Les conservateurs ontariens souhaitent évacuer l’identité de genre des écoles

Réunis à Toronto pour leur congrès annuel en fin de semaine, les membres du parti du premier ministre ontarien, Doug Ford, ont adopté une résolution visant à définir l’identité de genre comme une «théorie libérale non scientifique et controversée».
Photo: Mark Bugnaski The Kalamazoo Gazette / AP Réunis à Toronto pour leur congrès annuel en fin de semaine, les membres du parti du premier ministre ontarien, Doug Ford, ont adopté une résolution visant à définir l’identité de genre comme une «théorie libérale non scientifique et controversée».

L’identité de genre, « une théorie libérale non scientifique » ? La résolution adoptée en ce sens par le parti progressiste-conservateur de l’Ontario samedi soulève l’inquiétude et l’exaspération des experts et de la communauté LGBTQ au Québec.

« L’identité des genres n’est pas une théorie, c’est une réalité. Les personnes trans [qui ne s’identifient pas à leur sexe de naissance] sont des gens qui existent, travaillent, payent leurs impôts comme n’importe qui », s’offusque la professeure au Département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal Denise Medico.

Réunis à Toronto pour leur congrès annuel en fin de semaine, les membres du parti du premier ministre ontarien, Doug Ford, ont adopté une résolution visant à définir l’identité de genre comme une « théorie libérale non scientifique et controversée ». Ils souhaitent ainsi retirer son enseignement et sa promotion du curriculum scolaire.

La notion était enseignée dans les écoles sous le gouvernement libéral de Kathleen Wynne pour notamment permettre aux jeunes de mieux comprendre l’existence et la réalité des personnes transgenres.

Votée à majorité, la résolution proposée par l’ancienne candidate à la chefferie Tanya Granic Allen — qui s’affiche ouvertement contre l’avortement et le mariage gai — pourra être débattue au prochain congrès.

« Cette décision d’un parti politique au pouvoir est une attaque symbolique. Encore plus si elle est suivie par des actions », s’inquiète Mme Medico.

Dalia Tourki, militante en droits trans et éducatrice publique au Centre de lutte contre l’oppression des genres, indique que le texte adopté va à l’encontre de la Charte canadienne des droits et libertés, « qui interdit toute discrimination fondée sur l’identité et l’expression des genres. Car c’est de ça qu’il est question si on ne reconnaît même pas l’existence des personnes trans », dit-elle.

C’est un grand pas en arrière, selon elle. « Pendant que l’Écosse intègre pour la première fois l’éducation LGBT dans ses écoles, l’Ontario veut l’enlever des siennes. C’est un non-sens. »

Un avis partagé par la directrice générale du Conseil québécois LGBT, Marie-Pier Boisvert, qui caractérise cette décision comme de « l’acharnement inutile », rappelant que le gouvernement Ford avait déjà tiré un trait sur cette notion en revenant à un programme d’éducation sexuelle enseigné il y a 20 ans.

Recherches scientifiques

« C’est aberrant d’ignorer les preuves scientifiques qui abondent depuis plus d’un siècle », s’emporte de son côté Julien Leroux-Richardson, président de l’organisme Aide aux trans du Québec.

Il note que les études scientifiques sur l’identité de genre se multiplient depuis plusieurs années. Des professeurs étudient et enseignent même cette notion dans les universités. « Dire que c’est une théorie purement libérale, ça prouve que les conservateurs n’ont aucune éducation et disent n’importe quoi », lance M. Leroux-Richardson.

À ses yeux, il est fondamental que les questions de transidentité et d’homosexualité soient abordées dans les écoles, alors que beaucoup de jeunes de ces communautés se sentent « seuls et rejetés et ne savent pas que leur réalité est vécue par d’autres personnes ».

Un tel discours vient surtout « valider l’opinion de ceux qui sont contre les différentes orientations de sexe ou de genre, poursuit-il. Ça valide un discours transphobe ou homophobe ».