprès de travailleurs (et de leurs patrons) bulgares, cambodgiens, chinois, indonésiens, thaïlandais et turcs montre en effet la «faiblesse abyssale des salaires», les heures de travail «excessivement longues», les règles de travail scandaleuses et les nombreux abus physiques et verbaux dont est victime cette main-d'oeuvre principalement féminine et immigrante travaillant dans une industrie dont le marché mondial s'élève à 58 milliards par année.

Il n'est pas rare en effet que l'on doive y travailler 16 ou 18 heures par jour, sept jours sur sept en période de forte demande. Le refus de faire des heures supplémentaires est passible de congédiement. Généralement payés à la pièce en fonction d'objectifs irréalistes, les travailleurs profitent de ces occasions pour porter leurs revenus à une cinquantaine de dollars par mois afin compenser les 12 $ qu'ils gagnent en périodes creuses. Plusieurs ont le statut d'employés temporaires ce qui les rend plus dociles et les garde loin des syndicats. «Souvent, ceux qui ont des enfants ne les voient jamais», a confié une travailleuse indonésienne aux enquêteurs engagés par OXFAM, le regroupement syndical Global Unions et la campagne internationale «Vêtements propres».

Codes d'éthique inefficaces

Déjà montrées du doigt par le passé et très soucieuses de leur image de marque, plusieurs grandes compagnies ont adopté des codes d'éthique visant à prévenir ce genre de situation. Ces promesses se sont toutefois avérées jusqu'à présent largement inefficaces, soit parce qu'elles ne s'accompagnent d'aucune réelle mesure de contrôle, soit parce que les sous-traitants n'ont aucun mal à tenir de faux rapports d'activité et à obliger leurs employés à mentir aux rares inspecteurs qui se présentent chez eux.

«Lorsque des employeurs se montrent disposés à améliorer leurs conditions de travail, remarque-t-on, ils comprennent rapidement que, dans la mesure où qu'ils évitent les pires abus — comme d'embaucher des enfants ou de recourir au travail forcé —, leur priorité doit être de répondre aux exigences de rapidité, de coût et de qualité de leurs clients.» Ils voient bien, en effet, que quelle que soit la qualité de l'environnement de travail qu'ils offrent à leurs employés, leurs clients les abandonneront dès qu'un concurrent offrira «une différence de prix de 5 ou 10 cents l'unité». «Le respect des principes devrait aller dans les deux sens», déclare un sous-traitant de la compagnie Nike au Sri Lanka.

Ce genre de pratique n'est pas l'apanage des grandes entreprises privées, remarque-t-on. On a beaucoup parlé du code de conduite que s'est donné la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) à la suite de la nouvelle que ses ballons étaient fabriqués par des enfants pakistanais. On attend cependant toujours son application.

Le Comité olympique international quant à lui a promis de se prononcer sur la question dans les prochains jours. On sait toutefois qu'en octobre dernier les employées d'une manufacture chinoise, dont certaines étaient enceintes, travaillaient 17 heures par jours, six jours sur sept, pour un salaire inférieur à 38 $ par mois afin de livrer à temps des uniformes arborant les cinq couronnes entrelacées.

D'autres n'ont pas attendu pour donner leur appui à la campagne «Éthique aux Olympiques». Ce fut le cas du Parlement européen, il y a deux semaines. Ce fut le cas aussi des comités olympiques nationaux d'Autriche, de Belgique et des Pays-Bas, tout comme de champions sportifs comme l'ancien coureur cycliste espagnol Miguel Indurain, ou la fondeuse canadienne Beckie Scott.

Des compagnies comme Nike, Reebok, Puma et Adidas se sont engagées à faire un effort supplémentaire en appelant à une meilleure coopération au sein de l'industrie, ainsi qu'avec les différents acteurs sociaux et gouvernementaux.